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LE COIN DU CINEPHILE : LE BAISER DE LA FEMME ARAIGNEE

Le baiser de la femme araignée est un film aussi singulier que son titre. En plongeant dans les méandres fantasmagoriques ; en plantant sa caméra dans la cellule de deux hommes, Hector Babenco a réalisé une oeuvre curieuse, intelligente, étonnante, déroutante, digne et poignante.

Réparons, pour commencer, une injustice (et seul David Cronenberg l'a compris cette année dans son inestimable A history of violence) : William Hurt est un grand, très grand acteur. Et il ne tourne pas assez. Question : que font les cinéastes ? Pour ceux qui osent en douter, prière de revoir La fièvre au corps (avec la vamp Kathleen Turner) et surtout Le baiser de la femme araignée. Son interprétation, récompensée par un prix à Cannes en 1985 et un Oscar du meilleur acteur, irradie l'écran et charrie les qualificatifs. Raul Julia ne démérite point non plus. Mais, fort heureusement, le film ne vaut pas que pour ses interprètes mirifiques.



Déjà, Le baiser de la femme araignée est un film audacieux comme on n'en fait plus. Dans Pixote, la loi du plus faible (qui peut être vu comme l'ancêtre de La Cité de dieu), le réalisateur Hector Babenco décrivait le parcours d'un jeune homme perdu dans les dédales d'une prison brésilienne et peignait un cortège d'individus corrompus jusqu'à l'os. Son style, cruel et impassible, en a marqué plus d'un et se situait quelque part entre Le mur, de Yilmaz Guney et Los Olvidados, de Luis Buñuel. Dans Le baiser de la femme araignée, il épargne le côté sensationnaliste qui pouvait heurter ceux qui refusaient cette réalité pour édifier une sorte de huis clos dans une prison d'Amérique du Sud. Comme toujours dans ce genre de situations cloisonnées (remember Mar Adentro, de Alejandro Amenabar), les personnages s'évadent par le rêve, seul exutoire à un monde ignoble. Il est d'ailleurs assez amusant de constater que Le baiser de la femme araignée possède, de manière inconsciente, la même conclusion que celle de Brazil, de Terry Gilliam. Seulement là où le réalisateur de Fisher King bousculait le spectateur de sa torpeur quotidienne en lui demandant de regarder le futur impassible vers lequel nous nous dirigeons de plus en plus aveuglement, Babenco tutoie le plus sublime des mélodrames avec des individus prisonniers de leurs conditions ou de leurs désirs.

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