box office

1

GRAN TORINO
entrées : 865 928 (1 semaine)




2

LOL (LAUGHING OUT LOUD)
entrées : 2 666 609 (4 semaines)




3

VOLT, STAR MALGRE LUI
entrées : 2 463 800 (4 semaines)




4

LE CODE A CHANGE
entrées : 1 139 824 (2 semaines)




5

CYPRIEN
entrées : 360 301 (1 semaine)




6

SLUMDOG MILLIONAIRE
entrées : 1 473 300 (7 semaines)




7

BANLIEUE 13 ULTIMATUM
entrées : 823 677 (2 semaines)




8

L'ETRANGE HISTOIRE DE BE
entrées : 2 247 105 (4 semaines)




9

UNDERWORLD 3 : LE SOULEV
entrées : 218 290 (1 semaine)




10

BELLAMY
entrées : 178 864 (1 semaine)

cate blanchett (15 Mai 1969 - )

Il est des acteurs aux prestations si parfaites que l’on se souvient d’eux dans leurs rôles.

Ainsi, on se souvient de la magnifique reine d’Elizabeth, de la medium d’Intuitions ou de la fascinante et mystérieuse magicienne elfe Galadriel. On se souvient aussi de Katharine Hepburn dans Aviator. Le point commun de tous ces personnages, c’est Cate Blanchett, l’actrice australienne venue du théâtre. Pendant la promotion d’Aviator, Martin Scorsese a déclaré qu’il avait repéré l’actrice dans Elizabeth puis dans Intuitions, constatant avec surprise qu’il s’agissait d’une seule et même personne.



Ce qui frappe chez Blanchett c’est son implication totale. Stanislavski, l’inventeur de la méthode qui sert de base à l’enseignement de l’Actors studio, conseillait de se fondre dans l’histoire du personnage, dans son passé, dans ce qui n’est pas dans le script pour réellement le créer, le faire exister. Et Cate Blanchett le fait dans tous ces rôles, même dans des films moyens (on la voit quasiment voler la vedette à Christiana Ricci en danseuse écervelée dans The Man who cried, et elle est quasiment le seul intérêt de Bandits et une figure marquante du Talentueux Monsieur Ripley). Elle apporte cette profondeur.

Et même lorsqu’il s’agit d’incarner un personnage public, comme Hepburn ou Veronica Guérin, elle parvient à le faire. Bien sûr elle prend ses inflexions de voix. Pourtant son interprétation est bien davantage qu’une imitation. Elle exprime dans le film l’essence de son personnage.
Elle a une compréhension profonde de chacun de ses rôles.



Ainsi, dans Elizabeth, elle incarne la transition de la femme de chair à la reine froide et forcément vierge, qui a appris à se protéger. Elle marque le rôle avant tout par la dimension humaine et fragile qu’elle apporte. Il serait facile d’être engoncé dans pareil rôle, et par l’écrasante figure historique de cette reine, ainsi que toutes les rumeurs qui l’accompagnent. Malgré un film de facture très académique, sérieusement plombé par des apparitions improbables comme celle de Vincent Cassel qui en fait des tonnes (sa scène de travestissement rappelle fort La Cage aux folles), on reste fasciné par le charisme de Blanchett, qui à chaque regard, à chaque inflexion de voix, à chaque sourire, est plus vraie que nature. Une femme devient reine et apprend à se protéger contre les menaces dont elle a été victime dans son jeune âge, jusqu’à devenir sa fonction et à renoncer à son statut de femme. Cate Blanchett incarne cela avec une grande subtilité, nous faisant comprendre ce personnage d’une manière intime. Le film tient en grande partie sur elle, et ce visage qui se ferme petit à petit jusqu’à devenir impénétrable sous un masque de fard blanc.

La surprise de Scorsese est donc partagée puisqu’on a le sentiment d’avoir vu la reine Elizabeth plutôt que l’actrice qui l’incarnait. Les plus grands artistes, les virtuoses, sont ceux qui s’effacent, dont on ne voit pas le travail, qui le font paraître naturel et facile. Cate Blanchett est de ces exceptions.



Ainsi dans le très bon Intuitions de Sam Raimi, Annie Wilson, son personnage de medium, est gouverné par une faculté d’écoute intense. C’est la qualité principale d’un acteur. On pourrait s’attendre, dans ce genre de registre, à une pose mystérieuse. Cate Blanchett l’incarne comme quelqu’un qui est gouverné par une empathie extrême, elle s’identifie aux problèmes des autres, en perpétuelle ouverture. Sa performance est intense car plutôt que « de voir des gens qui sont morts », elle vibre d’une compassion inquiète et perpétuelle. Elle exprime une fragilité et un doute perpétuel, finement suggérées. Elle n’assène pas ses visions de manière catégorique. Au contraire de la décision glacée qu’elle exprimait dans Elizabeth.

Dans la trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, l’actrice a la lourde tâche d’incarner Galadriel, dont la rencontre a marqué tous les lecteurs du roman de Tolkien. A ce titre, la version longue parue en DVD est moins frustrante car ce moment y est prolongé. Cate Blanchett y est encore une fois exemplaire. Jackson a souligné son regard énigmatique par un éclairage particulier qui le rend plus hypnotique encore. Car tout passe dans ce regard, ce qu’elle voit, ce qu’elle pense, ce qu’elle lit dans l’esprit de ceux qui l’approchent. Il est hypnotique et puissant, ce regard. La gestuelle de Cate Blanchett est tout à la fois aérienne et majestueuse, son visage est extrêmement figé et chacune de ces expressions n’en est que plus mystérieuse. Galadriel allie le côté effrayant des ensorceleuses dont on ne sait s’il faut se méfier et le côté attirant des magiciennes. L’ambigüité est soulignée encore quand elle est « tentée » de prendre l’anneau que Frodon lui offre. C’est un personnage qui n’est pas de ce monde, qui impose son rythme et sa présence à tous ceux qui l’approchent. Seule une actrice aussi raffinée et charismatique que Cate Blanchett pouvait être à la hauteur de ce rôle. Elle travaille une fois encore beaucoup sur la voix, sur l’accent (comme c’est le cas dans Intuitions et Aviator), mais, comme à chaque rôle, elle n’a pas besoin de se grimer pour devenir le personnage, car ce qu’elle exprime avant tout, c’est son intériorité fascinante. Après avoir vu le film, il est difficile d’imaginer la dame Galadriel sous d’autres traits que les siens.



Elle est également admirable dans Heaven, adapté d’un scénario de Kieslowski. Cette femme traquée qui entraine dans sa cavale le traducteur chargé d’aider à son interrogatoire, est profondément émouvante. Parce qu’on la suit à chaque seconde. Elle a cette faculté d’impliquer le spectateur dans la compréhension intime de son personnage. On s’identifie à ce qu’elle traverse presque instantanément. De plus, on sent une vraie complicité entre elle et son partenaire, le très bon Giovani Ribisi (également son partenaire dans Intuitions) dont le personnage risque sa vie pour la sauver. Elle est ici une femme fugitive qui a voulu se venger de l’assassinat de son mari en posant une bombe qui tua accidentellement trois personnes. A la fois coupable et victime, Blanchett excelle une fois encore dans ce registre nuancé et est toujours juste. Encore une fois on s’attache à ce personnage, on s’en souvient. Et son jeu, exemplaire de sobriété, fait l’intérêt de ce film qu’elle sublime l’histoire et que l’on comprend parfaitement les raisons qui entrainent le jeune homme à tout risquer pour elle. Encore une fois, elle est le personnage, lui apporte une complexité. Voilà véritablement une actrice qui se consacre à chaque rôle d’une manière totale, intègre. Elle en a l’intelligence profonde. Elle n’a pas ces trucs d’acteur que beaucoup font et qui deviennent leur marque. Elle se réinvente à chaque rôle. Un risque que peu ont le courage de prendre.

On en vient à se demander ce qu’elle ne saurait pas faire. Même dans le registre casse gueule de la comédie (l’étrange Vie aquatique de Wes Anderson), elle parvient à tirer son épingle du jeu. Ainsi son entrée dans un film comme Bandits, sympathique certes mais pas transcendant, est mémorable. En fan de Bonnie Tyler déchainée et déprimée, très extravertie, un peu folle, mais vulnérable et touchante aussi, elle réussit à endosser un rôle de pure comédie, à se lâcher totalement et parvient à émouvoir sur le passé de son personnage. Encore une fois, tout ce qu’elle fait pour l’incarner, c’est se teindre les cheveux en roux. Le reste c’est dans sa manière très expressive (mais pas grimaçante) d’utiliser son visage (la scène où elle décrit son premier baiser où elle s’est décroché la mâchoire à l’excellent Billy Bob Thornton). Elle apporte encore une fois une profondeur à ce personnage qui aurait pu n’avoir qu’une dimension clownesque ou servir de faire-valoir.



Dans l’exercice de style de Jim Jarmusch, Coffee and Cigarettes, elle joue son propre rôle et celui de sa cousine qui rend visite à la grande actrice qu’elle est devenue. Dans ce face à face, le malaise s’installe entre la cousine qui connaît une existence plutôt rude et la vie facile (mais embarrassante ici) d’une star. Cate Blanchett est donc face à elle-même. Pourtant la cousine brune est très différente de l’actrice telle qu’on la connaît dans son attitude (à noter que la seule métamorphose de l’actrice au fil des rôles est d’ordre capillaire). Elles se ressemblent certes. Mais l’actrice est en plein junket (ces exercices de promo effrayants où les artistes font des interviews à la chaîne) et arrive cette femme qu’elle ne désirait pas forcément voir.

On sent le fossé entre elles, l’espèce d’hostilité latente qui existe entre quelqu’un qui a réussi, et quelqu’un qui est resté dans l’obscurité des simples mortels. On sent l’actrice très mal à l’aise face à cet état de fait. Ce qui est d’ailleurs le cas en réalité pour l’actrice qui ne souhaite être sous les projecteurs que pour les besoins de ses rôles (suivant dit-elle un conseil de sa grand mère). Et cette cousine manifestement envieuse est assez méprisée dans sa famille (sans que ça soit dit mais on le ressent). Elle est beaucoup moins exemplaire que Catie et lui renvoie un reflet intéressant, un contrepoint salutaire. Ce personnage est loin d’être une caricature. Blanchett a juste appuyé son accent et son look négligé et rock n’roll en face de l’actrice élégante et sobre. La brune est dominée par la frustration et l’envie, pas forcément hargneuse d’ailleurs, mais animée d’un sentiment d’amour-haine pour l’actrice dont elle veut être respectée. Il ya toujours une part d’envie dans l’admiration que l’on porte. Et cela rend l’actrice Catie très mal à l’aise.



Et tout passe dans les silences gênés. Et dans cette double performance exemplaire (et passablement schizophrénique), on voit l’ampleur du répertoire de la grande actrice qu’elle est. Le film étant basé pour une large part sur la liberté, sa performance en est un moment fort, à la fois sobre et audacieuse, techniquement très difficile à interpréter (jouer face à soi-même). Elle exprime et suggère énormément de choses avec très peu de moyens. C’est également la grande qualité commune au jeu de la comédienne et au cinéma de Jarmusch. Ce sketch est une belle rencontre et en dit long sur son interprète.

Quand on voit la vraie Cate Blanchett, on est frappé par sa vivacité d’esprit, son humour, sa finesse. Je me souviens de la conférence qui suivit directement la remise de son oscar pour Aviator et j’ai découvert une actrice qui sortait de l’ordinaire, qui ne se pliait pas forcément à l’exercice formaté de ce genre de chose. En interview, c’est la même chose, elle a une personnalité assez forte pour se démarquer. Et une vraie grâce singulière qui la rapprocherait assez de quelqu’un comme Katharine Hepburn.



Sa performance en l’incarnant est d’ailleurs exemplaire. Car c’est encore une intériorité qu’elle capte. Dans ce qu’elle semble, c’est quelqu’un d’extraverti et d’excentrique, d’énergique, indépendante et débordante de vie. Hepburn était quelqu’un d’exceptionnel avec des pauses et une manière de parler qui lui étaient propres. Cate Blanchett n’a pas cherché à lui ressembler physiquement, à porter des prothèse sur le visage à la manière de Jamie Foxx pour Ray. Mais, dans son port altier, dans sa gestuelle nerveuse, dans sa manière de parler avec le débit presque brutal de l’actrice et sa voix unique, tout évoque cette vraie légende hollywoodienne. Sa prestation est presque supérieure à celle de Leonardo di Caprio, puisqu’on oublie Cate Blanchett et on voit vraiment Katharine Hepburn, ce qu’elle représentait. Elle suggère surtout la fragilité des grandes stars qui sont en représentation perpétuelle, qui forcent leur nature car elles sont perpétuellement sous les projecteurs et sous la menace des tabloïds. A plusieurs moments dans le film, c’est par elle que l’on ressent cette vulnérabilité (quand elle avertit Hughes des risques liés à la célébrité médiatique qui ne respecte rien et quand elle vient le remercier pour avoir racheté et tenues secrètes les photos volées d’elle et Spencer Tracy).

Cette indépendance d’Hepburn et son statut exceptionnel dans l’histoire d’Hollywood, personne ne pouvait mieux leur rendre hommage que Blanchett. On sent dans Aviator et dans Coffee and cigarettes qu’elle partage ce besoin de liberté et cette méfiance vis à vis de la gloire. Elle est une actrice de grand talent qui aborde en virtuose chacun de ces rôles avec une dévotion totale, comme un luthier qui fabriquerait un violon dans le secret de son atelier. En procédant ainsi, elle se maintient à l’écart du showbiz pour se consacrer simplement à son art -on pourrait presque dire son artisanat-, explorant le large spectre de tout ce qu’elle est capable d’interpréter.



Elle n’a pas bâti sa carrière sur son physique avantageux ou sur des frasques qui lui assureraient une médiatisation intense, mais simplement en livrant des prestations assez inoubliables dans des compositions à la fois discrètes et impressionnantes.
Elle n’est pas une actrice de couverture de magazine dont chacun a le nom sur les lèvres. En fait on l’oublie assez facilement, ce nom, pour ne se souvenir que de ses rôles. Ce qui est finalement le compliment ultime pour un comédien.


Film par Acteurs