Romain Le Vern 7
CROWS ZERO
Un film de Takashi Miike
Avec Shun Oguri, Takayuki Yamada, Kyôsuke Yabe
Durée : 2h01
Date de sortie : directement en vidéo courant 2008
Sommairement, l'histoire raconte les affrontements de bandes rivales qui se disputent le contrôle d'un lycée délabré où les graffitis ont remplacé les livres de maths. L'écrin désenchanté s'inscrit dans le prolongement de films comme Panique au lycée (Sogo Ishii, 78) où un étudiant assassinait son professeur et semait le trouble dans un système éducatif dépassé par la réalité. Les élèves, habillés à l'ancienne, sont ouvertement ridiculisés; les autres, plus rebelles, arborent des tenues décadentes. Ces derniers ont pris le pouvoir sur leurs tuteurs. Faut-il s'en inquiéter? La fantaisie de Miike répond non. La guerre des gangs estudiantins traduit une incapacité au retour à l'ordre et l'autorité, brocardés ici par la caricature (métaphore sur les dirigeants impuissants). Cancre pendant son adolescence, Takashi Miike a dû beaucoup se reconnaître dans cette peinture, lui qui a fait une école de cinéma moins par passion que pour échapper aux règles scolaires. Ce n'est qu'au contact de cinéastes plus expérimentés qu'il s'est forgé une culture cinéphile (sa sagesse) et découvrir que le septième art avait déjà défriché le terrain de la «graine de violence». D'où le recours à l'outrance, typique du manga. L'ellipse, le hors-champ et la litote sont bannis du vocabulaire et le cadre est exagérément surchargé pour ne rien laisser inexpliqué. S'il y avait un autre film de Takashi Miike à mettre en analogie, ce serait certainement le diptyque Young Thugs (Innocent Blood et Nostalgia), empreint d'autobiographie, qu'il a réalisé il y a maintenant plus de dix ans.
Les points positifs de Crows : Zero proviennent des éléments usuellement sacrifiés dans le cinéma de Takashi Miike. Première constatation: la description des personnages et la performance des acteurs passent avant la folie des situations et du coup, le film hésite à étirer ses scènes à l'extrême. Pourquoi? Parce qu'il est voué à cligner à l'oeil du spectateur adolescent. S'il essaye de se cantonner à son propre académisme (un début et une fin potentiellement marquants), Miike travaille surtout une multiplicité des formes (le point de vue du corbeau) voire des régimes d'image (composition des plans, travellings, montage) et assure la cadence en s'appuyant sur des caractères extrêmement déterminés jusque dans le look vestimentaire excentrique. Il déplie ses séquences comme autant de munitions inépuisables, que ce soit dans l'action pure (les scènes de baston ne sont pas illisibles et tentent d'atteindre une certaine démesure) ou le burlesque (une séquence tordante où les membres d'un clan essayent d'amadouer une brute têtue qui possède un physique ingrat et lutte avec les filles). Dans cette alternance efficace, Miike cherche à séduire un public extrêmement large; ce qui peut donner l'illusion d'une maîtrise totale.


































