Romain Le Vern 6
TULPAN
Un film de Sergeï Dvortsevoy
Avec Askat Kuchinchirekov, Tulepbergen Baisakalov, Samal Eslyamova, Ondasyn Besikbasov
Durée : 1h40
Sortie cinéma France : 4 Mars 2009
TULPAN de sergeï dvortsevoy
Dans ce no man's land oublié des hommes, Asa ne rêve pas d'exil. Paradoxe : il veut juste vivre sur ses terres, gérer ses bêtes dans un environnement aride où l'entraide semble bannie. Ce n'est pas le cas de son neveu qui veut fuir son quotidien pour découvrir la ville. Sans que rien ne soit expliqué, deux modes de vie s'opposent entre tradition et modernité. Par-dessus, se greffe une histoire d'amour à l'issue compromise. Le risque avec ce genre de démarche qui sur le papier parait convenue, c'est de tomber dans la baudruche exotique pour occidentaux. Or, loin de la légère ostentation du dernier Volker Schlondorff qui n'était pas exempt de qualités, Tulpan représente un idéal de documentaire moderne qui séduit comme une carte vive et inspirée envoyée du bout du monde. De toute évidence, le réalisateur Sergeï Dvortsevoy, qui passe pour la première fois du documentaire à la fiction, veut juste capter la beauté du monde sans utiliser d'artifice, en quête d'une vérité extatique. Avec un oeil nu, il décrit donc le monde paysan, la sauvagerie de la steppe kazakhe, les bourrasques qui s'y déploient et la profusion de sons qui l'avivent (radio, chants traditionnels, cris d'enfant ou d'animaux).
TULPAN de sergeï dvortsevoy
Les événements liés à la dramaturgie doivent venir à nous, de manière expérimentale, entre la complexité des sentiments et la rudesse du quotidien rural, au gré des plans-séquences et des plans fixes. Le climax étant ici la mise à bas d'un veau. Toute proportion gardée, Tulpan lorgne vers les documentaires de Robert Flaherty et le cinéma expérimental de Artavazd Pelechian en rappelant une époque où les avant-gardistes soviétiques privilégiaient le langage de l'image comme support de la vérité. Dans le sillage de son collègue Darejan Omirbaev, Dvortsevoy fuit le didactisme et ses lourds sabots, le pittoresque, le mélodrame pour le plaisir immédiat du dépaysement cinématographique charriant des émotions plus subtiles. S'il ne maintient pas la fascination sur toute la durée, la prédilection du cinéaste pour le dépouillement (sans complaisance aucune) force en revanche l'admiration.
Romain Le Vern































