LE COIN DU CINEPHILE : HOMMAGE WALERIAN BOROWCZYK
Par la suite, il s'installe en France et travaille avec Chris Marker sur Les astronautes puis réalise un premier long-métrage d'animation baptisé Le théâtre de M. et Mme Kabal en 1963. Ce n'est que onze plus tard qu'il met en scène Contes Immoraux et par la suite sa sulfureuse Bête. Le coin du cinéphile rend hommage à l'artiste en s'intéressant à ces deux opus, sans conteste les plus controversés. Aujourd'hui oublié par une frange cinéphile, il serait bon de remettre les pendules à l'heure et de célébrer comme il se doit celui qui fit grincer des dents avec ses projets audacieux et brûlants comme l'enfer.
"Borowczyk filmait le sexe comme quelque chose d'instinctif et non de théorique. Bonne pub pour le désir"
Contes Immoraux : quatre façons de montrer les fantasmes
Réjouissance des érotomanes : Contes immoraux s'impose comme une immense fresque érotique dans laquelle tous les fantasmes sont traités, sans tabou, avec un sens de l'esthétisme léché. Quelque part entre les histoires d'eaux et les songes fantasmagoriques. Selon Borowczyk, ce film est "un sanctuaire de liberté comme une île sans interdit". Chaque conte, au nombre de quatre, aborde le sujet du libertinage en retranscrivant à l'écran la notion de plaisir sans culpabilité, sans posture faussement scandaleuse, sans morale à la Breillat. Bref, à l'époque, Borowczyk filmait le sexe comme quelque chose d'instinctif et non de théorique. Bonne pub pour le désir.
Produit par Anatole Dauman, Contes immoraux cause du libertage sans complexe en pleine ère de libération sexuelle. A cette même époque, les films érotiques et pornographiques font florès. Des cinéastes comme Just Jaeckin ou même David Hamilton (on ne rit pas) en savent long sur la question. Mais la tentative de Borowczyk pousse l'audace plus loin que la simple représentation sexuelle. A la manière de Pasolini qui avait célébré l'hédonisme dans Les mille et une nuits puis réalisé son antithèse la plus radicale avec Salo, les 120 journées de Sodome, Borowczyk effectue la même démarche en filmant en l'espace d'un an un premier film érotique épicurien (Contes Immoraux) puis un pastiche qui tutoie gaiement la gaudriole et le grotesque (La bête) en poussant fort loin ses outrances stylistiques. A chaque fois, on note la même détermination d'aller au-delà des effets figuratifs, d'instiller une ambiance cinématographique, de greffer une dramaturgie... En un sens, démontrer des qualités d'esthète et de narrateur avant d'être assimilé à un simple pornographe.
Contes Immoraux emprunte la forme du film à sketches pour des raisons Pasoliniennes au prime abord (Les mille et une nuits étaient également des songes placés les uns à la suite des autres) mais les causes sont plus profondes : c'est une facilité pour un réalisateur qui sort du monde du court-métrage. Le récit sciemment déroutant transgresse tous les tabous (mais pas autant que dans La bête qui atteint le paroxysme de ce qui est filmable) et se situe à des époques différentes. Le plus surprenant demeure le premier sketch qui se situe dans les années 70. Fabrice Luchini incarne un jeune gars cochon qui réclame une gâterie de la part de sa cousine, jeune, poilue et innocente. Le réal filme la montée du désir en exploitant un parallèle astucieux : Fabrice Luchini et sa faculté oratoire. L'acteur explique le phénomène des marées montantes en même temps que la cousine prodigue la fellation. Le regard de l'actrice ne lâche pas le spectateur.
Les autres sketchs, non moins passionnants, sont plus connotés de manière religieuse. Histoire de redistribuer les cartes de la vertu et du sacré. Le second segment brosse le portrait d'une sainte séquestrée par une mère cintrée qui transpose son amour pour Dieu dans la masturbation frénétique. Le troisième s'intéresse au cas d'un vampire qui là encore séquestre des jeunes paysannes pour en faire son festin personnel. Mémorable pour sa scène d'orgie qui vire rouge sang. Enfin, le quatrième et dernier sketch se focalise sur une famille qui découvre les joies de la transgression.
La bête : histoire d'amour zoophile que Waters a dû adorer
Comme on le précisait plus haut, La Bête n'atteint pas les qualités d'épure des Contes Immoraux et se présente comme une immense farce dans laquelle il est prié de ne rien prendre au sérieux. Le synopsis ? Un marquis, pour sauver sa fortune, décide de marier son fils un peu débile à la fille d'un riche Américain. Des la première nuit de son arrivée, elle rêve qu'une aïeule de son fiance est poursuivie par une bête monstrueuse munie d'un sexe gigantesque. L'acte a lieu d'abord dans la frayeur puis dans le plaisir jusqu'au moment où la bête meurt. La fiancée se rend alors dans la chambre de son fiance qu'elle découvre sans vie. Capilo-tracté ? Assurément. Et c'est le but clairement affiché puisque La bête joue à fond sur les codes de la fantasmagorie et verse dans le n'importe quoi et le Grand Guignol les plus assumés. Accessoirement, c'est l'une des rares tentatives fantastiques de l'époque. En 1975, le film déclenche les foudres de la critique, très conversée sur cet objet bizarroïde, mal identifiable, assez malsain. En réalité, ce n'est que l'illustration d'un fantasme zoophile dans lequel le réalisateur dynamite les codes du conte de fées et donc la fameuse histoire de La belle et la Bête, de manière (hyper)sexuée et décomplexée. La tentative de perversion (la bête se masturbe, pénètre la demoiselle en gros plan et éjacule de bonheur) suscite encore aujourd'hui le dégoût comme l'hilarité. Mais elle doit être considérée et prise selon sa sensibilité.
Le coin du cinéphile
La semaine prochaine :
Romain Le Vern

























