Kevin Dutot 8
ADORATION
Un film d'Atom Egoyan
Avec Scott Speedman, Arsinee Khanjian, Rachel Blanchard, Devon Bostick
Durée : 1h40
Date de sortie : 24 Septembre 2008
Simon, un jeune adolescent élevé par son oncle invente de toutes pièces une histoire rocambolesque sur la mort de ses parents avec l'aide de sa prof de français. Ils vont tous deux jouer le jeu jusqu'au bout et ne jamais démentir l'histoire... Jusqu'au moment où la vérité éclate. Les amis de Simon, avec qui il entretient des relations virtuelles sur internet, vont s'éloigner de lui et Sabine, son enseignante va tenter d'en savoir plus sur l'oncle de Simon.
Certains films sont comme un gigantesque mille feuilles, recélant en leur coeur un certain nombre d'éléments uniques, puissants et bouleversants. Alors que certains pauvres réalisateurs sont encore incapables de jongler avec deux thèmes à la fois, Atom Egoyan se paye le luxe de construire un récit passionnant sur la famille, la politique, le racisme, la communication, la notion de responsabilité, la culpabilité et l'éducation. Rien que ça. Et le mieux, c'est qu'il y parvient avec une grande maîtrise et un sens du rythme époustouflant. Chronologiquement explosée mais parfaitement découpée, l'histoire se déroule devant nos yeux dans l'aisance la plus totale... Le pari était pourtant très risqué et le point de départ laborieux. Le héros, un jeune adolescent construisant ses relations amicales par le biais de tchats, est élevé par un oncle énigmatique et affligé. Le jeune homme, qui invente dans le cadre d'un cours de français une histoire de terrorisme impliquant ses parents décédés, va se retrouver face à un mensonge grandissant dont seul son professeur est au courant. Le duo formé par l'institutrice et l'élève va s'ériger contre la pensée unique, l'intolérance et tenter d'ouvrir les yeux à cet oncle tourmenté à défaut de pouvoir agir sur le reste du lycée ou la communauté internet. Alternant fiction et réalité au sein même du récit lors de montages alternés où l'on peut découvrir l'histoire imaginaire de l'ado et la véritable histoire, Egoyan dessine doucement une fable originale où les personnages répondent à un jusqu'au-boutisme étonnant. Ils s'enfoncent tous dans un gigantesque mensonge pour mieux faire éclater la vérité...
A l'aide des nouvelles technologies et de leur impact contemporain, Egoyan tente de nous expliquer que les mythologies de ce nouveau siècle naissent par le biais d'une forme d'adoration moderne, d'un culte de la personne et des objets facilité par les nouveaux médias et leur mode de diffusion. Il est désormais facile de s'inventer une nouvelle existence sans jamais avoir à en rendre compte... Cependant, les mensonges devenus mythes, quels qu'ils soient, parviennent toujours à des oreilles plus attentives qui cherchent à en retrouver l'essence. Une invention de l'esprit cache toujours une vérité enfouie... S'il est également question d'adoration de la figure maternelle ou de dieu, il s'agit avant tout dans l'oeuvre d'Egoyan de l'adoration de soi. Le jeune homme, qui trouve dans ses inspirations une manière de s'évader et d'exister aux yeux des autres, va alors trouver en lui les réponses à des questions existentielles que tout adolescent se pose. Sa quête initiatique, dans laquelle vont s'appliquer son oncle et son professeur, lui permettra alors de redéfinir ses relations avec ses proches et les fantômes de son passé. Un chemin passionnant...
Le casting, intelligemment pensé, parvient à alléger un propos dense et complexe grâce à un jeu complice et si nous retiendrons la prestation du jeune Devon Bostick, c'est l'oncle incarné par Scott Speedman qui se taille la part du lion. Tout en retenu, attachant, il est la pièce maîtresse du métrage et sa rencontre avec la prof devient alors la clé de cette histoire passionnante. Atom Egoyan marque donc une fois de plus la croisette avec une oeuvre remarquable et remarquée qui par sa splendeur visuelle et son scénario sinueux tend à titiller l'intelligence et la curiosité du spectateur. Et cela fait du bien, de temps en temps, de ne pas être pris pour un abruti... Le cinéma actuel ayant la fâcheuse tendance à nous prémâcher le travail. Au cas où.
Kevin Dutot
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