Basée sur le livre éponyme de la chroniqueuse New Yorkaise Candace Bushnell, la série Sex & the City pourrait à bien des égards être considérée comme une sorte de biographie de l’auteur mi-réelle mi-fictive. En effet, l’écrivain y relate des éléments qui semblent tout droit tirés de sa propre vie tandis qu’à l’image de son personnage Carrie Bradshaw (avec qui elle partage déjà ses initiales, et un physique bien proche), elle a longtemps écrit un colonne du même nom dans le quotidien the New York Observer (renommé dans la série le New York Star). Il est de plus de notoriété publique que les trois amies de son personnage son inspirées d’un groupe d’amies bien réel, et il n’y a qu’un pas à franchir pour assumer qu’une grande partie de l’histoire narrée dans la première saison (les suivantes s’éloignent scénaristiquement du livre) relatent ou font références à des situations vécues.


Une chose est sure, à la vision de la série, (crée par Darren Star, scénariste de plus de 500 épisodes de Beverly Hills 90210 et Melrose Place combinés), on a réellement l’impression de visiter le New York à la fin des années 90 et c’est sans doute cela qui a tout d’abord fait le succès de la série, tandis que le public local s’est reconnu dans l’œuvre et s’est identifié à ce groupe de quatre jeunes femmes de la hype, arpentant les mêmes rues, tenant les mêmes discours, se posant les mêmes questions et ayant les mêmes préoccupations décrites ici par la série. Car en effet, n’y a t’il rien de plus simple et à la fois de plus tortueux et incertain que les relations entre hommes et femmes, ces derniers étant constamment influencés par un monde d’informations et de mouvements sans cesse en ébullition ? Un meli-melo relationnel que la chroniqueuse Carrie Bradshaw va tenter d’analyser à travers sa propre expérience et celle de ses contemporains. Ainsi, chaque épisode de la série sera focalisé sur une question fondamentale (clairement définie en début de réflexion) et tentera d’y apporter une réponse plus ou moins juste. On aborde ainsi la fidélité, l’amour, la relation de couple, mais aussi des sujets un peu plus denses ou plus propres à notre temps et à l’évolution actuelle de l’être humain comme : Avons-nous perdu notre capacité à aimer ? Sommes nous devenus cyniques et incapable et compassion ? Une guerre secrète se déroule t’elle entre couples mariés et célibataires ? Tant de questions sans réponses, tant de situations différentes grâce auxquelles la narratrice questionne le spectateur (directement d’abord, puis de manière malheureusement plus classique au fur et à mesure des saisons) afin d’analyser la nature humaine et son fonctionnement.

Mais aussi large que soit ce spectre d’analyse, il reste vu par quatre femmes posées comme juges et jurées, quatre femmes au caractères aussi différents que complémentaires, s’entendant parfois à merveille ou se tapant sur les nerfs tandis que tant les réponses que les expériences diffèrent. Quatre femmes si différentes qu’on fini par se demande comment elles ont bien pu se connaître et on regrettera à ce sujet qu’un épisode sur la centaine produite ne visite pas ces origines (prenons notre mal en patience, elles le sont dans le film). On assiste ainsi à des débats de petits déjeuners de haute volée alors que s’affrontent l’analyste (Carrie Bradshaw, incarnée par Sarah Pessica Parker), l’experte en relations et en sexe (Samantha Jones, Kim Cattrall), la carriériste désabusée (Miranda Hobbes, Cynthia Nixon) et la gardienne de la morale un tant soit peu religieuse et idéaliste, sinon élitiste (Charlotte York, Kristin Davis). Quatre femmes, quatre avis qui sont d’ailleurs loin d’être définitifs, de nombreux évènements tiers allant finir par apporter des réponses élémentaires et fondamentales à leurs interrogations existentielles et relationnelles.


On parle de vie, d’amour de désir, d’avenir, d’enfants ou de maladie, mais autant ces questions sont souvent universelles, autant leurs réponses sont spécifiques à ce petit groupe, car déformées qu’elles sont par la frénésie qui règne à New York. Par la masse fourmillante de préoccupations où le vital se fond avec le superflu, où le profond se fond avec l’inutile. New York, centre névralgique d’un monde moderne en pleine ébullition, où chacun s’est inventé des centres d’intérêts vitaux mais à la valeur toute relative pour le reste du monde. Et c’est aussi ce qui fascine ici : Comment les personnes au sommet du monde peuvent réagir avec leurs incertitudes à des questions dont les réponses nous semblent parfois évidentes ? Comment, dans un coin si différent (ou pas ?) les gens arrivent aux conclusions qui sont les leurs ? Le monde est-il si différent où sommes nous tous fait de la même étoffe ? A ce titre Sex & the city se pose comme une double analyse sociologique : d’une part celle qu’elle délivre en première main via la voix de sa narratrice, ballottée et bousculée par ses propres décisions, et d’autre part la relation qu’entretient le spectateur avec celles-ci, les acceptant comme argent comptant ou les mettant en opposition avec les siennes, personnelles ou issues de réflexions de groupes comme c’est le cas dans l’aventure présentée.

Qui plus est, la série narre ses intrigues du haut de mondes qui sont souvent aguicheurs ou cryptiques pour le commun des mortels : En effet, à l’image de certains personnages qui se disent avoir évolué (ce que contestent souvent nos héroïnes, portées alternativement par un bon sens commun ou un égoïsme manifeste), on imagine mal comment le publique de masse (a l’inverse du public d’élite dépeint) peut toucher ne serait-ce que du bout des doigts l’univers analysé et mis en image ici. La mode, les nuits de restau où il fait bon attendre 2 heures un table afin de payer 150$ pour deux plats et une entrée… et à ce titre, la série arrive à s’adresser à tout le monde tandis que suivant la compréhension ou les propres valeurs de l’audience, la série fait au choix rêver ou rire. Carrie luttera jusqu’au bout pour qu’une amie lui rembourse les 485$ d’une paire de chaussures Manolo Balhniks perdue par sa faute, tandis qu’elle demandera à son amant russe, romantique à l’extrême, de couper court aux déjeuners fastueux et aux soirées d’opéra afin d’aller se faire un MacDo, sorte de respiration balisée et culinaire de l’homme moderne. Dans une autre mesure, il estégalement ridicule de porter des lunettes a moins que, toutes moches qu’elles soient, il ne s’agisse de créations Chanel.


Bien évidement toute la faune locale très select de Manhattan, du banquier riche et bête (et/ou obsédé) à l’homosexuel de goût (les seuls hommes dignes de confiance pour la gente féminine, qui les épouseraient dans l’instant si cela était possible afin d’avoir finalement la paix des ménages) en passant par les richissimes pré pubères ayant sauté le stade de la découverte pour arriver directement à 16 ans à celui de vieux blasés désabusés (mais sautant au plafond comme des gamins de 4 ans dés qu’une idole est en vue), tout y est dans le moindre détail. Chronique d’un mal être ambiant ou dissection d’une société en pleine mutation vers un stade de plus grande compréhension ? Les personnages semblent eux-mêmes perdus sans but dans cette marée médiatique incontrôlable et c’est ce qui fait sans doute leur humanité. A titre d’évolution on pourrait d’ailleurs comparer celle de la série avec celle d’une conscience humaine tandis que les premières rencontres et les premiers questionnements reflètent des idées soit basiques (la monogamie est-elle bonne pour l’humanité ? Vivons heureux vivons cachés ?), soit totalement puériles (« les bébés c’est chiant », « j’ai 35 ans mais je veux un homme de 20 », « seuls les top models anémiques m’excitent ») alors que ces questionnements vont s’approcher d’une maturité assumée au fur et à mesure des saisons, à l’image de l’évolution des personnages, moins ancrés dans leurs certitudes et devenu plus vulnérables. Car seule cette vulnérabilité, cette mise à nu est source de compréhension et donc de bonheur. Là ou certains personnages deviennent plus murs (Samantha, atteinte d’un cancer, accepte l’aide de son entourage, Miranda cède aux joies de la vie de famille), d’autres s’enfoncent dans de soudaines crises infantiles (encore une fois, Carrie qui, tout fière d’elle, passe tout un épisode à se faire rembourser des godasses par une famille sur-endettée ayant trois gamins, et se laisse emberlificoter par des promesses creuses, partant pour Paris sur un coup de tête).

Plus formellement, la série est un véritable régal pour qui se laissera bercer tandis qu’en plus de ces questionnements tronqués ou contemporains, et de la dynamique humoristique générée par les situation embarrassantes (Carrie craint pour sa relation après avoir pété au lit, Miranda se fait faire la moral par sa femme de ménage venue des pays de l’est, Samantha se retrouvant souvent dans des situations inconfortables tout en les assumant pleinement…), on a même droit à une mise en abîme de l’intrigue, la création du livre qui a donné lieu à l’adaptation en série étant également mis en scène (même si finalement, la partie autobiographique est passé à la trappe si l’on connaît un tant soit peu la vie de l’auteur). De plus, la série fournit à l’amateur un énorme panel de guests stars aux apparitions généralement jouissives (même si certaines sont devenues célèbres après coup). On a ainsi la joie de repérer ici et là Timothy Oliphant (Deadwood, Hitman) en dragueur de 20 ans, Donald Trump en apparition furtive, John Shea (Lex Luthor dans Lois & Clark), Dean Winters (Rescue Me), Will Arnett (Arrested Development) en obsédé chronique, Linus Roache (Les Chroniques de Riddick, Batman Begins) en politicien pervers, Matthew McConaughey (Le droit de Tuer, Contact) en produteur déjanté, la chanteuse Alanis Morissette, Sarah Michelle Gellar (Buffy) en exécutif hollywoodien, Lucy Liu (Ally McBeal) en tant qu’elle-même, Tony Hale (le Buster d’Arrested Development), Alan Cumming (X-Men 2, Spy Kids 3D) en styliste gay absolument fabioulouss, David Duchovny (X-Files, Californication) en ex du lycée, La Spice Girl Geri Halliwell, Blair Underwood (Bienvenue à Gattaca, in Treatment) en docteur énervé Ou encore Carole Bouquet (Lucie Aubrac, Grosse Fatigue) en ex-femme française blasée.


Métaphore de la femme ou de l’homme moderne, sitcom comique, satire sociale ou drama touchant (dés qu’on parle de cancer ou de fausse couches de manière sérieuse, de toutes façons…), Sex & the city brasse large et se pose comme le cliché d’un monde déformé par le prisme d’une modernité pas toujours assumée mais toujours vécue, et restera au moins comme l’instantané d’une époque, sinon d’une ville évoluant au grés d’un monde toujours en pleine mutation (le générique, quasi inchangé depuis l’origine, verra un plan modifié en milieu de saison 4 suite à l’attaque du 11 septembre). Rien que pour cela, elle mérite d’être archivée et conservée, et se pose comme un des plus significatifs fleurons de la chaîne HBO avant que ne débarque l’année suivante la mythique comédie Curb your Enthousiasm et le drama légendaire Les Soprano. Unique, la série donna par la suite lieu à plusieurs déclinaisons plus ou moins officielles, dont deux importantes : Cashmere Mafia (4 femmes amies depuis l’enfance s’épaulent afin de réussir à New York, la série est crée par Darren Star créateur de Sex & the city) et Lipsitck Jungle (qui narre les aventures de 3 femmes classées parmi les 50 personnes les plus influentes de NY, inspirée d’un livre de Candace Bushnell, à l’origine de S&TC;), mais aucune n’arrive bien évidement à la cheville de l’originale.

David Brami

 



box office

1

MADAGASCAR 2
entrées : 4 242 095 (4 semaines)




2

AUSTRALIA
entrées : 747 258 (2 semaines)




3

LARGO WINCH - LE FILM
entrées : 1 066 709 (2 semaines)




4

BURN AFTER READING
entrées : 1 041 502 (3 semaines)




5

LE JOUR OU LA TERRE S'AR
entrées : 985 679 (3 semaines)




6

HISTOIRES ENCHANTEES
entrées : 211 885 (1 semaine)




7

LES ENFANTS DE TIMPELBAC
entrées : 438 250 (2 semaines)




8

AGATHE CLERY
entrées : 1 054 800 (4 semaines)




9

NIKO, LE PETIT RENNE
entrées : 393 576 (2 semaines)




10

L'OEIL DU MAL
entrées : 176 480 (1 semaine)