Josh Schwartz est un habitué des dramas estudiantins. Avec quatre ans au compteur sur sa précédente série Newport Beach, lui et sa collaboratrice Stéphanie Savage ont eu tout le temps d’expérimenter toutes les ficelles d’un genre qu’ils ont non seulement compris, mais également traité avec un décalage jouissif qui fit de la série (excepté une troisième saison un peu trop classique), un sommet de l’Entertainment audiovisuel. Reprenant les poncifs de ce genre de programmes pour s’en réapproprier les valeurs et jouer avec l’attente du spectateur, Newport Beach était un plaisir tant pour les habitués de l’exercice que pour ceux qui ne pouvaient pas le voir en peinture. Une expérience qui ne laisse pas indemne le créateur, qui, arrivé à un croisement lors de l’annulation de la série, se retrouve avec un choix cornélien à faire : doit-il à nouveau relancer la machine où se diriger vers de nouveaux horizons ? Josh choisit bien évidemment le troisième choix : les deux.


Embauché par la NBC pour travailler sur Chuck, une série aux antipodes du drama adolescent mettant en scène un geek pris dans une guerre d’information confrontant la NSA et la CIA (avec plein de terroristes au milieu), Josh Scwhartz cédera également à l’appel de Gossip Girl, une série de romans étant aussi proche de Newport qu’elle en est finalement l’exact opposée. Ecrite par la romancière Cecily Von Ziegesar, la série de romans (11 livres, une préquelle et deux spin off pour l’instant) narre les aventures de petite et brune Blair Waldorf, une jeune fille pincée de la haute société New Yorkaise, fan d’Audrey Hepburn et désespérément romantique, qui a peur de perdre l’amour de sa vie, Nate Archibald, au profit de sa meilleure amie Seran Van Der Woodsen, grande blonde vaporeuse et extravertie. Josh Schwartz, malgré ce conflit amoureux, voit ici un parallèle évident entre ces deux amies et les personnages de Marissa Cooper et Summer Roberts de Newport, et voit surtout l’occasion, avec cette même base, de traiter d’un nouveau monde qui possède autant de différences que de points communs avec les belles plages de la côte Ouest.

Partant d’un concept de départ simple mais efficace, Gossip Girl tire son nom de sa narratrice, une anonyme dont tout le monde connait la réputation d’informatrice avisée par le biais d’un blog qu’elle alimente constamment. Celui-ci fait état des différentes aventures et autres évènements people marquants concernant la jeune communauté huppée de l’Upper East Side de Manhattan, prise entre ses désirs débridés et la pression sociale de leur rang et d’un avenir généralement dirigé par le reste de la famille. Alors qu’il ne s’agit que d’un simple blog dans les romans, cet outil narratif va s’avérer particulièrement utile dans son adaptation télévisuelle puisque, l’avancée de technologie aidant, la mystérieuse miss narre désormais les petits secrets de tout le monde en les envoyant instantanément sur les portables de ceux qui se sont inscrits à sa mailing list. Singulièrement efficace lors des premiers épisodes de la série, entre révélations éclairs, ragots pas toujours justifiés mais idéalement mis en scène et narration en voix off réalisée en V.O. par la jolie Kristen Bell de Veronica Mars, cette Gossip Girl va nous servir de guide dans un monde aux codes stricts et aux relations amicales et intimes changeantes. Elle permettra à la série de ne pas s’articuler éternellement, comme c’est souvent le cas dans d’autres dramas, autour de quiproquos dont l’utilisation exaspère souvent à cause de leur durée, tout le monde étant ici instantanément au courant des développements les plus marquants des diverses relations mises en image. Malheureusement, cet outil va au fur et à mesure des épisodes, se voir reléguée au second plan et perdre de sa richesse et de son originalité pour ne devenir vers l’issue de la première saison, qu’un emballage attendant de servir à nouveau au-delà de la simple introduction ponctuelle des segments des divers épisodes.


Et l’histoire de prendre le pas sur le concept. Mais cette histoire justement, quelle est-elle ? A l’image de celle des romans, Gossip Girl met en scène Serena Van Der Woodsen, une jeune fille (anciennement à scandales) ouvrant la série en revenant d’une retraite anonyme de six mois dans un collège du Connecticut, et de retour sur New York pour réintégrer la faune locale. Repérée dès son retour à la gare par une des informatrices de la Gossip Girl, le retour fait instantanément grand bruit d’autant que Serena était partie du jour au lendemain sans même prévenir sa meilleure amie Blair, désormais grande reine de ce petit monde où tout se sait, et fille d’une grande dame de la mode sur le point de divorcer de son gay mari. Bien évidemment, dans ce monde où les apparences font tout, les retrouvailles des deux anciennes amies vont être houleuses avant de retrouver un calme réjouissant, Serena ayant couché avec Nate, petit ami et promis de Blair, juste avant de disparaître.

Abandonnant les beaux couchers de soleil et autres ciels ouverts, Josh Schwartz situe donc son action à l’autre bout des Etats-Unis, entre les tours de verre et de métal du cœur de la Big Apple. A ce titre, tout ce petit monde est traité comme une sorte de monarchie en huis clos, la série se concentrant sur un nombre de personnages relativement réduit ne quittant pour ainsi dire jamais les quatre rues qui constituent leur univers. Ne mettant jamais en scène ni les salles de classe ni autre chose que les rues de Manhattan (mis à part une escapade dans les Hamptons en seconde saison), les créateurs de la série contribuent à créer un monde où la proximité physique des personnages occasionne forcément des confrontations générées par autre chose que des phénomènes d’attraction. Là où Newport Beach voyait les personnages se chercher, voire se courir après, Gossip Girl les pousse irrémédiablement les uns vers les autres alors qu’ils ne cherchent initialement qu’à se fuir. Une astuce qui permet de résoudre de nombreux conflits qui seraient restés larvés sans cette friction perpétuelle, mais qui, également permet de faire ressortir une certaine pression parentale allant avec le rang de cette classe sociale, entre héritage familial, bienséance et avenir tout tracé par des parents pas toujours adultes.


Ce faisant, les adolescents mis en scène se comportent souvent comme des adultes : Soirée alcoolisées, réactions calculées, conventions sociales et guerre d’influences, tout reflète presque la stratégie d’entreprise calquée sur le modèle parental. Mais calquer ses attitudes sur ses géniteurs ne suffit pas, et les personnages de Gossip Girl restent tout de même des jeunes ayant les même soucis sentimentaux, faisant les mêmes expérimentations et les même erreurs que les autres jeunes de leur âge. On regrettera à ce titre que la gossip girl du titre ne se focalise d’ailleurs que sur ce groupe si fermé de personnages, alors que le concept aurait pu être explosif s’il avait été mis en abime. Qu’à cela ne tienne, les créateurs semblent s’amuser, même si on est désormais loin du ton ravageur et décalé de Newport. On assiste plutôt sagement ici à quelques étalages de poncifs : la belle princesse voit en un outsider (forcément artiste) l’amour de sa vie, la jeune et nouvelle arrivante, presque roturière, va gravir les échelons aux dépens des forces en place, non sans s’en mordre les doigts, et des parents peu assurés imposeront leur loi à la jeune génération avant de réaliser qu’ils reproduisent eux mêmes un schéma qui leur a pourri l’existence. Tout cela sans oublier l’armée de quiproquos (et oui, il en reste un paquet) qui permettent à ce genre d’exercice de fonctionner sur la durée, mettant un peu de sel dans ce qui serait sans eux, le meilleur des mondes.

Cependant, loin d’être parfaitement plat et ennuyeux, Gossip Girl se regarde sans déplaisir, notamment grâce à une galerie de personnages qui, même si elle n’est pas aussi ciselée que celle des romans originaux (ils perdent en finesse ce qu’ils gagnent en clarté), s’avère attachante. Chacun possède des particularités fortement reconnaissables et s’impose comme symbole d’un mode de vie bien défini. Blair représente la partie pincée de ce monde, aspirant cependant à une romance idyllique, Serena est quant à elle une ancienne fêtarde cherchant l’échappatoire dans une relation plus calme et moins perturbée par des considérations d’étiquette n’ayant pas lieu d’être. Mieux, nombre d’entre eux évoluent remarquablement au cours de la série, sujet à des sentiments qui leur font réévaluer la valeur de leurs jugements et de leurs réactions. Malgré la propension indéniable de certains au sur-jeu, les interprètes forment ici une distribution équilibrée et agréable, qui gagnerait à n’en pas douter à servir un script légèrement plus audacieux et original.


Jouant sur la hype et sur le sensationnel, la chaîne américaine The CW a marqueté la série à grands coups de publicités prometteuses (sans trop d’effet d’ailleurs, la série n’ayant pour le moment pas atteint de records), faisant écho à l’indéniable effort des responsables de la direction artistique de la série. A ce niveau là, pas de toute : le show s’impose comme un Sex and the City pour adolescents, avec paillettes, limousines et intérieurs inspirés rendant crédible l’univers où évoluent les personnages. Si l’on ajoute à cela des titres d’épisodes tous dérivés de grandes références de la pop culture (The Dark Knight, The Wild Brunch, Victor/Victrola, The Blair Bitch Project, Desperately Seeking Serena…), du Rock/Pop/Electro des familles (Amy Winehouse, Rihanna, Ozzy Osbourne, Air, Crystal Castles, Death Cab For Cutie….), quelques apparitions juteuses (John Shea (Mutant X, Lois & Clark) en père Gay, Michelle Trachtenberg (Buffy contre les vampires, Eurotrip, Six Feet Under) en ancien démon de Serena… et un début de seconde saison partant en trombes, on obtient une série qui ravira à n’en pas douter les amateurs, comblés d’un tel souci du détail. Les réfractaires, curieux, passeront quant à eux sans doute leur chemin au bout de quelques épisodes. A moins que la fièvre de la hype ne s’empare d’eux.

David Brami

 



box office

1

MADAGASCAR 2
entrées : 4 242 095 (4 semaines)




2

AUSTRALIA
entrées : 747 258 (2 semaines)




3

LARGO WINCH - LE FILM
entrées : 1 066 709 (2 semaines)




4

BURN AFTER READING
entrées : 1 041 502 (3 semaines)




5

LE JOUR OU LA TERRE S'AR
entrées : 985 679 (3 semaines)




6

HISTOIRES ENCHANTEES
entrées : 211 885 (1 semaine)




7

LES ENFANTS DE TIMPELBAC
entrées : 438 250 (2 semaines)




8

AGATHE CLERY
entrées : 1 054 800 (4 semaines)




9

NIKO, LE PETIT RENNE
entrées : 393 576 (2 semaines)




10

L'OEIL DU MAL
entrées : 176 480 (1 semaine)