
Le festival de Gérardmer fin Janvier et la sortie prochaine du Sheitan, de Kim Chapiron, avec Vincent Cassel, donnent envie de s'interroger sur la santé d'un cinéma fantastique de plus en plus dragué dans l'Hexagone mais dont les tentatives louables n'ont pas toujours été éloquentes.

Fruit de la société 120 Films, en collaboration avec La Chauve-Souris, Le Sheitan démontre avec ses moyens qu'il est possible de s'amuser dans le paysage franco-français. Est-ce que cela a toujours été le cas ? Non. Le genre fantastique, terme générique pour inclure également le gore et l'horreur, n'a jamais réellement su trouver sa place dans le contexte hexagonal en dépit de quelques réussites notables. Dans Le Sheitan, l'intrigue transpire la simplicité : trois mecs draguent deux nanas en boîte. En sortant, ils tombent sur un berger satanique interprété par Cassel en personne (Bellucci joue également dans le film). A partir de là, effluves sanguinolentes et humour cent-pour-sang noir. Quoi qu'on puisse penser du résultat final, l'ambition force la sympathie parce qu'elle témoigne d'une volonté de déniaiser le cinéma français de toute sa crasse auteurisante. Ce n'est qu'un début, continuons le combat. Le formidable Calvaire, de Fabrice du Welz, lui, démontrait que c'était en Belgique qu'il fallait aller dénicher les nouveaux talents pour mettre en scène des opus riches en calories horrifiques. Son film, diabolique, emprunte un parcours a priori convenu mais surprend par son envie de transgresser, de rendre le fil narratif inconfortable, de ne pas se plier finalement à la bienséance. Le spectateur est retourné mais ce qu'il a du mal à comprendre, c'est qu'il se cache un véritable cri de haine contre un cinéaste dépourvu de liberté de création (il a mis cinq ans pour faire son film). En Belgique aujourd'hui, on attend des jeunes réalisateurs qu'ils fassent du Dardenne et rien d'autre que du constat social aux tendances si possible misérabilistes. Ce que, soyons clairs, les Dardenne ne cautionnent pas (Rosetta est par exemple un magnifique film qui tend à l'épure, proche de Bresson). Dans l'Hexagone, ça commence à bouger, d'autant qu'Innocence, de Lucile Hadzihalilovic, l'un des plus beaux films de l'an passé, était un film fantastique français qui faisait ouvertement référence à quelques fleurons du genre à l'instar de Pique-nique à Hanging Rock et Suspiria. Les dernières tentatives - sauf Maléfique, de Eric Valette et le fort mésestimé Saint-Ange qui, en dépit des ombres tutélaires du Cercle Infernal et d'Argento, a su maintenir son histoire de maison hantée jusqu'au bout - se sont nonobstant révélées superfétatoires. Pour être encore plus franc, les films fantastiques français qui ont marqué les esprits se comptent sur les doigts de la main. Pour comprendre les raisons d'un conflit, il importe toujours de revenir à la source.
Petit bilan
Le "vrai" genre fantastique - celui qui tache et qui fait mal - a fait sa modeste apparition en France dans le début des années 60, quasiment en même temps que le gore aux Etats-Unis. En réalité, c'est une preuve que nous sommes en parfait décalage. Par exemple, il faudra attendre 1990 pour voir en France le premier film gore français, incarné sous les traits de Baby Blood d'Alain Robak. Ce n'est pas une raison pour oublier le fait que quelques cinéastes de la grande époque ont également oeuvré dans le registre tant déserté aujourd'hui. Citons au passage des valeurs comme Marcel Carné (Les visiteurs du soir ou encore Juliette ou la clef des songes), Claude Autant-Lara (Sylvie et le fantôme), René Clair (La Beauté du diable), Jean Cocteau (Le Sang d'un poète), Jean Delannoy (L'Eternel retour), Jean Renoir (Le Testament du Dr Cordelier), sans nier l'importance d'un Jacques Tourneur qui tournera quelques chefs-d'oeuvre aux Etats-Unis à l'instar de l'inestimable Féline (Cat People). Le meilleur objet filmique du genre fantastique en France ? Les Yeux sans visage, de George Franju (ne pas oublier sa belle tentative avec Judex en 1964) dans lequel un chirurgien tente de remodeler le visage de sa fille, rendue méconnaissable à la suite d'un accident de voiture. Pour cela, il effectue des greffes de peau qu'il aura prélevées sur des jeunes filles. Dans une ambiance d'inquiétante étrangeté, ce film rappelle que sous chaque bon film fantastique, se trame une superbe histoire d'amour.














































