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CINE : CROWS ZERO

Tout sur CROWS ZERO - La Critique - Photos - Le 2008-03-17 09:47:37


Un premier épisode qui laisse espérer le meilleur pour la suite. Reste à savoir si elle bénéficiera de la folie de Takashi Miike.

Romain Le Vern 7
Crows: Zero est la première des trois adaptations du manga de Hiroshi Takahashi que l'on sait rétif aux transpositions cinématographiques de son univers. Conséquence: le cahier des charges de ce manga live a dû être plus rigoureux qu'à l'accoutumée pour Takashi Miike. Par son titre et son histoire, il se présente comme un prequel qui sert à introduire un univers codifié et poser des bases pour les opus suivants. Ne pas croire qu'il ne s'agit là que d'une longue introduction pour donner envie de voir la suite. Si le résultat se revendique plus dans un sillage commercial que dans celui des bizarreries comme Gozu et autres Visitor Q, il témoigne pourtant d'une candeur et d'un panache assez phénoménaux entre le refus de la mélancolie et la dynamique ébouriffante des plans. A tel point que l'objet très proche de Blue Spring de Toshiaki Toyoda, adaptation réussie d'un manga de Matsumoto, risque de laisser perplexe ceux qui considèrent le cinéaste comme un vrai provocateur exacerbant les émotions et n'ayant pas peur des images à contre-courant. Présenté au dernier festival de Deauville Asie, il sortira directement en DVD chez Wild Side dans le courant de l'année.

CROWS ZERO
Un film de Takashi Miike
Avec Shun Oguri, Takayuki Yamada, Kyôsuke Yabe
Durée : 2h01
Date de sortie : directement en vidéo courant 2008


Sommairement, l'histoire raconte les affrontements de bandes rivales qui se disputent le contrôle d'un lycée délabré où les graffitis ont remplacé les livres de maths. L'écrin désenchanté s'inscrit dans le prolongement de films comme Panique au lycée (Sogo Ishii, 78) où un étudiant assassinait son professeur et semait le trouble dans un système éducatif dépassé par la réalité. Les élèves, habillés à l'ancienne, sont ouvertement ridiculisés; les autres, plus rebelles, arborent des tenues décadentes. Ces derniers ont pris le pouvoir sur leurs tuteurs. Faut-il s'en inquiéter? La fantaisie de Miike répond non. La guerre des gangs estudiantins traduit une incapacité au retour à l'ordre et l'autorité, brocardés ici par la caricature (métaphore sur les dirigeants impuissants). Cancre pendant son adolescence, Takashi Miike a dû beaucoup se reconnaître dans cette peinture, lui qui a fait une école de cinéma moins par passion que pour échapper aux règles scolaires. Ce n'est qu'au contact de cinéastes plus expérimentés qu'il s'est forgé une culture cinéphile (sa sagesse) et découvrir que le septième art avait déjà défriché le terrain de la «graine de violence». D'où le recours à l'outrance, typique du manga. L'ellipse, le hors-champ et la litote sont bannis du vocabulaire et le cadre est exagérément surchargé pour ne rien laisser inexpliqué. S'il y avait un autre film de Takashi Miike à mettre en analogie, ce serait certainement le diptyque Young Thugs (Innocent Blood et Nostalgia), empreint d'autobiographie, qu'il a réalisé il y a maintenant plus de dix ans.


Les points positifs de Crows : Zero proviennent des éléments usuellement sacrifiés dans le cinéma de Takashi Miike. Première constatation: la description des personnages et la performance des acteurs passent avant la folie des situations et du coup, le film hésite à étirer ses scènes à l'extrême. Pourquoi? Parce qu'il est voué à cligner à l'oeil du spectateur adolescent. S'il essaye de se cantonner à son propre académisme (un début et une fin potentiellement marquants), Miike travaille surtout une multiplicité des formes (le point de vue du corbeau) voire des régimes d'image (composition des plans, travellings, montage) et assure la cadence en s'appuyant sur des caractères extrêmement déterminés jusque dans le look vestimentaire excentrique. Il déplie ses séquences comme autant de munitions inépuisables, que ce soit dans l'action pure (les scènes de baston ne sont pas illisibles et tentent d'atteindre une certaine démesure) ou le burlesque (une séquence tordante où les membres d'un clan essayent d'amadouer une brute têtue qui possède un physique ingrat et lutte avec les filles). Dans cette alternance efficace, Miike cherche à séduire un public extrêmement large; ce qui peut donner l'illusion d'une maîtrise totale.

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