Ayant fait ses armes sur des séries comme Roseanne avant de se lancer dans la création de shows originaux en 1993 avec Grace Under Fire puis Cybill en 1995, le scénariste Chuck Lorre ne sera jamais meilleur que lorsqu’il cultivera la science des sitcoms, voyant des personnages antagonistes tenter de résoudre leurs conflits personnels. On se souvient ainsi avec plaisir des nombreuses séquences de la série Dharma & Greg, créée avec Dottie Darland et qui voyait un avocat surdiplômé se marier avec une baba cool au grand désespoir de ses parents. Quant à Mon Oncle Charlie, dans laquelle un looser sensible et travailleur vient habiter chez son frère dragueur invétéré et glandeur fortuné, elle est depuis des années la sitcom la plus populaire du paysage audiovisuel américain, enchaînant les nominations prestigieuses et les audiences record.


Fort de ce dernier succès, Lorre décide avec le scénariste Bill Prady (Dharma & Greg, Gilmore Girls) de s’attaquer à un phénomène de mode qui ne cesse de grandir. Depuis qu’Internet a su s’imposer comme un des medias les plus importants de notre génération, les niches de geeks sont désormais capables de partager leurs nombreuses passions entre eux et ne cessent de gagner en importance et en influence. C’est donc ces geeks et autres nerds que The Big Bang Theory va mettre en scène sur CBS. Nous allons retrouver ici un groupe de quatre scientifiques et physiciens travaillant au célèbre institut technologique de Californie (ou Caltech), et dont le quotidien sera bouleversé lorsque deux d’entre eux, vivant en colocation, verront une jeune et jolie jeune fille emménager en face de chez eux. Bien évidemment, leurs mondes sont loin d’être voisins et Lorre et ses co-scénaristes vont s’en donner à cœur joie pour jouer sur un contraste qui marche déjà parfaitement dans d’autres séries de ce genre.

A l’image de The IT Crowd, Chuck et autres Spaced, The Big Bang Theory va donc tout d’abord présenter les geeks dans toute leur splendeur. Sorte d’adultes n’étant finalement jamais sortis de la cours de récré, Leonard, Sheldon, Howard et Raj sont de grands enfants comme il en existe de plus en plus et vivant dans leur monde, entre Star Trek, Battlestar Galactica et l’univers des DC Comics. Contrairement à des adultes prévoyants, ils n’ont pas de lampe de poche pour s’éclairer dans la nuit, mais une réplique lumineuse de sabre laser fait aussi bien l’affaire. En guise de jeux de société, ils jouent aux échecs en 3D et au Boggle, mais en utilisant uniquement des noms Klingon (une langue parlée dans Star Trek). Leur vie sociale se résume souvent à dîner à la maison après avoir fait le plein chez le traiteur chinois ou thaïlandais du coin, subir l’étouffement parental et assister à des rétrospectives de la planète des singes avant la soirée de jeu en réseau sur Xbox le vendredi soir. Quant à leurs discussions, possédant d’évidentes considérations hautement philosophiques, elles débutent souvent par des phrases du type « tu sais pourquoi je sais que nous ne sommes pas dans la matrice ?» ou « tu veux connaître le problème que pose la téléportation ?». Des postulats que tout geek s’est posé à un moment où à un autre.


Arrivée comme une fleur au milieu de ce champ de bataille perpétuel, Penny, jeune serveuse et aspirante actrice, va peu à peu apprendre à connaître la bande, bien que ne comprenant au départ que très peu de leurs élucubrations. Et c’est ici que Chuck Lorre va permettre au public de trouver ses marques. C’est d’ailleurs là que se trouvait le grand pari de la série : comment faire une série grand public avec des geeks en protagonistes principaux ? Quand les Anglais abordent le sujet (comme c’est le cas pour The IT Crowd), celui-ci peut parfois sembler trop condescendant pour plaire aux grandes audiences, à l’image d’un récent épisode où les responsables du service informatique font gober les plus grosses couleuvres à leur responsables au sujet d’Internet. Mais dans le genre, The Big Bang Theory s’en sort avec les honneurs. Tandis que le public geek profitera pleinement de discussions visant à définir si Saturn 3 est meilleure que Star Trek : Deep Space Nine ou Babylon 5, à savoir quel est le meilleur film de Star Trek ou pourquoi Skynet a créé une jeune Terminatrice dans Terminator : The Sarah Connor Chronicles, les non initiés auront le plaisir de voir de l’extérieur cette bande de vieux ados totalement déphasés.

Car malgré un intellect surdéveloppé qui permet à l’humanité de faire tous les jours des pas de géant, ces messieurs (un geek moyen, un génial emmerdeur, un juif obsédé et vivant chez sa mère et un indien maladivement timide) sont aussi intelligents sur le papier qu’ils sont handicapés socialement. Sortis de leur univers, ils ne peuvent que théoriser à outrance la manière d’aborder le sexe faible, et se prendront râteaux sur râteaux quand il s’agira d’assouvir des besoins sociaux plus élémentaires. Léonard, le plus équilibré des quatre (et instantanément amoureux de Penny dès les premières minutes du show), ne pourra au début qu’observer de loin la valse de petits amis occasionnels qui feront craquer la belle alors qu’il n’aura pour lui que sa maladresse et sa sensibilité. Mais même si la série continuera de cultiver la différence des deux groupes (d’où le titre du show) et ne fera que sensiblement évoluer ses protagonistes pour conserver cette dualité hilarante et salvatrice, le choc des cultures s’amenuisera peu à peu. Penny partagera de plus en plus le quotidien de geeks que l’on apprend finalement à comprendre, et sera initiée comme le public à de nombreuses pratiques (les jeux massivement multijoueurs, très dangereux pour les non habitués, le Spam, Lolcat). Elle ira jusqu’à absorber les dires de Sheldon qui tentera de lui expliquer les relations amoureuses en utilisant la théorie du chat de Schrödinger.


De son côté, elle tentera de les rendre un peu plus « normaux » en vidant leurs armoires de costumes désuets et de vêtements bons à jeter. Bien évidemment, Penny ne pourra s’empêcher de s’amuser de leurs travers, en invitant par exemple un groupe d’amies, leur prouvant que même des phrases comme « moi et mes amies on va se déshabiller devant vous » ne peuvent casser leur concentration au jeu. Mais tant d’un côté que de l’autre (ou tout du moins si l’on prend les représentants les plus sensés de ces deux ‘groupes’), et mis à part les excès de Sheldon, magnifique imbu de lui-même et cas désespéré criblé de tocs, les rapports seront toujours dépeints avec respect, sans moquerie abusive. Voyant que tout le monde les prend pour exemple et attend après eux, Penny finira même par leur dire un jour : « En fait, dans votre monde, vous êtes les gars cools !». On évite ainsi les situations biaiseuses et l’humour parfois craspec de Mon Oncle Charlie pour découvrir un monde où de faux adultes s’émerveilleront en allumant une lampe de leur appartement avec un signal faisant le tour de la Terre (sans que personne ne comprenne l’intérêt de la manœuvre), sautent sur l’occasion d’une soirée d’Halloween pour se déguiser en Flash, et sont poussés à l’action par des citations de Spock. Ces messieurs iront même jusqu’à utiliser leur science en informatique, simplement pour trouver le repère d’une émission de télé réalité où se trémoussent de nombreux tops modèles. Hilarante, la dynamique interne du groupe ne manque jamais de déborder sur la vie de Penny, tandis que Sheldon n’hésitera aucunement à faire souffrir son monde à cause d’un microbe ou parce qu’il ne peut se rendre seul à son lieu de travail ou à son magasin de comics préféré. Un prêté pour un rendu quand il sera obligé de jouer à Mario 64 sur un émulateur de son Pc portable (en ayant la cartouche originale, cela va de soi) quand Leonard occupera l’appartement en charmante compagnie.

Outre le fait de proposer parfois la réunion jouissive de différents acteurs de la série Roseanne (Johnny Galecki, Sara Gilbert, Laurie Metcalf), la série est devenue culte a bien des égards, que ce soit pour la collection de t-shirts de geeks de Sheldon (même s’ils sont loin d’être aussi inventifs que ceux de Roy dans The IT Crowd), les boucles de ceinture de Hollowitz, ou sa propension à toujours traiter de l’actualité geek et à utiliser un langage codé des plus logiques (« What the Frack », issu de Galactica). A noter de plus que les titres des épisodes de la série (une règle immuable en anglais, parfois oubliée en français) imposent ces derniers comme des faits scientifiques (le paradoxe du ravioli chinois, le corollaire de pattes-de-velour, la conjoncture du batbocal…). Des partis pris payants puisque la série semble avoir déjà gagné son pari et ne cesse semaine après semaine depuis sa première saison de battre ses records d’audience, dépassant aujourd’hui les 10 millions de spectateurs par épisode. Un beau record, donc, pour un sujet aussi casse-gueule, devenu particulièrement addictif. Espérons que les scénaristes soient toujours aussi inspirés (pour le moment, ils ne devraient pas manquer de matériel) et que le show continue encore longtemps de figurer sur les grilles de programmation de CBS. Accessoirement, nous pourrons joyeusement continuer à lire les fameuses Vanity Cards que l’auteur rédige toujours en fin d’épisode (234 à ce jour), et dans lesquelles il continue de divaguer au moins autant que ses personnages.

David Brami

 



box office

1

TWILIGHT - CHAPITRE 1 :
entrées : 755 835 (1 semaine)




2

DE L'AUTRE COTE DU LIT
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3

CHE - 1ERE PARTIE : L'AR
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4

AUSTRALIA
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LARGO WINCH - LE FILM
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6

MADAGASCAR 2
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7

BURN AFTER READING
entrées : 1 338 851 (5 semaines)




8

UN BARRAGE CONTRE LE PAC
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9

THE SPIRIT
entrées : 239 922 (2 semaines)




10

LOUISE-MICHEL
entrées : 265 06 (3 semaines)