LE COIN DU CINEPHILE EROTIQUE : MALADOLESCENZA
Tout dépend de la manière dont on regarde ce film sur la perversité qui ne pouvait être que pervers: est-ce qu'on ressent de la gêne ? De la concupiscence ? Du désir ? De la colère ? Tout en même temps ? Peu importe: il s'agit pour le coup d'un film sans mode d'emploi et ouvertement équivoque qui dépasse allégrement les bornes du politiquement, moralement, sexuellement correct (et donc du sexuellement filmable). Il n'y a aucune morale puisqu'on ne voit que trois enfants maîtres de la scénographie (un peu comme s'ils avaient eux-mêmes construit le récit). On peut prendre un plaisir presque coupable à regarder ça mais ce qui reste sûr, c'est que ce n'est pas à mettre sous tous les regards. Maladolescenza, sommet bis des années 70, fait partie de cette catégorie de films maudits et scabreux: s'il sortait aujourd'hui, il serait immédiatement banni.
" Finalement, ce qui est peut-être le plus choquant dans ce film à fortiori indéfendable, c'est de filmer des sentiments complexes dans des têtes blondes et d'aller plus loin que le simple touche-pipi ou le précipité glauquissime pour pervers pépères."
Encore un film qui tord le cou au paradis vert des amours enfantines. Un de plus (après Mais ne nous délivrez pas du mal). Réalisé dans les années 70, sans conteste la période la plus «libertaire» pour l'industrie cinématographique, Maladolescenza (Jeux interdits d'adolescents, dans son titre français) a provoqué un scandale lors de sa sortie en Italie, à tel point qu'aujourd'hui il est préférable de ne plus trop revenir dessus. De manière sommaire, le film donne à voir une tragédie passionnelle à hauteur d'enfants qui initie ses jeunes personnages aux jeux cruels de l'amour, du désir et de la mort (le titre original Spielen wir Liebe l'illustre). Situé dans un cadre agreste, le récit baigne dans une fausse insouciance incarnée par la forêt, presque mystérieuse voire onirique (libre à chacun d'y déceler des symboles), qui protège ses plus beaux insectes comme elle peut également renforcer le danger (qui sait si le vrai mal ne rode pas? Est-ce qu'on les observe? Où sont les repères sociaux?). Les adultes sont absents du film parce que les enfants retranscrivent des émotions adultes: Fabrizo maltraite celle qui a la malchance de l'aimer (Laura, une amie d'enfance, qu'il prend plaisir à humilier). Il la bâillonne, lui place un serpent entre les jambes, lui fait peur avec son chien, l'abandonne en pleine nature, l'oblige à le masturber. Bref, cherche une méchanceté sans trouver d'écho. Toute la première partie est consacrée à leur idylle précoce et tumultueuse.
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