Au départ de The Shield, nous avons la rencontre entre un sale gosse (Shawn Ryan) et une petite chaîne câblée (FX) qui rêve de prendre la place de HBO (Soprano, Six Feet Under, Carnivale, Deadwood) dans le cœur du public. D’un côté Shawn Ryan, scénariste sur Angel, nourri à NYPD Blue, Homicide, et les polars de James Ellroy, et de l’autre FX qui cherche désespérément le projet ambitieux qui la propulsera au sommet. FX jette donc logiquement son dévolu sur Shawn Ryan, qui, après quelques années certainement traumatisantes dans l’univers de Whedon, décide de créer et écrire le pilote d’une série policière classique dans son univers, mais radicale, subversive et désespérée dans son traitement sans concession. Sur ce point il est important de souligner le courage de cette petite chaîne (à l’époque), qui malgré le boycott de plusieurs gros annonceurs puritains ne voulant être associés à la série, décida de maintenir sa production et sa diffusion, acte courageux dans le paysage audiovisuel incroyablement formaté par la publicité des années 2000. A ce titre le premier épisode est un modèle du genre et présente en 45 minutes l’immense potentiel de son background et de ses personnages. Nous suivons le quotidien d’un ripou, Vic Mc Kay et de sa Strike Team dans les rues de Farmington, quartier brûlant de Los Angeles.
Dès les premières images, le choc visuel est immédiat grâce à l’utilisation presque exclusive de la caméra à l’épaule, de cadrage façon docudrama, en saturant les couleurs et en usant habilement d’un montage frénétique. Réalisé par Clark Johnson (SWAT, sic !), il réussit un travail remarquable et offre à The Shield une identité visuelle en parfaite adéquation avec l’univers crée par Ryan. Usant habilement de la dualité du scénario, il utilise la cité des anges comme acteur à part entière, cité désincarnée et tiraillée entre Hollywood et les ghettos ; il arrive à retrouver le lyrisme de cette ville mythique, notamment dans les scènes nocturnes, un peu comme Michael Mann (même si évidemment il ne travaille pas dans la même cour). Ainsi il contraste la brutalité des bas fonds de L.A pour poser les rapports humains dans le commissariat, ancienne église dans la série et la réalité, tout un symbole.
Enfin, dernier coup de génie et incontestable pilier de toute la série, la profondeur et l’interprétation de tous les personnages principaux et secondaires, avec en tête d’affiche l’acteur Micheal Chiklis qui donne vie à l’inspecteur Vic Mc Kay, offrant sa carrure et surtout son charisme saisissant, nous permettant le plaisir coupable d’aimer à nouveau un enfoiré amoral. Usant d’une psychologie fouillée, fuyant constamment le manichéisme, il nous offre une galerie de personnages contrastés, éclectiques et surtout terriblement réalistes, laissant au téléspectateur le choix de les juger, de les aimer ou pas, mais n’oubliant jamais que ce sont des hommes pétris de doutes comme tout à chacun. On retrouve ici les séries qui l’ont influencé. Nous sommes donc à mille lieux de séries calibrées, certes avec un certain talent, que sont Les Experts (Csi), FBI porté disparu (Without Trace) et consorts, avec leurs personnages monolithiques et leur univers lisse. The Shield voit le jour en 2002 et remporte immédiatement un franc succès commercial et surtout critique. Shawn Ryan recevra un golden globe pour la meilleure série dramatique et Michael Chiklis en recevra un pour le meilleur acteur dans une série dramatique ainsi qu’un emmy awards, et nous n’en sommes qu’à la première saison.
Max Girardeau
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