La vie au jour le jour de la Maison Blanche, entre affaires internationales, conflits politiques et problèmes privés.

Lancé en 2000, A la maison blanche osait proposer aux spectateurs américains une série politique sur une grande chaîne nationale, NBC. Et en prime time en plus ! Narrer la vie quotidienne de l’aile ouest de la Maison Blanche est un véritable exercice de style. Un exercice brillamment mené par Aaron Sorkin qui nous livre ici une passionnante fresque politique.




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La série a choisi de dépeindre de la manière la plus réaliste les coulisses du pouvoir et du milieu politique, comme Urgences pour le milieu médical. Comme Urgences une fois encore, A la maison blanche raconte la politique d’un point de vue intime, à travers des personnages complètement dévoués à leur travail. En effet, le staff de la Maison Blanche travaille autant si ce n’est plus que les agents de la cellule anti terroriste de 24h chrono, c’est dire ! L’aile ouest de la Maison Blanche est une véritable ruche toujours en ébullition comme l’attestent les téléphones qu’on entend incessamment sonner en fond sonore.

Aaron Sorkin est le maître d’œuvre de la série, écrivant 95% des scénarios avant qu’il ne quitte la série en fin de 4ème saison. C’est lui qui insuffle à la série cette spécificité d’une série très écrite au vocabulaire parfois étourdissant. Le lexique de A la maison blanche se rapproche plutôt d’un roman balzacien que de celui d’une série télévisée standard. On ne comprend d’ailleurs pas toujours tout aux nombreuses références historiques, culturelles et politiques utilisées par les personnages. Il confère aussi à la série cet humour pince sans rire, très anglais. Un humour d’un nouveau genre pour les séries américaines, généralement amatrices de franches gaudrioles. La vitesse des dialogues est aussi due à la patte de Aaron Sorkin. Le rythme frénétique des répliques aurait de quoi faire pâlir les Gilmore Girls. Coup de chapeau aux acteurs qui ont su ajuster leur phrasé au style de Aaron Sorkin.




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S'il y a un personnage que Sorkin ne devait pas rater, c’est bien sûr le Président des Etats-Unis, le leader du monde libre comme il est souvent répété dans la série. Personnage culte, souvent caricaturé ou fantasmé au cinéma comme à la télévision, il est cette fois-ci la vedette du show. Aaron Sorkin a fait un vrai travail d’équilibriste à travers le Président Bartlet : créant un personnage qui suscite le respect et l’admiration, de part sa fonction, mais aussi un personnage très humain, non exempt de failles. Son penchant pour la cigarette, son sens de l’humour et son tempérament soupe au lait nous rendent le Président éminemment sympathique. Mais le Président Bartlet est aussi un érudit, un humaniste aux envolées lyriques impressionnantes. Ses discours sont autrement plus exaltants que ceux de Jacques Chirac et, à plus forte raison, de Georges W.Bush. Le Président Bartlet est aussi un discret mais fervent catholique. Une foi qui ne rentre jamais en compte dans ses décisions. L’impertinent Aaron Sorkin prouve ainsi que la religion peut ne pas entraver la politique dans un pays où les deux sont souvent emmêlés.

Avoir donné le rôle du président Bartlet à Martin Sheen détracteur le plus célèbre du pouvoir n’est pas totalement innocent de la part d’Aaron Sorkin. Martin Sheen se déclare en effet ouvertement démocrate (comme Geena Davis la présidente de Commander in chief) et a été arrêté 70 fois lors de manifestations politiques. Alors qu’il commençait à tourner la série, il écopa d’une condamnation de trois ans de prison avec sursis pour avoir pénétré illégalement une base californienne de l’US Air Force. Oui, Martin Sheen est un homme pétri de convictions, heureusement les mêmes que son dialoguiste. Il a même déclaré sur Bush, alors que celui-ci n’avait pas encore été élu : « C’est à l’évidence un type intellectuellement limité. Je crois que les républicains pensaient que ça ne se remarquerait pas trop. Mais quand vous vous présentez comme candidat à la présidence, le minimum serait de faire une phrase complète. ».En tout cas, Martin Sheen est magistral dans ce rôle. Délivrant la performance la plus époustouflante jamais donnée à la télévision. Il n’a étonnamment jamais été récompensé aux Emmy Awards pour ce rôle, mais a tout de même gagné un Golden Globe en 2000.




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Pourtant, ce serait être de mauvaise foi que de qualifier A la maison blanche de série de gauche. Certains ont même renommé aux Etats-Unis la série The Left Wing (le parti de gauche) en opposition à The West Wing (titre original de la série). La série est à mi-chemin entre idéalisme et pragmatisme.
C’est une certaine idée de la politique. Elle montre ce que ferait un démocrate à la maison blanche en parallèle avec la vraie présidence du républicain Georges W. Bush. A la maison blanche idéalise le pouvoir. C’est une vision fantasmée du président des Etats-Unis. Elle flatte les Etats-Unis et montre que c’est une grande nation guidée par un président sage et éclairé. A la maison blanche est surtout une série ultra patriotique célébrant constamment les valeurs américaines, à l’image du générique où le drapeau américain est omniprésent.

A la maison blanche montre aussi l’importance du pouvoir et du symbole que représente le Président des Etats-Unis. Le moindre détail, le geste le plus anecdotique déclenche un émoi national ou un incident diplomatique. En acceptant par mégarde un drapeau, le Président Bartlet suscite même une fièvre indépendantiste à Taïwan dans la 6ème saison (Le temps des changements).

La série est tout sauf tape à l’œil. Elle ne montre rien de spectaculaire des nombreuses affaires intérieures et internationales traitées par la Maison Blanche : prises d’otages, attentats, bombardements…Tout est vu uniquement à travers les bureaux de l’aile ouest. Ce sont les confrontations d’opinion, qui ont lieu souvent dans les couloirs de la Maison Blanche, qui sont privilégiés par les scénaristes.A la maison blanche est une série qui prend son temps, le temps de la réflexion, le temps du débat d’idées. Pas de faux climax entre les pauses publicitaires non plus.




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Beaucoup affirment que A la maison blanche est une série pédagogique. Je ne me range pas à cet avis. Ne comptez pas sur les personnages pour nous faire un exposé détaillé sur les enjeux géopolitiques qui sont au cœur de l’épisode. Elle demande en effet aux spectateurs un certain bagage de connaissances. Dans le cas contraire, il se perdra facilement dans des épisodes aux intrigues parfois très compliquées. Je vous conseillerai fortement de vous renseigner sur les bases du système politique américain pour bien appréhender la série. Autant vous le dire tout de suite, vous ne comprendrez pas toujours tout, mais la profondeur de la série vous incitera à continuer à regarder. A la maison blanche est ainsi l’unique série grâce à laquelle on se sent plus intelligent après chaque visionnage ! A la maison blanche n’est pas une série pédagogique, au contraire, elle cherche sans cesse à nous élever. C’est une série exigeante vis-à-vis de ses spectateurs.

Ainsi, A la maison blanche, et c’est ce qui fait sa grandeur, ose aborder les thèmes les plus divers dans toute leur complexité. Alors qu’Hollywood a perdu tout sens de la nuance, à force de tout simplifier à l’extrême pour toucher le plus grand nombre, A la maison blanche s’inscrit à contre courant. La série nous permet par exemple de prendre conscience de la difficulté de gouverner un pays. Notamment via le nombre affolant de paramètres (lobbys, syndicats, opinion publique, opposition, presse…) à intégrer à chaque décision du Président Bartlet.

Artistiquement, la série est haut de gamme. Le casting est de premier choix avec bien sûr Martin Sheen, mais aussi des acteurs confirmés comme Rob Lowe (Bad Influence, Wayne’s World) et John Spencer (The Rock, Cop Land). La série fait aussi éclater trois énormes talents : Bradley Whitford (Joshua Lyman), Richard Schiff (Toby Ziegler) et surtout la multi récompensée Allison Janney (CJ Cregg). Allison Janney est la révélation de la série et rejoint Diana Rigg (Chapeau Melon et Bottes de Cuir), Jennifer Aniston (Friends) et Gillian Anderson (X Files) au panthéon des héroïnes cultes de séries TV. Sa performance a d’ailleurs été récompensée à quatre reprises aux Emmy Awards.Le style visuel de la série est velouté, feutré, à l’image de sa photographie lumineuse et du décor de la Maison Blanche. Un décor qui serait d’ailleurs le plus coûteux jamais construit pour une série télévisée. De vrais hommes politiques en visite sur le plateau auraient même été troublés par son ultra ressemblance avec la vraie Maison Blanche. Si le style est feutré, le rythme de la mise en scène est à similaire à celui des dialogues : alerte. La caméra ne cesse de courir dans les couloirs à l’aide de longs travellings. L’analogie avec Urgences est là encore évidente : on ne circule plus entre l’accueil et les blocs opératoires mais entre la salle de presse et le bureau oval. Cette réalisation nerveuse apporte beaucoup de rythme à la série. Pour une série extrêmement bavarde comme A la maison blanche, une mise en scène statique aurait pu plonger le public dans l’ennui.




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Impertinente, riche, drôle… A la Maison Blanche redonne un coup de jeune à la politique tout en offrant une vraie réflexion sur la démocratie, et plus globalement, sur le monde dans lequel nous vivons. Une série qui ne prend jamais le spectateur pour un imbécile, allant même parfois jusqu’à le surestimer, et qui nous encourage à construire notre propre réflexion. A la Maison Blanche est une série citoyenne, dans le sens noble du terme. Tous les sujets qu’elle a successivement abordés font écho à notre société et dépasse largement le seul cadre américain.

Joseph Demonvallier

 
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