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L'AUTRE : INTERVIEW PATRICK MARIO BERNARD ET PIERRE TRIVIDIC

Tout sur L'AUTRE - La Critique - Photos - Le 2009-01-22 04:31:13


Une autoroute, une ville, un appartement. Puis, une femme de dos, face à son reflet dans la glace, face à son "autre", qui se donne un coup de marteau sur la tête. Comme ça. On n'a encore quasiment rien vu de ce film que l'on est déjà impressionné. En quelques plans, Pierre Trividic et Patrick Mario Bernard flanquent un cafard qui se répercutera pendant tout le film à la manière d'un tic-tac anxiogène. Mais qu'est-ce donc que cet objet bizarre qui vient nous percuter au-dedans ? On ne sait pas bien. On sait juste que l'on perd pied sans le vouloir, que tout ce qui va nous être raconté va nous toucher intimement. Pendant près de deux heures, les cinéastes poursuivent les obsessions de Dancing, leur premier long-métrage, amoureusement réalisé en DV. A l'époque, ils se mettaient eux-mêmes en scène, effeuillaient leur couple réel/fictif pour le mettre à nu et en danger. Chaque plan était déjà absorbé par une noirceur jaillissant des ténèbres (le sous-sol fantasmagorique du dancing, peut-être hanté par des fantômes). Dans L'autre, leur nouveau film, il est encore question de double, d'univers mentaux confinés, de sentiment de perte dans un monde inapprivoisable, d'ours dissimulés dans les endroits les plus incongrus, d'une solitude de grizzly qui ronge de partout. Une solitude provoquée par une déchirure sentimentale chez une quadragénaire (Dominique Blanc), quittée par son mec plus jeune qu'elle, larguée quelque part entre son monde intérieur (elle, ses névroses secrètes, sa souffrance abyssale) et le monde extérieur (lui, son absence, son secret qui entretient le suspens). «Dancing, notre précédent long métrage, était une expérience très particulière qui n'exprimait pas le désir de nous mettre en scène de manière régulière.», confessent les deux réalisateurs. « L'adaptation du roman L'occupation, de Annie Ernaux, qui est à l'origine de L'autre, a été motivée par le désir de travailler avec Dominique Blanc.» Ici, il y a d'un côté la douce rêverie urbaine dans des lieux anonymes et pourtant si rassurants (un centre commercial); et, l'horrible cauchemar dans les lieux les plus isolés (un appartement familier qui se transforme indistinctement en antre Lovecraftien). On erre entre le fantasme et la réalité, entre les monologues du coeur et la grisaille du quotidien. Le résultat est bluffant. Un choc dont l'efficacité rappelle Dans ma peau, de Marina de Van ou du Safe, de Todd Haynes et dont la sortie dans les salles françaises est prévue le 4 février prochain.




L'AUTRE de patrick mario bernard, pierre trividic

Dans L'autre, on retrouve votre sensibilité fantastique, déjà exprimée dans votre documentaire sur Lovecraft et Dancing, votre premier long métrage de fiction.
Patrick Mario Bernard : Le fantastique est un genre qui nous intéresse beaucoup à partir du moment où il nous oblige à recréer le réel de manière pertinente et précise. Pour qu'il opère, il faut construire le monde de façon rigoureuse. C'est le glissement qui fait que les repères se perdent petit à petit, que les zones d'ombre deviennent de plus en plus inquiétantes, que l'on commence à receler des présences. Cela nous traverse en permanence. En fait, notre goût pour le fantastique est moins à rapprocher de la question du genre que d'une forme de sensibilité aux choses. Personnellement, j'ai l'impression de vivre dans le fantastique en permanence. La porosité du monde, la façon dont les choses circulent fabriquent du fantastique en continu. Nous le traitons comme une incursion. La chose s'impose parce qu'elle est rendue visible dans le récit. Finalement, elle se saisit du monde. Elle le contamine. Les possibilités sont réunies pour que le fantastique entre progressivement dans ce monde si bien installé et stable en apparence.




L'AUTRE de patrick mario bernard, pierre trividic

Dans Dancing, vous utilisiez déjà le fantastique pour nourrir une réflexion sur le couple. A un moment donné, lors d'une discussion au restaurant, vous réussissiez à donner l'impression que les deux personnages principaux étaient à table avec le diable en personne, juste grâce aux dialogues.
Pierre Trividic : Si le fantastique est déclenché par la parole, c'est aussi parce qu'il s'agit du premier outil. Evoquer la possibilité de quelque chose, c'est déjà le rendre un peu réel. Il y a de la magie là-dedans, cette magie sombre et éclatante qui est celle de la parole elle-même.
Patrick Mario Bernard : La peur de l'inconnu nous intéresse également comme moteur. La peur de l'inconnu, c'est Lovecraft, une vision très aliénée des possibilités de se rapprocher d'une forme de vérité. Lovecraft, si on le considère comme un personnage, s'exclue du monde parce qu'il a peur de l'inconnu. Du coup, il déteste les autres. Il est raciste, réactionnaire, pense que les choses étaient mieux avant. Je ne pense cependant pas que l'on se situe dans une visée comme celle-ci. Pour nous, l'inconnu n'est pas une peur. Ce qui nous intéresse, c'est d'aller vers l'inconnu.
Pierre Trividic : On revient ainsi aux logiques de la description qui guident notre travail. Décrire, d'abord. Evidemment, le fantastique est un sac plein de ficelles pour créer des situations où justement quelque chose arrive et n'a pas encore de nom. L'inconnu auquel il va falloir faire face, en l'absence de tout moyen de le nommer. Les figures sont souvent écrasées par le nom qu'elles portent, écrasées par tout ce que l'on sait déjà d'elles avant même qu'elles n'arrivent. D'une certaine manière, le fantastique est la condition de possibilité que quelque chose arrive et qui n'est justement pas encore gâtée par son nom. Alors, cela oblige à le regarder, à trouver sa place, sa forme, sa vélocité. Alors, tout redevient possible. Il faut repasser par toutes les cases de la description. Et c'est un travail très passionnant. Le fantastique est l'opérateur de cette démarche.
Patrick Mario Bernard : Dans le domaine du fantastique, les références sont vastes et variées. Pour les arts plastiques, je dirais Dan Graham, Marcel Duchamp. Pour le cinéma, je dirais Tod Browning, Stanley KubrickSteven Soderbergh, Michael Mann.

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CINE : L'AUTRECINE : L'AUTRE

Des lumières d’étoiles paumées dans le ciel. Une autoroute, une ville, un appart...
 
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