
suspiria
Martyrs est dédié à Dario Argento...
Oui. Je sais que ça va faire ricaner quelques fans qui se gaussent de ça. Pour moi, cet homme est très important et reste l'un des héros de mon adolescence. Son cinéma me donne envie de me lever le matin et de faire ce métier. Je me sens tous les jours content de vivre dans un monde où Argento a fait des films. J'ai ses films chez moi et j'y reviens régulièrement. J'ai encore montré des films d'Argento à mon équipe sur Martyrs. Notamment Ténèbres pour faire comprendre à mon chef-opérateur, à mon directeur artistique, à mon décorateur l'ambiance urbaine blanche que je voulais. J'ai tellement été inspiré par son travail, d'une manière directe comme indirecte, que je trouvais ça bien au minimum que je lui dédie ce film. Et ce n'est pas parce que je n'aime pas du tout ce qu'il a tourné après Le syndrome de Stendhal que je ne garde pas pour lui un attachement pour ce qu'il a représenté. Dans ses films qui sont considérés comme les plus faibles, je garde une vraie affection pour Opéra que j'aime assez aujourd'hui alors que lorsque je l'ai vu en salles, j'étais dubitatif. Disons qu'il s'est bonifié même si, objectivement, ça reste un film médiocre. Il y a plein de choses extraordinaires à l'intérieur. Il se trouve juste que le film ne tient pas sur la longueur.
phenomena
Qu'est-ce qui vous fascine dans son cinéma ?
Dario Argento n'a jamais réalisé de « film parfait » à proprement dit. Il a fait de vrais chefs-d'oeuvre : L'oiseau au plumage de cristal et surtout Profondo Rosso. C'est un film hallucinant, insurpassé dans sa filmographie. D'ailleurs, je pense que le problème de ce cinéaste, c'est qu'il a fait son meilleur film trop tôt. Ensuite, il est tombé dans un certain nombre de pièges. Il était devenu pour nous une sorte de rock-star et reste à jamais une figure héroïque de mon adolescence. Mais il oeuvrait à une époque où il n'y avait qu'une imagerie années 80 qui me déprimait totalement. Le cinéma de mes parents ne m'intéressait pas et continue de ne pas m'intéresser. Là, tu as Argento qui arrive et réinvente tout en semblant nous dire à travers ses films que l'on a raison d'aimer ça. Il nous a littéralement fait bander. On allait voir ses films avec de tels espoirs qu'on se reconnaissait. Je me faisais une fête à la simple idée de pouvoir les voir. A l'époque, j'habitais dans le sud de la France et je prenais le train en cachette pour traverser la frontière transalpine sans en avoir l'âge et voir ses films avant qu'ils ne sortent chez nous. J'avais vu Phénoména avant la sortie française et j'ai vu Opéra qui n'est jamais sorti dans les salles françaises, dans sa version d'origine italienne.
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