
LA PAROLE AUX PROFESSIONNELS : RICHARD GRANDPIERRE
Tout sur MARTYRS - La Critique - Photos - Le 2008-06-20 05:59:38MARTYRS de pascal laugier
Quel est votre parcours professionnel et personnel ? Qu'est-ce qui vous a amené vers le cinéma et la création de cette société, Eskwad ?
Pour moi, comme pour beaucoup de gens de ma génération, le cinéma est arrivé dans ma vie par hasard. Durant mes études, j'ai eu un job de barman à Saint-Tropez. Dans l'hôtel où je travaillais, il y avait un tournage de film, et toute l'équipe y était logée. Je n'y connaissais rien, alors, j'avais 19 ans. A l'époque, je donnais des cours de tennis, et j'ai rencontré sur le cours les producteurs du film, notamment Alain Terzian, ainsi que l'acteur principal, Bernard Giraudeau. Le film, c'était L'année des méduses. Petit à petit je me suis intéressé à leur boulot, j'ai passé plus de temps sur le tournage que derrière mon bar, et j'ai fini par me faire virer de l'hôtel. J'ai été saluer Bernard Giraudeau, lui dire que je remontais sur Paris. Et là, il m'a tendu les clefs de sa bagnole, en me disant : « Ecoute, je suis là pendant encore un mois et demi, pendant tout ce temps, tu me serviras de chauffeur ». A partir de ce moment, j'ai travaillé avec Giraudeau pendant cinq ans : j'ai été son secrétaire, son chauffeur... Du coup, j'ai travaillé à différents postes sur les films qu'il tournait. Mon premier vrai job a été assistant de régie sur le tournage des Spécialistes, une grosse production. Ce qui m'étonnait c'est que chaque week-end, j'allais chercher un type à Nice, qui ne disait pas un mot, qui fumait son cigare... Il devait être important, parce qu'il avait son nom sur un fauteuil. Et je ne comprenais pas ce que faisait ce type ! On identifiait le boulot des autres, par ce qu'ils faisaient sur le plateau... Ce producteur s'appelait Christian Fechner. Je ne le connais pas vraiment, mais je respecte beaucoup son parcours, ce qu'il a produit, et cet unique film qu'il a réalisé, Le bâtard de Dieu. Il a imposé ce style de comédies populaires, avec des stars, presque toutes des grands succès. C'est un type très discret, très mystérieux.
En tout cas, je ne remercierai jamais assez Bernard Giraudeau. On se voit moins, mais il n'y a pas une semaine où je ne pense pas à lui, pour plein de raisons différentes.
J'ai travaillé par la suite dans un autre milieu, la presse. Je me suis occupé de pas mal de films en tant qu'attaché de presse, et ça m'a donné une autre vision de la façon dont on s'occupe d'un film. Je me suis lié d'amitié avec Christian Clavier, on a travaillé sur plusieurs choses ensemble. On parlait beaucoup de cinéma, et moi j'avais envie d'être initiateur de projets. A l'époque, Marie-Anne Chazel avait écrit un scénario, La vengeance d'une blonde, et j'avais envie de me lancer là-dedans. J'ai amené le projet chez une productrice, Marie Meunier, et je suis devenu producteur associé, à 28 ans. Ensuite, Pierre Lescure et Alain de Greef m'ont contacté parce qu'ils créaient une nouvelle structure, Canal+ Ecriture. On a travaillé ensemble dans ce grand groupe, et ça a été des années fantastiques, de liberté, de création, et c'est là que j'ai rencontré les Gaspar Noé, Albert Dupontel, Jan Kounen,Vincent Cassel, Mathieu Kassovitz...
MARTYRS de pascal laugier
Tous ces talents avaient envie de se regrouper autour d'un même projet, d'une structure commune...
Oui, mais on n'était pas vraiment comme ça avec Nicolas Boukhrief, on voulait juste leur donner un peu de confort matériel, pour qu'ils puissent se concentrer sur le développement de scénario, avec, modestement, nos conseils. Au bout de trois-quatre ans, je me suis dit, pourquoi ne pas produire nous-mêmes les projets qu'on développe, et c'est comme ça qu'est né Eskwad, en tant que filiale de Canal+. C'est à ce moment-là que Nicolas a quitté le groupe pour préparer ses films. Je développais alors des scénarios et certains films se sont faits à l'intérieur du studio, avant que les événements fassent qu'on devienne indépendants.
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