Né au Texas en 1936, Larry McMurtry a écrit plus d’une quarantaine d’œuvres, entre romans et scripts de longs métrages. Une carrière qui a débuté en 1961 avec la signature du roman
Hud, qui se verra adapté deux ans plus tard à l’écran sous le titre
Le Plus Sauvage d’Entre Nous (de Martin Ritt avec Paul Newman). Mais entre
La dernière Séance (1971) et
Le Secret de Brokeback Mountain (2005), deux long-métrages pour lesquels il fut célébré à maintes reprises, s’impose son plus beau chef d’œuvre. Au début des années soixante-dix, McMurtry développe un scénario de long métrage mettant en scène trois anciens Texas Rangers parcourant l’Amérique du Sud au Nord afin de trouver fortune dans les terres encore inexplorées du Montana. Intitulé
Streets of Laredo et destiné aux acteurs John Wayne, Henry Fonda et James Stewart, le projet ne vit malheureusement pas le jour à l’époque, poussant l’auteur à en racheter les droits quelques années plus tard. Grand bien lui en a pris : le roman
Lonesome Dove (c’est le nom de cette nouvelle mouture) permit à son auteur de remporter le prix Pulizer et ouvrit la porte à une saga écrite et télévisuelle aujourd’hui légendaire.
lonesome dove
Plus intéressé par ses personnages que par l’habituelle peinture d’affrontements fiévreux et sanglants, l’auteur va amoureusement mettre en place des personnages animés par un passé riche et une morale à toute épreuve. Diffusée sur CBS en 1989, la première mini-série voit McCrae et Woodrow (
Lonesome Dove), deux amis de longue date et anciens Texas rangers, s'embarquer dans une aventure qui les mènera du Texas au Montana. Ils traverseront les États-Unis du sud au nord durant de nombreux mois éprouvants, occasion parfaite de dresser un portrait dur et réaliste de la précarité des conditions de vie de l'époque. Mais à l'image d'une série comme
Deadwood et malgré des décors d'une beauté époustouflante,
Lonesome Dove vaut surtout pour la peinture qu'elle fait de ses personnages. Humanistes en puissance, McCrae et Woodrow représentent deux faces d'une même pièce, l'un étant rattaché à ses femmes et aimant profiter de la vie, l'autre s'occupant tout d'abord de son travail. C'est cette opposition radicale et diablement efficace qui va permettre de mettre en exergue ces grands hommes, n'hésitant jamais à risquer leur vie pour partir à la poursuite de dangereux meurtriers. Rythmée de multiples éléments, entre raids de voleurs de chevaux sans états d'âme, rencontre avec une armée décidant de se réapproprier les richesses des quidams sans demander son reste et rixes périlleuses avec les indiens,
Lonesome Dove invite, sans sentimentalisme outrancier, à suivre plusieurs groupes de personnages dont elle n'hésitera d'ailleurs pas à se séparer sans crier gare. A ce titre, la série mettra parfois en scène des débordements bluffants portés par une violence inouïe. On reste éberlué par la facilité avec laquelle les scénaristes se débarrassent de protagonistes pourtant diablement attachants et l'on reste bouche bée tandis que Woodrow, pourtant généralement réfléchi et réservé, voit sa rage exploser jusqu'à ce que son ami le maîtrise et lui demande à plusieurs reprises de reprendre ses esprits.
Posant les bases mythologiques d’une fresque dynamique et entêtante, McMurtry n’en restera pas là puisque le succès de
Lonesome Dove (couronnée par 2 Golden Globes, 7 Emmys et de autres prix) permettra la mise en chantier de nombreuses suites plus ou moins officielles.
Retoun à Lonesome Dove verra le jour quatre ans plus tard sous la plume de John Wilder avant que McMurtry ne reprenne les rennes de son œuvre, et ne délivre une suite (
Le Crépuscule) et deux préquelles se chargeant de conclure la saga (
Les Jeunes Années et
Comanche Moon). Une saga durant laquelle l’auteur revisitera tant le destin que les origines des personnages, et autant dire qu’à la suite d’une œuvre aussi phénoménale que
Lonesome Dove, difficile de ne pas replonger enthousiaste dans les chroniques des deux rangers. On s’amusera à faire le parallèle entre les divers épisodes tout en découvrant ici et là d’abondants détails succulents sur leurs amours ou leurs choix de vie, tout en étant transporté par la finesse d’écriture de l’ensemble. Qu’il s’agisse des relations avec les indiens (amicales ou non), de romances contrariées ou d’épopées périlleuses, McMurtry prendra toujours le soin de faire passer ses personnages avant tout, sans pourtant oublier de surprendre grâce à certains déroulements allant à contresens des attentes des spectateurs. A ce titre, McCrae et Woodrow, pourtant érigés en figures iconiques, trouvent leur puissance non pas en s’imposant comme de vaillants héros invincibles, mais plutôt comme deux amis traversant une histoire vécue de tous, ayant simplement le mérite d’y survivre. C’est dans cette caractéristique que la série va puiser toute sa force et s’avérer une aventure immanquable pour tous les amoureux de longues et passionnantes légendes.
lonesome dove
L’autre grand point fort de la série réside dans un casting aux petits oignons qui n'est pas sans rappeler les plus grands chefs-d'oeuvres du grand écran hollywoodien. Woodrow et McCrae sont magnifiquement incarnés par Tommy Lee Jones et Robert Duvall (qui considère avoir tenu ici son plus grand rôle, et on le comprend), tandis que l'on retrouvera également Diane Lane, Angelica Houston, Danny Glover, D.B. Sweeney, Chris Cooper, Robert Urich... Même les plus petits rôles verront des acteurs de la classe de Steve Buscemi faire partie d'une distribution à l'unisson, contribuant à faire de l'oeuvre un classique indémodable et immanquable. Un standard de qualité qui assurera aux diverses séquelles et préquelles la participation d’artistes d’exception, à commencer par ceux qui incarneront nos deux héros. David Arquette et Steve Zahn succéderont à Robert Duvall dans le rôle d’Augustus McCrae tandis que Woodrow sera tour à tour incarné par Tommy Lee Jones, Jon Voight, James Garner, Jonny Lee Miller ou encore Karl Urban. Mais le festival ne s’arrête pas ici puisque les différents épisodes verront se succéder Diane Lane, Danny Glover, Sam Shepard, Sissy Spacek, Wes Studi, Val Kilmer, Jennifer Garner, Gretchen Mol, F. Murray Abraham ou encore Edward James Olmos.
Inutile de préciser qu’avec de pareils atouts, il serait impardonnable de passer à côté d’une telle œuvre, classique parmi les classiques dans son pays d’origine au point d’avoir même généré au Canada deux autres séries de plus de vingt épisodes chacune. Sorte de spin off prenant place à la suite de
Lonesome Dove et de son
Retour, celles-ci, intitulées
Lonesome Dove : The Series et
Lonesome Dove : The Outlaw Years se concentrent cette fois sur les aventures de Newt, fils illégitime de Woodrow et de la prostituée Maggie. Et quand on sait que même dans celle-ci, l’unique apparition de Woodrow met en scène le gigantesque Lee Majors, vous aurez une petite idée, si ce n’est déjà fait, de l’ampleur du phénomène. Même si nous avons désormais du mal à imaginer quelles autres aventures pourront à présent vivre McCrae et Woodrow, la boucle étant bouclée avec le récent
Comanche Moon, impossible de ne pas prier pour que McMurtry ne fasse une nouvelle fois revivre des personnages qui sont devenus à ce point attachants et familiers que leur absence des écrans occasionne un douloureux manque.