2007 aura été tant l’année des Chuck (un personnage dans la sitcom Back to You, un autre dans Pushing Daisies) et des geeks (pas moins de trois séries d’un coup dont The Big bang Theory et Reaper). A la croisée de ces tendances, Chuck était donc parfaitement dans l’air du temps. Après quatre ans de Newport Beach sur la Fox, ayant donné naissance à l'un des plus sympathiques geeks du petit écran, le producteur et scénariste Josh Schwartz décide de remettre le couvert la saison suivante en séparant ses deux centres d'intérêt. Alors qu'il donnera le drama à The CW sous la forme de la série Gossip Girl, il réservera son amour de la culture Geek à la NBC en créant avec son ami Chris Fedak et le producteur McG, cette nouvelle série d'humour, d'action et d'espionnage.
Vendeur dans un grand magasin d'électronique (et donc forcément geek, avec toute une bande de collègues au même niveau), Chuck Bartowski (Zachari Levi) vit une existence sans surprises jusqu'au jour où Bryce Larkin, un de ses anciens potes de fac et accessoirement agent de la CIA sur le point d'être abattu, lui envoie un e-mail. A l'ouverture de ce dernier, Chuck se voit désormais imprégné de toutes les données de l'Intersec, une base de données ultra secrète comprenant les dossiers combinés de la NSA et de la CIA. Le véritable Intersec ayant été détruit et le seul scientifique capable de lui retirer la chose du crâne ayant été abattu, Chuck doit se résoudre à collaborer avec les autorités. Désormais protégé par un agent de chaque organisation, Chuck ne cesse désormais de 'flasher' sur divers éléments et/ou personnes à risques, son cerveau se déclanchant dès que le registre est mis en relation avec une information sensible. Il ne tient donc qu’à lui d’arrêter nombre de complots internationaux tout en essayant de maintenir des apparences raisonnables afin de ne pas alerter (et mettre en danger) tant ses collègues que sa famille.
Comédie hilarante à l'écriture intelligente, Chuck est surtout une série qui se suit sans lasser, captivante et rythmée, faisant évoluer ses personnages au travers d'intrigues tirant autant du James Bond que de la culture Geek. Niveau geek tout d’abord, la composante fait partie du background des personnages. Soirées X-Box, posters de monuments de science-fiction sur les murs (Tron, Dune), appellation de méchants comme le ferait un geek dans la vie normale (un homme poilu s’appelle un wookie), costumes d’halloween de rigueur ou composantes d’un passé nostalgique (à l’université, Chuck tente de recréer sa propre version du jeu textuel d’infocom Zork. Bien sûr, l’occasion est trop belle de s’arrêter ici, et entre les mentions d’Opération Dragon, de Dark Cristal, de Lost en plein milieu d’un décodage (Oceanic 815), un épisode à Chinatown écrit en hommage au chef d’oeuvre de John Carpenter Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, et un autre centré sur le jeu Missile Command, impossible de s’ennuyer. Même l'unique vendeuse du magasin est une asiatique dominatrice et goth, sorte de fantasme ultime du geek moyen. Nous devrions même avoir droit cette année à un épisode diffusé en 3D le lendemain du Super Bowl, c'est dire !
La série possède également une propension certaine à l’invité de marque. Bien sûr, d’anciens de Newport Beach viendront inévitablement dire bonjour comme Rachel Bilson et Melinda Clarke (Le Retour des Morts Vivants 3 et Killer Tongue). Mais d’autres figures du cinéma et de la télévision viendront également égayer les épisodes de leur présence pour des passages plus ou moins longs : on retrouvera ainsi Michael Duncan Clarke (Daredevil, La Ligne Verte) en mercenaire implacable, John Laroquette (Boston Justice) en James Bond bourré et vieillissant, C.S.Lee (le Masuka de Dexter) en collègue sadique, Tony Hale (Arrested Development) en superviseur zinzin, Tony Todd (Candyman) en chef de la CIA furtif et Michael Rooker en policier douteux.
Dans l'exécution, chaque épisode est de plus imprégné d'un esprit comic book bon enfant (les nombreux combats, le caractère too much des méchants, et qui croirait qu'un mail contienne autant d'informations et pourrait être envoyé si vite ?) et la série se sied bien de sa structure redondante (Chuck flashe, Chuck est en danger, les agents arrivent en retard...) puisqu'elle passe son temps à en jouer, notamment grâce à l'obligation qu'ont les agents de passer incognito pour ne pas bousculer la vie des collègues de Chuck. Et même si ce dernier fait finalement office d’un geek trop propre pour être honnête (grand, beau gosse, maigre, charmeur, propre et ouvert au contact, bref tout le contraire de son meilleur ami Morgan qui lui, est bien un geek 100% pur geek), impossible de regretter cet état de fait tant Zachari Levi fait des merveilles dans le rôle. Toujours en arrière plan dans les coups durs (« reste dans la voiture » est souvent l’intitulé de sa mission) avant de se retrouver en première ligne malgré lui, il est finalement de tous les combats, et malgré l’efficacité des agents qui l’accompagnent, fini toujours par sauver le monde.
On a ainsi à boire et à manger dans Chuck puisque les agréables missions, toujours criblées de scènes de tension et d’action détonantes, sont contrebalancées par les petites histoires du Buy More, dans lesquelles les employés luttent également à leur niveau pour que leur quotidien ne se transforme pas en supplice permanant, agissant comme de grands enfants perdus dans un supermarché. Bourrée de répliques cultes (« Unleash the Casey ! », « Let the Geek Go ! »), la série fait également montre de l’amour indéfectible de Josh Schwartz pour la bonne musique, qu’il s’agisse de celle de l’excellent générique assurée par l’indémodable Short Skirt/Long Jacket de Cake, ou des tubes qui parsèment les épisodes (Gnarls Barkley, Iggy pop, Spoon, Hall & Oates, Britney Spears, Huey Lewis, Flight of the Conchords, Billy Martin, Backstreet Boys…), on se retrouve une nouvelle fois avec une compilation de tubes des plus béton.
Accompagnée d’une mini série de webisodes hilarants, la seconde saison plonge plus en avant dans les excellents travers de la série que ne l’avaient fait les premiers épisodes, et s’est même taguée d’une campagne de pub visant à promouvoir l’aspect espionnage, de plus en plus présent puisque la menace Fulcrum (une agence rebelle issue des quartiers de la CIA) a désormais verrouillé ses objectifs. Fun, jamais ennuyeuse, inventive et tout simplement jouissive, Chuck dame le pion à nombre de ses concurrentes sur bien des niveaux et est assurément une des plus belles surprises que la télévision de divertissement nous ait offert ces dernières années. Indispensable !
David Brami
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