
TWO LOVERS : INTERVIEW JAMES GRAY
Tout sur TWO LOVERS - La Critique - Photos - Le 2008-11-17 05:35:33two lovers
Comment est né Two Lovers ?
Aussi étrange que cela puisse paraître, tout a commencé par des échanges de mail avec Gwyneth Paltrow. Je savais qu'elle tournait de moins en moins voire plus du tout ; et, j'étais persuadé que dans un registre très intimiste, elle serait capable de défendre un beau rôle. A l'origine, elle était plus sceptique que moi. Non pas qu'elle n'avait pas envie de travailler avec moi mais juste qu'elle connaissait l'univers très masculin de mon cinéma et qu'elle ne pensait pas avoir sa place. C'est en grande partie à cause d'elle, dans le but de la convaincre, que j'ai changé de registre, que je suis passé à la romance. Au même moment, je me replongeais dans Dostoïevski et j'ai été impressionné par sa nouvelle Nuits Blanches. La manière dont il décrivait un personnage suicidaire, psychologiquement perturbé, qui développait un amour platonique pour une femme rencontrée dans la rue, m'avait beaucoup ému. A l'époque de Dostoïevski, il n'y avait aucun diagnostic pour déterminer l'origine de cette maladie. L'autre facteur, c'était de parler des courbes du désir, la façon dont le désir circule dans un couple.
Two Lovers est assez surprenant dans votre filmographie. A commencer par le genre. Même si des obsessions (le poids de la famille) et surtout la noirceur demeurent, vous semblez tirer un trait sur les histoires de gangsters et de mafia.
Pour être totalement franc, j'ai toujours été plus intéressé par les connexions émotionnelles entre les personnages que par les illustrations de genre. A bien regarder, Two Lovers suit la même trajectoire que La nuit nous appartient. Au dernier festival de Cannes, les journalistes me disaient qu'ils s'attendaient à une "comédie romantique", alors qu'il n'en a jamais été question. Je ne sais pas qui a vendu le film de cette façon mais c'est tromper le spectateur que d'affirmer ça.
C'est moins un film d'amour que sur l'illusion d'aimer ou d'être aimé : tous les personnages projettent une image et courent après celui ou celle qu'ils pensent être l'être aimé.
Oui. Le sujet de Two Lovers parle aussi de déchirure sentimentale. Le propos est très cruel, mais c'est la vérité. Nous tombons toujours amoureux de la mauvaise personne. Et de manière générale, nous voulons toujours avoir ce que nous n'avons pas. Je vais vous donner un exemple simple : vous allez au restaurant, vous commandez un plat et celui qui est avec vous en commande un autre. Vous aurez envie de goûter le plat de l'autre. Aujourd'hui, j'ai pris à déjeuner le plat que mon attaché de presse avait pris la veille. Aujourd'hui, j'ai déjeuné avec lui et il avait pris un autre plat qui me plaisait encore plus. Vous pouvez être sûr que demain, je prendrai son plat.
two lovers
Vous n'aviez fait que trois films en quinze ans. Et Two Lovers, votre quatrième, sort pratiquement un an après La nuit nous appartient. Qu'est-ce qui a accéléré la cadence ?
En fait, Two Lovers est né il y a sept ans, en même temps que La nuit nous appartient. Les deux films sont presque jumeaux. Et pendant tout ce temps, j'ai eu le temps de les préparer ensemble. J'ai longtemps hésité pour savoir lequel des deux je ferai en premier. Finalement, j'ai commencé par La nuit nous appartient. Mais au moment où il est sorti en France, je tournais déjà Two Lovers. Il a été fini juste à temps pour être pris au festival de Cannes.
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