Si le nom de Glenn Gordon Caron ne vous dit rien, allez jeter un coup d’oeil au dossier consacré à
Clair De Lune. Le créateur de la meilleure série des années 80 est également celui de
Medium. Gage de qualité donc. La série est diffusée depuis janvier 2005 sur NBC et réunit plus de 11 millions de téléspectateurs américains chaque lundi soir. Avec un sujet qui a fait le bonheur de la moitié des scénaristes hollywoodiens depuis la création de la télévision,
Medium n’avait à priori rien d’original à exploiter. Pourtant, l’atmosphère d’inquiétante étrangeté typiquement freudienne qui se dégage de la série lui permet de se démarquer avec force. Le basculement du quotidien le plus banal à l’horreur la plus terrifiante fascine par la tension extrême qu’elle procure. Même si le discours politique est quelquefois trop clairement orienté vers une entité pro George Bush (idée sur la peine de mort notamment), les enquêtes sont rondement menées. C’est au spectateur d’analyser lui-même les rêves d’Allison, d’en retirer des indices qui lui permettront de soupçonner ou d’innocenter un protagoniste. Et là où les créateurs se jouent de nous, c’est lorsqu’ils font mentir images et son. Dernier détail qui a son importance,
Medium est inspiré de la véritable Allison Dubois, également consultante pour la série. Quand la réalité dépasse la fiction…
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Comme dans une grande majorité de séries américaines, une intrigue sous-jacente se greffe à une intrigue principale (
Star Trek,
Les Experts,
Smallville). Force est de constater que la qualité des scénarii est le premier atout majeur de
Medium. Les sous-intrigues qui concernent dans la plupart des cas les membres de la famille Dubois, entretiennent un lien émotionnel avec l’enquête principale. Les répercussions de l’émotivité extra sensorielle d’Allison permettent à chaque épisode de trouver son climax dans chacune de ses deux histoires parallèles. Glenn Gordon Caron et son équipe retrouve la verve qui a fait le succès de
Clair De Lune. Un humour brillant qui nous attache surtout à Joe Dubois, père protecteur et mari compréhensif qui choisit le décalage comique pour supporter les humeurs de sa femme en proie aux pires cauchemars. Les scénaristes s’autorisent tous les débordements. Chaque épisode commençant par un songe d’Allison, ils s’évertuent à introduire une atmosphère dérangeante, drôle ou totalement absurde comme dans le deuxième épisode de la saison 2 ("The Song Remains The Same") où l’ouie de l’héroïne se retrouve obstruée par ‘I Will Survive’ qui passe en boucle dans sa tête, lui donnant un indice sur la disparition d’une étudiante. Jouissif et terriblement gonflé.
Medium n’a pourtant pas ce qui fait de certains shows, de grandes séries. C'est-à-dire une storyline qui s’étalerait sur plusieurs saisons, créant ainsi une mythologie (même si certains épisodes se répondent comme le cinquième et le septième de la première saison). Ici, chaque épisode se suit indépendamment l’un de l’autre, exception faite de la fin de la saison 1 qui reprend au début de la deuxième saison pour un épisode en deux parties ("When Push Come To Shove" Part 1 et Part 2).
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La mise en scène imprime un rythme soutenu à la série même quand la plus simple des actions se déroulent à l’écran. Les petits-déjeuners de la famille Dubois se découpent caméra à l’épaule, libérant des champs contre champs vivants et expressifs. On est loin de
The Shield mais l’objectif en perpétuel mouvement décrit un espace sensoriel, propre à mieux appréhender le monde psychique d’Allison. Graphiquement, la série bénéficie d’une approche particulièrement intéressante, directement liée aux plus amples diversions et facéties données par le scénario. Les saturations de couleurs, l’étalonnage appuyé dans les noirs et les blancs ou encore l’utilisation de la 3-D (Still Life, épisode 9, saison 2) multiplient les degrés de plaisir pour le spectateur. Ces multiples effets se justifient d’eux-mêmes lorsqu’une prémonition intervient. La musique du générique est signée Mychael Danna. C’est en fait l’arrangement d’un thème écrit pour
Une Vie Volée en 1999. Le reste de la partition, plutôt discrète et atmosphérique est l’œuvre de Jeff Beal, génial compositeur de la regrettée série
Carnivale et de l’actuelle
Rome. Une somme de talents au service de l’illustration sonore.
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Le dernier atout de
Medium reste sans conteste Patricia Arquette qui a remporté l’Emmy Award de la meilleure actrice dans une série dramatique en 2005. Sa performance est double : Allison Dubois apparaît comme une femme forte, éprise de justice, mais elle garde en elle cette touchante fragilité et cette sensibilité à fleur de peau. L’actrice joue à merveille sur les ambiguïtés morales liées à son don et son difficile rôle de mère. Elle qui se fait rare au cinéma, a su trouvé en
Medium le projet parfait pour exploiter son incroyable talent qu’elle a mis au service des plus grands (Tim Burton, David Lynch, Martin Scorsese).
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Au final,
Medium impose une nouvelle fois la patte de Glenn Gordon Caron, créateur malicieux qui a toujours su se jouer des codes pour le plus grand bonheur du téléspectateur. Avec une deuxième saison nettement supérieure à la première, cette série peut encore parcourir un bon bout de chemin sur les écrans. Provoquant autant de rires que de larmes,
Medium est un divertissement à première vue familial, mi-policier mi-fantastique, qui peut à tout moment vous faire basculer dans l’effroi d’une enquête sordide. Elle n’est pas incontournable mais elle pourrait l’être, uniquement pour Patricia Arquette.