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zack snyder (1 Mars 1966 - )
2004. Zack Snyder, l'homme sorti de nulle part, est devenu le nouveau héraut du film d'horreur sévèrement burné. Sa gageure : avoir mis pratiquement tout le monde d'accord avec Dawn of the Dead (chez nous L'Armée des morts), sa relecture moderne et sans concession du chef-d'œuvre de Romero; porté par une violence et une énergie comme l'on en voyait alors trop rarement. C'est maintenant la bave aux lèvres que les aficionados du genre attendent 300, adaptation comme chacun le sait maintenant du comic définitif de Frank Miller. Un revirement aussi spectaculaire que précoce, qui tient beaucoup plus aux qualités intrinsèques du premier long de Snyder qu'à ce que les prémices de sa carrière pouvaient laisser présager.

L'ARMEE DES MORTS
Que le réalisateur n'ait pas encore une filmo suffisamment prolifique pour que quelqu'un se soit penché sur la question ou qu'il filtre jalousement tout renseignement le concernant; le résultat est le même: il est difficile de récolter des éléments de biographie se rapportant à Zack Snyder. Tout juste apprend-on que l'homme est un natif de Green Bay, dans le Wisconsin, où il voit le jour un 1er mars 1966. Puis c'est le trou noir, jusqu'à ses débuts dans la publicité (si l'on excepte un passage dans une école d'art de Pasadena). Il signera plusieurs spots - certains primés - pour Budweiser, Jeep, UPS… Un rapide coup d'œil à ceux-ci est assez éloquent: Snyder privilégie les images léchées, montées à un rythme rapide, illustrées par une photo crue et réaliste, mais tout à la fois clinquante et lustrée. Un style qui fait merveilles sur les belles carrosseries, ce qui vaudra à Snyder des commandes de la part de General Motors, BMW, Lexus, Mitsubishi…

Ses quelques clips -notamment pour Morrissey et Heater Nova- nous confortent dans cette impression: un montage très cut accompagne des images oscillant entre le délavé et le noir et blanc vaporeux. Pour autant, sur le plan des idées, rien ne laisse présager d'un génie particulier ou d'une prédisposition à la science Ô combien innée du contage d'histoire. En clair: les clips s'oublient aussi vite qu'ils se sont vus. De là à en déduire que Snyder fait partie de ces réalisateurs ayant besoin d'un très bon script pour donner la pleine mesure de leurs capacités…
Parallèlement aux clips et aux pubs, Zack Snyder réalise des moyens métrages semi-biographiques sur quelques stars du sport, comme Martina Navratilova et Michael Jordan (dans le film Playground, sorti en 1990). Mais il faudra réellement attendre plus de dix ans pour que l'actualité - et les circonstances - le propulsent sur le devant de la scène.
Pour L'Armée des morts? Non, pas tout de suite. Avant cela, notre homme se voit proposer la réalisation de S.W.A.T. (finalement mis en scène par Clark Johnson), film d'action sur les forces spéciales de police utilisées dans les cas d'urgence tels que les prises d'otages, équivalent U.S. de notre G.I.G.N. Un sujet rêvé pour Snyder, qui compte quelques amis au sein d'un véritable groupe du S.W.A.T. et a toujours été fasciné par ce domaine. D'ailleurs, autant le dire franchement, Snyder n'est pas le plus à gauche des metteurs en scène d'Hollywood. On le sait sensible aux idées défendues par la N.R.A., et il compte parmi ses amis un certain John Milius, autre réalisateur peu adepte de la dentelle et de la demi-mesure, également auteur de Conan le barbare à qui 300 doit beaucoup, tant visuellement que thématiquement. Et c'est en fait cette volonté de jusqu'au-boutisme qui va éloigner Snyder du projet S.W.A.T. : là où le studio désirait un film classé PG-13 afin de ratisser le plus large possible, le jeune newbie exige de pouvoir sortir un montage classé "R" afin de mettre sur pellicule la réalité du quotidien des membres de l'unité d'élite. Devant le refus du studio, il en claquera la porte. (Un acte plutôt courageux si l'on garde en mémoire le fait que Snyder n'a alors pas encore signé un seul long métrage.)

Mais bien lui en prit - et nous en prit -: devenu soudainement libre, plus rien ne peut l'empêcher de s'atteler au projet "Dawn of the dead". La suite, on la connaît.
Le goût du metteur en scène pour la violence décomplexée, proche du nihilisme parfois; associée à un sens de l'action et du dynamisme proprement bluffant, éclaboussent littéralement l'écran. De fait, on avait rarement vu ça. Headshots à ne plus savoir qu'en faire, séquence traumatisante où un bus transformé en forteresse est pris d'assaut par une nuée de zombies affamés, séquence d'ouverture estomaquante car viscérale et méchamment crédible… Snyder n'hésite d'ailleurs pas à tuer un gentil père de famille et un bébé pour appuyer sa vision décomplexée et très premier-degré de l'Apocalypse. Et quand le remake se permet des écarts par rapport à l'original, c'est toujours de façon opportune et assumée: exit le message anti-consumériste de Zombie, un peu obsolète de nos jours, et bonjour à l'exacerbation de la peur de son voisin, qui serait toujours susceptible d'abriter un monstre… De même, là où les bouts de barbaque du premier film se traînaient souffreteusement, ceux du film de Zack Snyder cavalent comme si leur vie (leur mort, devrait-on dire) en dépendait. On peut le voir comme un sacrilège… ou comme une façon de s'approprier un mythe de façon radicale, en assurant de la sorte un beau quota de scènes d'action frénétiques.

Rien d'étonnant, dès lors, à ce que ce 300 soit un peu attendu comme le messie du film Comic-Book.
Il y avait bien sûr le matériel de Frank Miller, chef d'œuvre érigeant les notions d'Honneur et de Sacrifice au rang de principes narratifs et de fondations de l'œuvre.
Il faudra désormais compter avec le réalisateur ayant choisi de s'atteler à l'adaptation. Une valeur ajoutée, n'en doutons pas. En un film, et un seul, Zack Snyder a su parvenir à s'attirer la sympathie des fans et à affirmer de façon on ne peut plus volontaire sa profession de foi filmique auprès des exécutifs des studios. Une profession de foi que l'on pourrait faire tenir en trois mots: Pas de concessions. Il n'en fallait pas moins pour adapter l'histoire hyper-violente du comic de Frank Miller. Et sur la foi des bandes annonces disponibles, ainsi que d'après le récit des privilégiés ayant assisté à la projection d'une trentaine de minutes du film à Paris au mois d'octobre, force est de constater que le contrat semble rempli au-delà de toutes les espérances.
Loin de créer une distance et un aspect factice malvenu, l'orientation "tout numérique" du projet (à l'instar de Star Wars : Episode III et du Captain Sky et le monde de demain, 90% du film a été tourné sur fond bleu et les décors et créatures ont été ajoutés numériquement) a permis à Snyder de contrôler chaque détail, chaque couleur, chaque millimètre de son film. Le résultat s'achemine - tout du moins on l'espère - vers une ode à la bravoure et à l'honneur, où les visions dantesques promises par la bande annonce devraient répondre à la violence des guerriers spartiates dans un déchaînement de fin du monde. Le tout; sublimé par des cadres et des postures savamment orchestrés par Zack Snyder pour élever ses personnages au rang d'icônes.

Soyons plus clair: le bougre a beau n'avoir un palmarès que très réduit, la qualité de ce dernier est inversement proportionnelle à sa quantité. Et dans la mesure où Snyder a pris d'excellentes résolutions quant au déroulement de sa carrière, il n'est pas exagéré de le catapulter comme un des réalisateurs rentre-dans-le-lard les plus prometteurs de son époque.
Si 300 confirme le talent déjà révélé dans le premier film de Snyder, ne restera plus alors au fan transi qu'à ronger son frein jusqu'en 2008, date de sortie avancée pour Watchmen, le prochain film du réalisateur, adaptation d'un comic culte de super héros (oui, encore un comic) signé Alan Moore et Dave Gibbons. Le projet sort d'une période de Development Hell de presque vingt ans; ce qui en général n'augure pas du meilleur. Un des problèmes invoqués : une fin très sombre et très violente.

Autant dire que si Zack Snyder a les coudées franches sur le projet, nous aurons la conscience tranquille.








