Dans le vaste univers télévisuel américain, Il arrive de temps en temps de ces séries qui passent leur temps à vous mettre de bonne humeur et amènent avec elles une fraîcheur peu commune vous donnant envie de plonger plus en avant dans l’intimité qui nous est dévoilée. Une impression qui est d’autant plus forte dans les œuvres semi autobiographiques, quand les auteurs font montre d’une véritable ouverture au spectateur et partagent avec lui des émotions fortes et sincères, au delà d’un éternel produit formaté et ciblé. C’est exactement ce que le scénariste Scott Rosenberg (
Dernière Heures à Denver, Impostor) nous propose de retrouver dans la série
October Road, un scénariste qui avait déjà utilisé un postulat similaire dans un de ses premier scénarios :
Beautiful Girls. Lassé d‘écrire des polars et attendant à Boston de savoir si les grands studios allaient donner le feu vert au tournage de son nouveau scénario de polar blockbuster (
Les Ailes de l’Enfer), Scott décida de se pencher sur un univers personnel peuplé d’amitiés riches et fortes en dilemmes humains. C’est sans doute la raison pour laquelle la crise de la trentaine et les questionnements sur l’engagement sont devenus des composantes récurrentes chez le bonhomme, également connu pour avoir travaillé sur le script d’
High Fidelity.
october road
A l’image de
Beautiful Girls, October Road prend donc pour point de départ le retour du fils prodigue, cette fois dans la petite ville natale de Knights Ridge après une absence de 10 ans. Une absence qui a permis à Nick Garrett de devenir un romancier réputé. Mais ce voyage, initialement prévu pour n’être qu’un trip en Europe de 6 semaines, et prolongé pour des raisons traumatiques, le fait revenir dans un véritable champ de bataille émotionnel puisque sans prévenir quiconque, le monsieur avait disparu en laissant en plan tant sa famille que ses amis et sa petite amie du moment, avec qui il avait promis de faire sa vie. A ce niveau,
October Road est autant une histoire d’amour qu’une histoire d’amitié, et le show s’en sort à merveille sur les deux niveaux. Nick retrouvera en effet la belle Hannah (Laura Prepon), désormais mère d’un enfant de dix ans (son fils ?), celle-ci ayant depuis longtemps refait sa vie mais n’ayant jamais oublié tant l’amour qu’elle lui portait que la souffrance qu’a occasionné son départ. Une souffrance partagée par certains de ses anciens amis, dont Eddie (Goeff Stults), son meilleur ami de l’époque avec qui il devait monter un business. Ayant attendu son pote de longs mois durant, cet ancien champion de football local a finalement cédé au pis aller et dû se plier au dictat des factures impayées en devenant jardinier de maintenance indépendant.
Mais bizarrement et malgré tout le potentiel dramatique que recèle ce point de départ (un potentiel cela dit rondement exploité), le show ne cède jamais à la morosité et, contrairement à la masse ambiante de dramas moroses qui ne font qu’égayer de quelques blagues et situations incongrues des intrigues à se jeter par la fenêtre,
October Road mise tout sur son optimisme, au point que même les retournements de situation les plus graves n’arrivent pas à émailler le plaisir que l’on prend à retourner semaine après semaine dans la petite ville de Knights Ridge dans le Massachusetts. Chaque personnage apporte sa dose de bonne humeur, de la petite danse de la victoire d’une serveuse sous le coup d’une magnifique déclaration d’amour aux incessantes commandes de pizzas d’un homme allergique aux laitages afin de revoir la belle livreuse. Contrairement à de nombreuses séries malmenant leurs personnages entre fâches inutilement tartinées et autres coïncidences dramatiques chronométrées à la convenance toute scénaristique,
October Road met en scène des personnages aux réactions et à la densité aussi réaliste que jouissive.
october road
Dans cette petite ville, séparée du reste du monde par la fameuse
October Road, petite route à la limite de la ville donnant son nom à la série, les impulsions sont riches mais respirent le naturel, et se dévoilent selon une logique toute humaine. Inutile ici de s’attendre à ce que chaque bonheur soit compensé par une catastrophe, et l’on assiste plus à une chronique légère qu’à un bal d’intrigues saupoudré de rebondissements à tire larigot. A tel point que l’on aborde chaque épisode, non pas en se demandant quel tuile va encore arriver aux protagonistes, mais plutôt qu’est ce qui va nous faire rire cette fois ci. Les anciens fantômes de Nick sont révélés dès le début, et leurs conséquences servent à faire évoluer l’intrigue, mais sans pour autant bluffer inutilement le spectateur. Même si quelques trames prennent leur temps, servant de fil rouge à l’intrigue de fond (Est-ce que Nick finira avec Hannah ? Est-ce que Sam est son fils ?), on est plus attiré par les petits à-côtés et les petites manies originales saupoudrées ici et là, de l’habitude qu’a la bande d’amis de jouer en play-back tous les samedis, aux originalités flagrantes (exemple : Phil ne sort jamais de chez lui) et autres subtilités d’écriture (il n’en est pas pour autant un geek binoclard sans intérêt). La force de la série réside donc dans cette peinture exceptionnelle, qui à elle seule motive l’intrigue et l’évolution des protagonistes et des situations. Pas ici d’intrigues professionnelles ou de drames en rapport avec des accidents sortis de nulle part. Tout, absolument tout tourne autour des personnages et de la relation qu’ils entretiennent les uns envers les autres.
Bien évidemment la série n’évite pas certains clichés inhérents au genre (le frère du ‘héros’ amoureux de la copine de celui-ci, le gros méchant qui passe invariablement son temps à mettre des bâtons dans les roues de tout le monde, un des amis voit sa femme le tromper avec un de ses meilleurs potes, un des personnages principaux tombe gravement malade) mais les assume frontalement et les traite avec sagesse. Elle y ajoute de plus tout un paquet de références à la pop culture qui poussent tant au réalisme (qui ne cite pas films, chansons et bouquins à tout bout de champ ?) qu’à parler au spectateur. Un
Batman par ci, un
Godzilla contre Mothra par là, et l’on vogue entre les jeux vidéo, les
Muppets, Beverly hills 90210 et l’amour du groupe
AC/DC. En parlant de musique, la série trouve ici, en plus d’un Bryab Greenberg ayant joué dans les deux séries, un nouveau point commun avec
Les Frères Scott. Certains épisodes du show se posent en effet comme de véritables best of de hits pop-rock. Dans le seul épisode
The Infidelity Tour (saison 2, épisode 3), nous aurons droit au
Graduation Day de Chris Isaak, au
Don’t Go Now de Borne, à l’
Ordinary World de Duran Duran et au
Meteor shower de Rhett Miller sans oublier
Another Nail in My Heart de Squeeze, et l’on retrouvera au fil des épisodes de nombreux groupes célèbres et variés tels que Collective Soul, The Vines, Thin Lizzy, Poison, Pearl Jam, Ryan Adams, The Pretenders …
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Malheureusement, malgré le plaisir de retrouver certains acteurs et la qualité tant de l’interprétation que des scripts,
October Road ne survivra pas plus de deux saisons pour un total de 19 épisodes. Un fait assez paradoxal puisque le show nous aura prouvé lors des seuls 6 épisodes de sa première saison qu’il n’était pas nécessaire de bénéficier de 22 semaines pour affirmer un univers et des personnages profonds et attachants. Sans doute que la série aurait eu plus de succès sur le câble, tandis qu’il aura été fatal pour le programme, peinture douce et sucrée, plus tranche de vie que véritable serial, d’avoir comme public des téléspectateurs habitués aux électrochocs perpétuels que sont
Desperate Housewives et
Grey’s Anatomy. Fort heureusement, un final a été écrit afin de donner une conclusion digne de ce nom à la série. Reste à savoir quand celui-ci sera tourné et diffusé, parce qu’on a vraiment hâte de retrouver tout le monde.