
ARNAUD DESPLECHIN : CINEASTE DE L'INTIME
Tout sur UN CONTE DE NOEL - La Critique - Photos - Le 2008-12-04 02:59:25UN CONTE DE NOEL de arnaud desplechin
Il débute comme directeur de la photographie d'Eric Rochant et ne livrera son premier moyen métrage qu'en 1990. Intitulé La Vie des morts, il y fait appel à des acteurs qui seront des figures importantes de son cinéma : Marianne Denicourt et Emmanuelle Devos. Dès ce premier essai, on découvre son goût pour les sphères de l'intime et de la famille en particulier (ici on se réunit à la suite d'un suicide), que l'on retrouve dans Un Conte de Noël (sortie en DVD le 3 décembre). Il est primé et remarqué, ce qui lui permet de financer son premier film, avec en son sein un acteur qui demeure presque l'incarnation de son oeuvre, Mathieu Amalric.
Desplechin est homme de troupe. Son premier long métrage, La Sentinelle, est de nouveau presque familial dans sa conception (il le coécrit avec Pascale Ferran). Son propre frère y joue d'ailleurs, ainsi que Chiara Mastroianni qu'il retrouvera régulièrement. Le registre est inattendu puisque c'est celui du film d'espionnage. Après avoir découvert une tête réduite dans sa valise, un jeune homme est obsédé par le fait de reconstituer le passé de sa mystérieuse trouvaille. Il se trouve embringué dans une histoire qui se déroule sur fond de guerre froide. Le film est ambitieux, romanesque, prend les proportions et le temps qui sont nécessaires à Desplechin pour poser son style. Il met en scène un monde où on s'immerge, auquel on se convertit, pas toujours facile d'accès mais d'une profondeur extrêmement rare et appréciable. Le cinéaste a ce don: il impose son rythme avec une autorité envoûtante. Il a du souffle. Ce qui pourrait passer pour un exercice de style cérébral si on l'aborde avec un regard superficiel, finit par vous prendre dans ses filets, par devenir viscéral et intense. Voilà un thriller d'auteur. La chose est rare, étrange, hors normes, indéniablement culottée et réussie.
UN CONTE DE NOEL de arnaud desplechin
Son second film, Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), sera en 1994 plus personnel encore puisqu'il explorera les relations compliquées d'un trentenaire avec trois femmes dans sa vie. Amalric est donc pris entre Emmanuelle Devos, Marianne Denicourt et Jeanne Balibar. Il est un universitaire qui se débat dans les rivalités amoureuses ou amicales et devient un peu l'alter ego du cinéaste. Le petit milieu névrotique des facs et la dépression du personnage principal sont de nouveau racontés de manière extrêmement prenante (grâce à l'interprétation intense d'Amalric, à la fois fantasque et douloureux). Il ne parvient pas à boucler sa thèse. Il évolue dans un milieu brillant, cultivé et bavard. Les échanges pourraient lasser, mais l'acteur principal en particulier, crée l'empathie et suscite la complicité du spectateur, l'intérêt pour ses rencontres et ses états d'âme. L'interrogation est certes profonde, sur le sens de l'amour et de l'existence, mais Desplechin n'est jamais hermétique. Intellectuel, assurément, mais absolument accessible et assez fascinant. L'ambition et l'intimisme au cinéma ne signifient pas forcément l'ennui, comme on le prétend trop souvent (sinon que ferait-on de Bergman?).
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