En 2006, la chaîne américaine Showtime n’a pas manqué de créer la polémique avec sa nouvelle série Dexter. Il aurait en effet été étonnant que les aventures d’un tueur en série de tueurs en série ne provoque pas une telle réaction épidermique de la part de tous les bien-pensants de la planète puisque ce héros atypique, anti-moral au dernier degré de par ses agissements, allait autant à l’encontre des plus élémentaires principes moraux qu’il le faisait avec volonté et délectation. Un point de vue qui diffère donc radicalement de l’habituel prétexte de Jack Bauer et consorts (qui tuent et torturent pour le bien de la nation, avec un soupçon de dilemme personnel). Et pourtant. Dexter allait, contre vents, marées et spectateurs criant à la série nazie, s’imposer comme un des shows les plus palpitants, les plus denses, et finalement les plus acclamés de ces dernières années.



Adaptée fidèlement (pour la première saison, puis très librement par la suite) des romans de l’écrivain américain Jeff Lindsay par le scénariste et producteur James Manos Jr (The Shield, Les Soprano), Dexter narre les aventure de Dexter Morgan, un inspecteur médico-légal de la police de Miami. Jusqu’ici rien de bien spécial si ce n’est qu’à ses heures perdues, Dexter est en fait, vous l’aurez compris, un serial killer. Mais attention, loin de fondre sur n’importe quel quidam, Dexter est réfléchi, posé, et n’assouvit ses pulsions meurtrières que sur ceux qui le « méritent ». Il piste ainsi des meurtriers étant passés entre les mailles du système judiciaire et, après maintes vérifications, exerce sur eux sa vengeance. Cette méthode, il la doit à Harry, un père adoptif et ancien flic aujourd’hui défunt ayant décelé l’instinct morbide de son rejeton. Affligé d’apathie et se retrouvant donc déconnecté des instincts que ressent généralement un humain normalement constitué pour son prochain, Dexter est aujourd’hui guidé par un ensemble de règles finement établies. Celles-ci l’empêchent tant de se faire prendre, que d’attirer sur lui l’attention de collègues qui le prennent pour un sympathique monsieur tout ce qu’il y a de plus normal.

Afin de bien plonger le spectateur dans l’ambiance, la série s’ouvre d’ailleurs sur un générique pour le moins troublant, voyant Dexter effectuer au réveil toute une série de gestes matinaux filmés comme des actes meurtriers. Le simple fait d’enfiler un t-shirt rappelle une mort par asphyxie, le fait de lasser ses chaussures est filmé comme une strangulation et celui de découper une orange provoque des gerbes de liquide pour le moins explicites. Le tout achevé par un Dexter qui sort de chez lui comme si de rien n’était après avoir apprécié au plus haut point la mascarade. Nul doute que le show cultive une ambiguïté certaine, et la présence dans le rôle titre de l’acteur Michael C. Hall (parfait à tous les niveaux), ancien interprète du David Fisher de Six Feet Under à l’époque torturé entre son éducation catho et son envie d’assumer son homosexualité et d’accéder au bonheur, n’est pas innocente. Levée de boucliers, donc.



Mais c’était sans compter sur l’intelligence d’un propos qui, bien au-delà d’un Tueurs Nés ou d’un Devil’s Reject, s’offre tant en exutoire à nos pulsions les plus primaires, qu’en analyse sociétale réjouissante. Portée par la voix off d’un héros détaché et fascinant (un procédé pour une fois bien plus intelligent qu’il n’y paraît puisque complémentaire et non redondant à l’image), la série se plaît à nous faire partager le quotidien pas si étrange de son protagoniste principal, dont l’aspiration n’est finalement que de se fondre dans la masse. Entouré de personnages ayant tous leurs défauts (la sœur au complexe paternel, le scientifique asocial, le flic obsédé par son instinct, l’autre par son coeur d’artichaut…) Dexter ne semble finalement pas si bizarre, surtout comparé aux autres criminels qu’il rencontre. Lui au moins n’est pas simplement guidé par ses instincts. Ses actes sont régis par un système qui vise à protéger la population et en extraire les parasites. Une vocation qui se retrouve d’ailleurs soutenue par certains quand ses agissements sont révélés au grand jour, le « Bay Harbour Butcher » n’étant pas loin d’hériter d’un comic-book à son nom.

Qui plus est, Dexter ne cesse jamais de questionner ses actes, sa nature, ses choix, et par extension l’être humain qui l’entoure. L’occasion d’une véritable analyse de la nature humaine, révélant ses névroses et ses interdits séduisants. On ne saura que penser quand, en plein milieu d’une réflexion, Dexter demandera son avis sur les relations amoureuses à un couple qu’il s’apprête à occire. De plus, on appréciera de voir que malgré ses défauts, Dexter reste finalement l’être le plus réfléchi de la série, le plus sensé, celui pour lequel on garde un espoir d’évolution alors que tous n’ont finalement que celui de succomber à leurs envies ou de suivre le chemin sacré de la rédemption. Car contrairement à l’être humain normal, Dexter (et par extension le spectateur) voit dans son existence un défi. Celui d’être meilleur, de tenter, d’explorer, de risquer son existence toute entière à chaque instant. Jamais être normal n’aura semblé aussi dangereux, puisque cette fois, cet acte requiert une méthodologie et une discipline active et forcée, comme le fait d’apporter chaque matin des donuts à ses collègues ou d’entretenir jusqu’au bout une relation avec une petite amie pour laquelle il ne ressent finalement qu’un affectif calculé.



Et pourtant, se croyant seul au monde, Dexter va sur son chemin croiser d’autres mutants, des « semblables » qui se reconnaîtront en lui. Un frère qui tentera de lui faire accepter sa nature sauvage, une petite amie qui lui demandera d’assumer ses penchants, un meilleur ami qui essayera de rentrer dans son système. Mais tous auront oublié une chose : grâce à son système de Code (subi, accepté, rejeté puis enfin réinventé), Dexter est une version bien plus évoluée de leur modèle. Un caméléon, le rouage vicié mais adaptable d’un système qui se révèle comme son terrain de jeu et où chaque anomalie se doit d’être corrigée afin de ne pas dévoiler la supercherie. Dexter rencontrera t’il finalement un être capable de pareils prodiges ? Donnera t’il naissance à un de ses pairs par défauts ? On reste dans l’espoir d’une telle chose. En attendant on savoure la recette, savant mélange d’esthétisme (la direction photo est de toute beauté et n’oublie pas de se remplir de sens en faisant, par exemple référence au cinéma de Scorsese et à ses thématiques), d’analyse sociétale et de tension à couper au couteau.

Car oui, tout aussi paradoxal que cela puisse sembler pour une série mettant en scène un personnage apathique, on ressent une affection sans bornes pour le personnage, et l’on comprend son combat. On angoisse, on stresse à sa place puisque comme dans toute bonne fiction, la connaissance et la familiarité apporte avec elle son lot d’empathie. Fait qui ne gâche rien, et malgré le sujet, la série n’est jamais morose, et porte en elle un humour bienvenu, directement issu non pas du côté sordide des situations (cela aurait été malvenu) mais d’une part du caractère des personnages (Masuka -l’autre légiste de la série- a son chic pour débarquer au bon moment et faire des commentaires déplacés, l’inspecteur Batista est aussi touchant que drôle…), et de l’autre, bien évidemment des commentaires de Dexter, approchant les situations avec un angle toujours original et réfléchi. N’oublions pas de souligner l’importance et la virtuosité de la partition musicale de la série, tour à tour lancinante ou joviale, véritable symphonie des sens composée par Rolfe Kent (A coeur ouvert, Thank you for Smoking) et reprenant un grand nombre d’ambiances soulignant la tension ambiante et le côté ethnique des nombreuses communautés végétant à Miami.



Chacune des trois saisons de la série jusqu’ici diffusées par Showtime semble faire état d’une évolution du personnage : la première saison représente la naissance du personnage (ses origines, son état des lieux), la seconde son adolescence (Dexter sort avec une rebelle et questionne son code et ses motivations) alors que la troisième représente le passage à l’âge adulte (réappropriation du code, un enfant en vue, un mariage …). On regrettera d’ailleurs que cette dernière gagne en analyse ce qu’elle perd en tripes et en surprises lors de son final. Mais ne gâchons pas notre plaisir. Sachant que le show est d’ores et déjà reconduit pour une quatrième (diffusion prévue en 2009) et une cinquième saison, on attend avec impatience de voir vers quels horizons nous guideront cette fois les scénaristes dans cette gestation toujours aussi passionnante d’un être se révélant au monde tout en dévoilant ses défauts et ses travers.

David Brami

 



box office

1

TWILIGHT - CHAPITRE 1 :
entrées : 755 835 (1 semaine)




2

DE L'AUTRE COTE DU LIT
entrées : 517 597 (1 semaine)




3

CHE - 1ERE PARTIE : L'AR
entrées : 234 589 (1 semaine)




4

AUSTRALIA
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5

LARGO WINCH - LE FILM
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6

MADAGASCAR 2
entrées : 4 944 011 (6 semaines)




7

BURN AFTER READING
entrées : 1 338 851 (5 semaines)




8

UN BARRAGE CONTRE LE PAC
entrées : 69 299 (1 semaine)




9

THE SPIRIT
entrées : 239 922 (2 semaines)




10

LOUISE-MICHEL
entrées : 265 06 (3 semaines)