Impossible d’aborder le thème de la science fiction moderne sans parler d’une de ses pierres angulaires majeures. Difficile en effet d’imaginer celle-ci sans l’apport de James Cameron et de son
Terminator, dans lequel un homme débarque du futur pour sauver une jeune serveuse, mère à venir d’un sauveur de l’humanité dont il sera le père. Visuels et personnages iconiques, intrigue intelligente et profonde, l’oeuvre de Cameron n’avait qu’un seul défaut, commun à toutes les grandes oeuvres de science fiction sur grand écran : celui d’ouvrir la porte sur une mythologie passionnante que quatre heures sur deux épisodes de cinéma ne pourront qu’effleurer. Hantés par ces furtives et magnifiquement morbides visions du futur, les amateurs rêveront de pouvoir explorer plus en avant les infrastructures de Skynet, les locaux de la résistance, ou de rencontrer et analyser les différents modèles de cyborgs.
sarah connor chronicles
Cela, la Fox l’aura bien compris, et le constatera une nouvelle fois en 2003 quand sortira sur les écrans le troisième volet de la fresque cinématographique. Décriée par certains fans (James Cameron n’est plus aux commandes) mais célébré par le grand public, le film pousse une nouvelle fois la firme au renard à se plonger dans la licence. Cependant, alors que les films ne pourront jamais réellement visiter cet univers de fond en comble, quel meilleur support que le format télévisuel pour disséquer et approfondir la mythologie de l’oeuvre ? C’est ainsi qu’en 2005, Josh Friedman, scénariste de
La Guerre des Mondes de Steven Spielberg aux côtés de David Koepp, va se charger de donner naissance aux nouvelles aventures de Sarah Connor et de son fils. Et le show de passer les étapes de production pour finalement arriver sur le Network début 2008.
D’emblée la série montre la couleur. Son but : être fidèle autant que possible au diptyque Cameronien. Pour cela, Josh Friedman décide de court-circuiter le troisième épisode de la série en plaçant les évènements du pilote seulement deux ans après
Terminator 2. On retrouve une Sarah Connor rangée mais toujours sur le qui-vive alors qu’un rêve apocalyptique doublé d’une attaque musclée la poussera elle et son fils à reprendre les armes. Le show suit les grandes lignes de la licence (un terminator est envoyé dans le passé pour tuer les Connor, un autre pour les protéger) mais un souci se présente. Comment impliquer le spectateur en gardant les personnages dans leur forme de 1999 ? La réponse est simple : les transposer dans le présent. Après avoir posé les bases de l’intrigue, le show envoie donc ses protagonistes en 2007. L’occasion de faire rentrer la licence de plein pied dans l’ère d’Internet, tout en prenant judicieusement en compte les traumas de notre époque (« En voyant les deux tours en feu, j’aurais cru que nous avions échoué » se dit Sarah en prenant connaissance des évènements du 11 Septembre 2001).
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Bien évidemment,
Terminator ne serait pas
Terminator sans certaines figures imposées propres à la licence et l’on va très vite retrouver tout un éventail de gimmick jouissifs : phrases cultes et poses associées (« Viens avec moi si tu veux vivre »), visages révélant un squelette cybernétique, plans à la première personne vu par l’œil des cyborgs, nouveaux rêves apocalyptiques, voix off omniprésente,… Le tout tandis que le show mettra un point d’honneur à insérer sa narration dans la continuité directe des scénarios de Cameron. Le spectateur aura ainsi la joie de retrouver la famille de Dyson, d’entendre John évoquer le souvenir de ses parents adoptifs Todd et Janelle ou d’assister à la recréation de certaines vidéos mettant en scène Sarah dans l’aile psychiatrique de l’hôpital de Pescadero. Mais la série sera surtout l’occasion de répondre à nombre de questions que les fans se sont posées au fil des ans : « Que se serait-il passé si la résistance avait essayé d’empêcher Skynet de se mettre en place ? », « Et si Skynet avait envoyé d’autres Terminators afin de préparer son avènement futur ? ».
Ces thématiques,
TTSCC les aborde en long et en large alors que 2007 s’impose désormais comme un véritable champ de bataille entre les deux camps avant une apocalypse cette fois prévue pour 2011. Assassinat de personnages clés dans la mise en place du réseau cybernétique et protection de futurs résistants d’importance du côté des humains, développement et évolution de Skynet de l’autre, avec prise de possession d’installations stratégiquement primordiales en prime (centrale nucléaire, future usine de manufacture de robots). Entre les deux, Sarah, John et leur cyborg dédié nommé Cameron feront leur possible pour rester en vie, poursuivis pas un terminator acharné du nom de Cromartie et par les forces de police. Loin de se reposer sur ses acquis et de présenter des protagonistes monolithiques, le show ne passera pas à côté de l’occasion de faire évoluer ses héros.
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Initialement craintif et surprotégé, John explore son besoin d’émancipation face à une mère trop protectrice. Un point de vue étudié tant par l’apport dans la série de personnages annexes et bienvenus (Derek, frère de son père Kyle, ou encore Riley, une jeune fille au passé sombre) que par une confrontation avec une réalité dure et sans concession. « Quel est le but d’être le futur chef de la résistance si en attendant j’adopte la mentalité des machines ?» hurlera t’il à sa mère après avoir dû assister, retenu par Cameron, au suicide d’une adolescente. La série aura également la bonne idée de le voir s’étendre sur le divan d’un psy, permettant l’étalage de blessures dont la cicatrisation doit se faire hors de la cellule familiale. Même la cyborg Cameron aura cette opportunité d’évolution après qu’une explosion ait occasionné une altération de son programme. Déjà douée de la faculté d’apprentissage, la seconde saison la verra développer une réflexion propre et une ouverture au monde, faite de sensations et de contacts humains poussés.
Tout cela bien sûr sans oublier les attendues visites dans le futur. Le show n’aura d’ailleurs de cesse de nous renvoyer aux origines du combat, dévoilant abondamment les coulisses d’une guerre se déroulant sur une incroyable variété de plans et de fronts différents. Mais ces nombreux affrontements n’empêchent pas la série d’être parfois portée par une poésie indéniable, donnant au show une originalité indéniable. Cameron apprendra la danse sur fond de réflexion sur l’évolution de la race humaine et son éventuel remplacement par les machines. De sauvages séquences d’action verront leur illustration sonore remplacée par une chanson lourde de sens. Et tandis qu’un massacre filmé en hors champ clôturera la première saison de belle manière, l’émotion sera a son comble quand John découvrira la nature du cadeau que lui fera son oncle pour son anniversaire.
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Afin de prolonger l’expérience, la série prendra le parti, lors de sa seconde saison et sur l’initiative des pontes de la Fox, de proposer nombre de loners (épisodes à intrigue unique), qui étofferont plus avant la mythologie de la licence. Pendant que l’évolution de l’intelligence artificielle suivra son cours dans les locaux de la ZeiraCorp, le show proposera des aventures centrées sur des personnages uniques afin d’en fouiller les doutes, le passé et l’évolution. L’occasion de visiter d’autres époques quand Derek devra faire face à un ancien tortionnaire, que Cameron verra son esprit remplacé par celui de l’humaine qui servit de base à l’élaboration de sa personnalité, ou qu’elle affrontera un modèle qu’une erreur de calcul aura envoyé dans les années 20.
Bourrée de références bien gérées, le show n’évitera pourtant pas certains impairs. Histoire de lancer la machine, les scénaristes se permettront ainsi de faire traverser la tête métallique de Cromartie à travers la machine à voyager dans le temps en 1999, chose pourtant totalement interdite par le cahier des charges de la licence. C’est dans ce genre de détails, facilités destinées à maintenir la tension dramatique inhérente au format, que le show trouve ses faiblesses, parfois jusqu’à l’aberration. L’exemple le plus frappant réside sans aucun doute dans le sixième épisode de la première saison. Dans le but de créer un suspense artificiel, les scénaristes estiment que Derek (mourrant et nécessitant une quantité importante de sang) aura besoin d’une transfusion de sang AB négatif. Miracle : John est également du même groupe. Un fait médicalement impossible puisque Sarah est, elle, du groupe O !
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La liste est longue, mais ce serait se priver du plaisir de retrouver un univers riche et fouillé aussi jouissif que de s’arrêter à ces considérations puisque le show arrive à remplir son contrat : s’imposer comme le fantasme devenu réalité d’une grande frange d’amateurs de SF, ayant rêvé jour et nuit de se plonger durablement dans le monde de Skynet et des terminators. Même si l’interprétation met un certain temps à s’imposer à nous (difficile au début de comparer Lena Headey et Linda Hamilton), la progression narrative respecte autant que possible les impératifs d’une telle production et intrigue autant qu’elle passionne. Au final,
Terminator : the Sarah Connor Chronicles est une série qui s’apprécie sur l’instant mais qui se savoure surtout sur la longueur, bourrée de surprises bienvenues (un épisode consacrée au docteur Silverman) et de passages proprement cultes. Gageons que la suite, annoncée comme reprenant l’intrigue de manière plus suivie et s’éloignant de sa propension aux loners, continuera de nous combler de la sorte avant l’apocalypse annoncée.