Au bout de deux ans, les Malloy sont enfin réunis. Dahlia, mère de Di Di, de son frère Cael et du jeune Sam, et femme de Wayne Malloy, sort en effet de prison sous parole après deux ans éprouvants pendant lesquels la petite famille a vécu de larcins divers. En même temps, ce n’était pas comme s’ils n’y étaient pas habitués. Usurpation d’identité, vols à la tire et arnaques en tous genres, les Malloy sont des experts. Mieux, ils sont brillants. Capables de faire croire à une réunion d’anciens élèves que ces derniers ont en face d’eux l’un de leurs fidèles camarades ou ne rechignant jamais à faire tourner en bourrique les représentants de l’ordre, histoire de passer outre un contrôle de routine dont les conséquences pourraient s’avérer désastreuses, les Malloy ne reculent devant rien pour continuer à vivre en marge de la société, libres comme le vent. Descendant d’immigrants irlandais itinérants et gitans de cœur comme de profession, ils n’ont ni cartes d’identité (ou plutôt il en ont beaucoup trop), ni numéro de sécurité sociale et se plaisent à exister entre les mailles d’un système qui les considère comme quantité négligeable, juste bons à aller et venir en prison ou vivre dans des taudis dont les plus solides édifices sont des caravanes.
The Riches Dossier
Seulement voilà, Wayne s’est marié avec Dahlia, personnalité influente du clan Malloy, et tout comme son épouse, ne supporte pas qu’on lui impose règles et dictats allant à l’encontre de ses envies du moment. Revenus au clan, sorte de village précaire imposé comme point de ralliement afin de fêter la libération de la miss, Wayne et Dahlia ne sont cependant toujours pas disposés à courber l’échine face aux traditions, l’une d’entre elles stipulant que leur jeune fille Di Di doit convoler contre son gré avec le pseudo idiot du village simplement parce que le chef de clan actuel l’a promis. Fatigués des incessantes luttes de pouvoir pour le contrôle du clan et tenant trop à leur indépendance pour faire autre chose que ce qui lui chante, la petite troupe dirigée par Wayne va donc mettre discrètement les voiles, non sans avoir subtilisé le pactole amassé par les doyens. Mais alors qu’une vie plus simple et plus rangée les attend, ils vont malheureusement en chemin croiser les membres d’un autre clan, les O’Malley. Une rencontre qui va bientôt dégénérer en course poursuite et qui s’achèvera avec l’envoi dans le fossé d’une voiture innocente, un véhicule dont les passagers vont rapidement expirer. Face au désastre, les Malloy réalisent cependant qu’une formidable opportunité s’ouvre à eux. Trouvant dans la carcasse un titre de propriété tout neuf, Wayne imagine prendre la place du couple défunt et voit la possibilité d’accéder enfin à une vie rangée, loin de la précarité qui a toujours été la leur. « Nous allons voler le rêve américain » annonce t’il. Et les Malloy de devenir d’un coup d’un seul les Rich, famille aisée arrivant fraîchement à Baton Rouge en Louisiane dans un nouveau décor où tout, des voisins aux futurs emplois, en passant par la religion, va être à découvrir ou à construire.
Créée en 2007 par le scénariste et auteur de théâtre Dmitry Lipkin,
The Riches fut produite cette même année par la chaîne câblée américaine F/X, et permit lors de la diffusion de son pilote de se placer en seconde position des meilleurs scores d’audience de la chaîne, derrière
The Shield mais devant
Rescue Me ou
Dirt. La série met en scène le comédien anglais Eddie Izzard, célèbre pour ses jeux de scène extravagants (Eddie est un travesti qui adore se définir comme un lesbien masculin), la qualité de son humour acide et incisif et quelques apparitions au cinéma (récemment
Across the universe et
Ocean’s Thirteen). Arrivé sur le projet, l’acteur participa d’ailleurs à l’écriture du pilote et en devint également producteur exécutif tout en incarnant un chef de famille dont la plus grande qualité est sans doute de prendre des risques et de les assumer jusqu’au bout. Fier de ses origines, Wayne Malloy élève ses enfants dans la droiture de cette voie cabossée et divergente, mais voit dans l’opportunité de camper Doug Rich, l’espoir pour eux et pour son couple d’une vie moins tumultueuse et d’un foyer plus rassurant, même si finalement, ils passeront leur temps à stresser de peur d’être découverts.
The Riches Dossier
A ses côtés, on retrouve Minnie Driver, l’actrice anglaise nominée aux oscars pour son rôle dans
Will Hunting s’imposant comme une mère de famille revenue de l’enfer, toujours soumise à l’envie d’une drogue qui lui a permis de tenir le coup pendant deux ans, mais ne perdant jamais ni son indépendance, ni l’amour qu’elle voue à son mari et à ses enfants. Un rôle qui permet souvent à la série de trouver nombre de moments forts, généralement lorsque Wayne (Izzard) réalise à quel point la prison fût une épreuve pour elle. A ce titre, le quatrième épisode de la série voit une scène particulièrement forte en émotion : Wayne tente de convaincre, en se faisant passer pour un avocat, l’ancienne femme de Doug Rich que ce dernier est au bout du téléphone, et qu’il regrette ses erreurs passées. Ne sachant que dire, il compte sur sa femme Dahlia (Driver) pour l’inspirer, et celle-ci, tout en cherchant à l’autre bout du fil à inventer un alibi à un ce personnage pour eux inconnu, remplace le mensonge brodé par sa propre expérience, son ressenti en prison et les espoirs qui lui ont permis de tenir durant cette épreuve difficile. S’entame alors une discussion à demi mot bouleversante où Wayne, accusant le coup des révélations, s’adresse tant à l’ex femme de Doug qu’à la sienne, le mensonge pour l’une, les remords d’impuissance et de repentir pour l’autre.
Une qualité d’écriture incroyable qui transparaît dans toute la série, de la complexité des personnages (les enfants déjà adultes, les situations à sens multiples, les pirouettes de Wayne) aux thématiques abordées, entre un épisode sur la drogue (Dahlia tente de mettre cette mauvaise habitude derrière elle) et un autre sur la thématique gay et les véritables implications du métier d’avocat. En endossant la peau de Doug Rich, Wayne doit également rendre son personnage crédible pour la population de Baton Rouge, et cela passe par le besoin de se trouver un travail (d’autant que l’argent volé au clan a disparu) et d’intégrer la société huppée dans laquelle ils devront désormais évoluer. Ainsi, même si le show traite parfois de sujets graves et n’oublie pas de faire pleurer son spectateur comme une madeleine, il excelle également dans l’art de le stresser et de le faire rire aux éclats. Wayne, arnaqueur futé mais n’ayant absolument aucune connaissance des notions les plus basiques d’officier du barreau va pourtant devoir se révéler orateur hors pair afin de décrocher un boulot à l’agence immobilière du coin. Au jeu du « ça passe ou ça casse », Wayne bluffera son monde et arrivera même à faire renvoyer son prédécesseur. Mais à quel prix ? Parfois poussé à renier ses principes pour sauver les apparences, Wayne ira même jusqu’à plaider contre un couple gay simplement désireux de s’installer à côté d’une grande école pour donner toutes ses chance à leur marmaille, afin qu’un groupe de Wasp propre sur eux puissent continuer à tondre leur gazon en paix. Et la spirale devient de plus en plus dangereuse au fur et à mesure que le show progresse, s’enfonçant dans de sombres recoins jusqu’à un redouté point de non retour. Les Malloy devront–ils perdre leur âme à la recherche du fameux rêve ?
The Riches Dossier
La série alternera ainsi drame et comédie avec une maestria qui frôle la perfection, brassant les sujets à la pelle tout en introduisant une galerie de personnages variés et originaux. On fera tour à tour la connaissance des différents membres du clan : Dale (l’Excellent Todd Stashwick,
La Guerre A La Maison), le responsable en place, est une sorte de grand gamin contrarié aux rêves de grandeur démesurés, et fait la loi en s’instiguant porte parole d’un doyen trop fatigué et trop vieux pour pouvoir ouvrir la bouche. La rancune facile et tenace, il en veut à Wayne d’avoir marié Dahlia et lui en veut d’autant plus que son paternel considère Wayne comme son véritable héritier. Ginny Dannegan (Nicole Hiltz,
In Plain Sight) est pour sa part prête à tout pour monter dans l’échelle sociale du clan (une chose difficile à imaginer vu qu’elle passe son temps à jurer comme une charretière), quitte à forcer le mariage entre son frère et la jeune Di Di pour y arriver. A Baton Rouge, la population n’a rien à leur envier. Entre la voisine dont le mari est gay, celle à qui il manque un bras, jeunette affriolante et bêcheuse mariée à un vieux croulant, la sympathique mère de Cherien Rich (qui détestait sa fille, boit et fume du chichon) et que le groupe sauve d’un hospice trop couteux ou encore Hugh Panetta, le futur patron de Wayne républicain au dernier degré, grande gueule fragile, se mariant sur un coup de tête à une gogo danseuse de Las Vegas, chacun est plein de couleurs et de ressources afin de ne jamais ennuyer le spectateur.
A la vision des premiers épisodes, on aurait pu imaginer que la série, après l’acclimatation des Malloy devenus Rich dans ce nouveau petit monde, suive la piste de trop nombreuses séries à formules qui se contentent d’appliquer leur petite recette au cas de la semaine. Les affaires auraient ainsi pu s’enchaîner chaque semaine : Wayne Malloy l’avocat contre l’ex femme de son alter ego fictif, Wayne Malloy le justicier tentant de défendre un couple de lesbiennes, Wayne Malloy l’arnaqueur contre le pigeon à plumer afin de renflouer la compagnie (avec à la clé une apparition jubilatoire de Clancy Brown en ancien sportif déchu)… Mais le show est bien trop fourmillant, bien trop riche (mauvais jeu de mots inclus) pour s’arrêter à cela. Les scénaristes mettent un point d’honneur à faire vivre leurs personnages au-delà de toute espérance, et la galerie dépeinte ci-dessus comprend autant de personnalités qui vont passer leur temps à s’entrechoquer, perdus entre leurs propres incertitudes et leur immuable besoin d’évoluer, de grandir ou de faire des erreurs.
The Riches Dossier
Fable familiale par excellence, la série permettra à cette fragile cellule de se consolider et d’éclater à maintes reprises, donnant corps à chacun de ses membres d’admirable façon, Di Di (Shannon Marie Woodward) dépassant le cadre de la jeune fille qui se trouve un petit ami dans son nouveau lycée en mettant en exergue un caractère affirmé et puissant. Son frère Cael (Noel Fisher) vivra pour sa part l’aventure avec un détachement certain, aidant ses nouveaux camarades à falsifier leurs notes en pensant à sa dulcinée, restée au clan et permettant à Dale de pister la petite famille. Même Sam, le plus jeune de la famille, sera traité avec respect et aura des moments de gloire dignes des plus complexes caractères, ayant de grandes difficultés à choisir s’il veut être un garçon ou une fille, ou séduisant sans en avoir l’air une directrice d’école afin d’en contourner le règlement et de l’intégrer malgré les lois et les probabilités.
Après deux saisons jouissives, reste à savoir où nous emmènera désormais la série dans une éventuelle troisième saison qu’on espère de tout coeur voir un jour. Lors de la seconde saison, la série a perdu 44% de son audience et s’est de plus vue amputer sa courte saison de 5 épisodes sur les 13 initialement prévus, laissant le scénario en plein cliffhanger. A ce jour, aucune décision officielle n’a encore été prise pour la troisième saison, mais Eddie Izzard aime à clamer sur les toits que le show ira jusqu’à sa septième saison, histoire de donner du courage aux (nombreux) fans et pousser la chance en leur faveur. Croisons les doigts afin que cette fantastique création n’ayant rien à envier aux produits HBO ne s’arrête pas en si bon chemin.