L'AUTRE : INTERVIEW PATRICK MARIO BERNARD ET PIERRE TRIVIDIC
Tout sur L'AUTRE - La Critique - Photos - Le 2009-01-22 04:31:13L'AUTRE de patrick mario bernard, pierre trividic
Dans L'autre, on retrouve votre sensibilité fantastique, déjà exprimée dans votre documentaire sur Lovecraft et Dancing, votre premier long métrage de fiction.
Patrick Mario Bernard : Le fantastique est un genre qui nous intéresse beaucoup à partir du moment où il nous oblige à recréer le réel de manière pertinente et précise. Pour qu'il opère, il faut construire le monde de façon rigoureuse. C'est le glissement qui fait que les repères se perdent petit à petit, que les zones d'ombre deviennent de plus en plus inquiétantes, que l'on commence à receler des présences. Cela nous traverse en permanence. En fait, notre goût pour le fantastique est moins à rapprocher de la question du genre que d'une forme de sensibilité aux choses. Personnellement, j'ai l'impression de vivre dans le fantastique en permanence. La porosité du monde, la façon dont les choses circulent fabriquent du fantastique en continu. Nous le traitons comme une incursion. La chose s'impose parce qu'elle est rendue visible dans le récit. Finalement, elle se saisit du monde. Elle le contamine. Les possibilités sont réunies pour que le fantastique entre progressivement dans ce monde si bien installé et stable en apparence.
L'AUTRE de patrick mario bernard, pierre trividic
Dans Dancing, vous utilisiez déjà le fantastique pour nourrir une réflexion sur le couple. A un moment donné, lors d'une discussion au restaurant, vous réussissiez à donner l'impression que les deux personnages principaux étaient à table avec le diable en personne, juste grâce aux dialogues.
Pierre Trividic : Si le fantastique est déclenché par la parole, c'est aussi parce qu'il s'agit du premier outil. Evoquer la possibilité de quelque chose, c'est déjà le rendre un peu réel. Il y a de la magie là-dedans, cette magie sombre et éclatante qui est celle de la parole elle-même.
Patrick Mario Bernard : La peur de l'inconnu nous intéresse également comme moteur. La peur de l'inconnu, c'est Lovecraft, une vision très aliénée des possibilités de se rapprocher d'une forme de vérité. Lovecraft, si on le considère comme un personnage, s'exclue du monde parce qu'il a peur de l'inconnu. Du coup, il déteste les autres. Il est raciste, réactionnaire, pense que les choses étaient mieux avant. Je ne pense cependant pas que l'on se situe dans une visée comme celle-ci. Pour nous, l'inconnu n'est pas une peur. Ce qui nous intéresse, c'est d'aller vers l'inconnu.
Pierre Trividic : On revient ainsi aux logiques de la description qui guident notre travail. Décrire, d'abord. Evidemment, le fantastique est un sac plein de ficelles pour créer des situations où justement quelque chose arrive et n'a pas encore de nom. L'inconnu auquel il va falloir faire face, en l'absence de tout moyen de le nommer. Les figures sont souvent écrasées par le nom qu'elles portent, écrasées par tout ce que l'on sait déjà d'elles avant même qu'elles n'arrivent. D'une certaine manière, le fantastique est la condition de possibilité que quelque chose arrive et qui n'est justement pas encore gâtée par son nom. Alors, cela oblige à le regarder, à trouver sa place, sa forme, sa vélocité. Alors, tout redevient possible. Il faut repasser par toutes les cases de la description. Et c'est un travail très passionnant. Le fantastique est l'opérateur de cette démarche.
Patrick Mario Bernard : Dans le domaine du fantastique, les références sont vastes et variées. Pour les arts plastiques, je dirais Dan Graham, Marcel Duchamp. Pour le cinéma, je dirais Tod Browning, Stanley KubrickSteven Soderbergh, Michael Mann.
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CINE : L'AUTREDes lumières d’étoiles paumées dans le ciel. Une autoroute, une ville, un appart... | ||







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