Romain Le Vern 7
TONY MANERO
Un film de Pablo Larrain
Avec Alfredo Castro, Amparo Noguera, Paola Lattus, Hector Morales, Elsa Pobletes
Durée : 1h38
TONY MANERO de pablo larrain
Située en période de dictature militaire sous le régime de Pinochet, cette histoire rappelle à la manière d'une thèse déterministe que ce personnage Raskolnikovien, toqué de La Fièvre du samedi soir, de John Badham, est le produit dégénéré de son environnement. Dans un premier temps, elle dépeint l'envers du décor d'un fantasme pathétique (ressembler à une idole) avec des idées farfelues (remplacer l'ancien plancher par un nouveau en dalles pour que ça clignote), sans imaginer que la fin nécessite des moyens. Pour le fanatique aveugle, Tony Manero devient Dieu et, Dostoïevski oblige, sa loi. Pendant ce temps, la police de Pinochet patrouille dans les rues et veut empêcher la diffusion de tracts politiques. Inévitablement, la réalité bride le doux fantasme d'une vie de pseudo-star à une période où l'utopie est bannie du vocabulaire.
TONY MANERO de pablo larrain
Le sexe et la mort sont situés au même niveau, le premier étant caractérisé par une absence d'hédonisme liée à la répétition mécanique des mêmes actions jusqu'à la folie ; le second par le parcours de Raul qui devient un antihéros tragique, surtout lorsqu'il vient en aide à une vieille dame avant de la tuer sauvagement. Plus il avance, plus il se vautre dans le sordide. Et ce qui au départ avait l'air totalement inoffensif fulmine en catastrophe. Survolté, Alfredo Castro met beaucoup de lui dans cette interprétation borderline. Pour son deuxième long-métrage, le réalisateur chillien Pablo Larrain ausculte les rapports tendus entre l'Amérique latine et les Etats-Unis. Ce qui est amusant, c'est que le cinéaste utilise courageusement l'humour pour faire passer la pilule symbolique, pourvu qu'il soit noir. Ainsi, Raul colle des morceaux de miroir brisé sur un ballon de foot pour avoir une boule à facettes et le projectionniste du cinéma où Raul se recueille devant La Fièvre du samedi soir, se fait zigouiller sec parce qu'on l'a remplacé par Grease. Il faut le voir pour le croire.
Romain Le Vern
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