Cela faisait longtemps que Veronica Mars trottait dans la tête de Rob Thomas. Prévue pour n’être au départ qu’un roman (où le personnage de Veronica devait d’ailleurs être masculin), l’écrivain et musicien développa le show pendant son temps libre. Il cherchait en effet, après avoir travaillé comme scénariste sur la série Dawson puis comme producteur exécutif sur la série Cupid, à mettre sur papier un script qui lui serait propre, frustré par sa collaboration avec David E. Kelly qui lui proposa de travailler sur le show Snoops mais quittant finalement le projet pour divergences artistiques.
Les premières notes de productions font état d’un projet déjà très précis dans la tête de son créateur, tant graphiquement que conceptuellement. Ainsi l’idée de créer une série utilisant nombre d’éléments du "film noir" dans un univers lycéen, mêlant ainsi drama et intrigue policière de fond, sont tout sauf le fruit d’un, même heureux, hasard.
Portée par une narration en voix off qui donne déjà le ton des vieux film d’investigation chers à Hollywood, Veronica Mars semblait dés ses premières images jeter un pavé dans la marre du paysage audiovisuel américain. La série possède en effet tout du teen drama parfait : jeune héroïne blonde, décors californiens, vie lycéenne riche en mystère de toutes sortes,… Cependant elle instaure dés ses premières phrases, un ton irrévérencieux, cynique et désabusé. Porté par une héroïne qui semble du haut de son jeune age, déjà avoir tout vécu, elle porte un regard froid et désenchanté sur la société qui l’entoure. Ce ton permettra à la série de se démarquer franchement à la fois des dramas habituels, bien qu’il en reprend les constantes (révélations abracadabrantes, vie sentimentale variée et dissolue guidée par de rares relations fortes alternées), et de shows policiers habituels, proposant à la fois intrigues de fond, et mystères hebdomadaires.
Placé dans la ville imaginaire de Neptune (choix loin d’être innocent quand on utilise une héroïne appelée Mars) le show reprends donc a merveille nombre de constantes du film noir, offrant pour sa première saison une intrigue dense, calculée et pleine de rebondissements, centrée autour d’une Veronica Mars connaissant sur le bout des ongles le monde qui l’entoure. De jeunes élitistes insouciants aux bikers sans éducation, le monde de Neptune plus qu’un monde aux diverses facette, le panel complet d’un bestiaire s’étalant d’un extrême à l’autre de l’échelle sociale, chacun puisant dans l’autre la force et la volonté de survivre. Sur un modèle similaire à celui du Buffy de Joss Whedon (un Joss qui milite d’ailleurs pour que le travail de Rob soit reconnu à sa juste valeur), chaque personnage apportera un regard particulier sur les intrigues, un apport personnel à leur résolution, et une possibilité d’évolution pour un personnage principal déchu qui reprendra peu à peu confiance en l’humanité.
Portée par une Kristen Bell dont elle dévoilera tout le talent et par une galerie de personnages tous attachants grâce à un casting exemplaire, la série deviendra bien vite l’étendard phénomène d’une communauté grandissante de spectateurs, bien décidés à maintenir le show en vie. Car malgré les richesses thématiques, la fraîcheur et l’inventivité qui se dégage du show, celui-ci est passé de nombreuses fois prés de l’annulation, pour malheureusement y succomber cette année. Dotée d’une bande son exemplaire, d’un traitement de l’image parfaitement adapté au sujet, parfois crépusculaire, souvent riche en couleurs saturées, le show n’a rien à envier enlever et se pose comme un rare joyaux qui quoiqu’il advienne aura marqué les esprits malgré sa courte durée. Veronica Mars n’est pas un show culte en devenir, il est déjà rangé aux cotés des gemmes télévisuelles indémodables.
David brami
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