RICKY de françois ozon
La maternité, ça vous obsède ?
Le thème de la maternité m'intéresse depuis Regarde La mer, un moyen-métrage que j'avais réalisé avant Sitcom. Avec Ricky, ce qui m'intéressait, c'est que cela permettait d'aborder le thème de la différence. Je voulais que l'on pense à un bébé différent donc un bébé monstrueux vu avec les yeux d'une mère aimante et qui pouvait être accepté. Ça m'intéressait de parler d'une femme qui ne ressemble pas à une mère idéalisée. On pense toujours qu'une mère est pleine d'amour mais on oublie aussi qu'elle peut être pleine de violence potentielle. Je pense par exemple à l'histoire de Véronique Courjault avec ses bébés congelés. Alexandra Lamy ne joue pas une Véronique Courjault mais néanmoins on note des tentations avec l'idée d'abandon, de s'en débarasser... Cela m'intéressait de montrer la complexité de l'instinct maternel pour que ça ne soit pas juste quelque chose d'angélique. Dans Regarde La mer, ce qui était très violent, c'est qu'elle abandonnait son enfant consciemment. D'ailleurs, je pense que je ne l'aurais pas tourné comme ça aujourd'hui. Dans Ricky, lorsqu'elle oublie sa gamine, c'est parce qu'elle a eu un accident. Dans un scénario, il y avait une scène où on la retrouvait à l'infirmerie. Mais je trouvais ça plus violent de montrer un enfant qui attend.
RICKY de françois ozon
Comment avez-vous travaillé les effets spéciaux ?
J'ai été très soutenu au niveau des effets spéciaux en accord avec Pierre Buffin, un intello spécialisé dans ce domaine, plus habitué à travailler sur les films de Luc Besson et les Harry Potter. Il était content d'être sur un film où les effets spéciaux servaient l'histoire. Je lui ai expliqué le cadre réaliste dans lequel se déroulait le récit. Je voulais dès le départ que les effets spéciaux ne se voient pas, ou du moins qu'ils ne soient pas tape à l'oeil.
L'approche du fantastique évoque beaucoup M. Night Shyamalan.
J'aime beaucoup ce cinéaste. Pour moi, c'est l'un des plus importants que le cinéma américain ait engendré. Il a une vraie croyance dans le cinéma, dans le plan, dans le cadre, dans la durée, dans la mise en scène. Et il n'est pas dans l'effet pour l'effet. Il y a une vraie conscience du montage et du rythme. J'ai pensé au Sixième Sens pas en terme de mise en scène mais par rapport à la petite fille. Au moment du casting, je voulais une petite fille du niveau de Haley Joel Osment, avec un enfant qui ait une force intérieure et exprime des sentiments profonds.
RICKY de françois ozon
Quel est votre rapport au fantastique ?
J'aime le fantastique qui est ancré dans la réalité et où on ne part pas tout de suite dans les codes du genre. Je trouve ça plus fort dans le réel parce que je reste persuadé que le réel est fantastique. Il contient des éléments que l'on ne veut pas nécessairement se représenter. Les tours du World Trade Center qui tombent peuvent appartenir à un registre fantastique. S'il y a cette base de réel, les événements deviennent encore forts et troublants. Le fantastique ne m'intéresse que s'il m'interpelle et si paradoxalement il n'y a pas de distance, si on se le prend en pleine gueule. Pour moi, le fantastique est une porte vers l'imaginaire et l'imaginaire est nécessaire à mes personnages. Ils ont tous besoin d'un ailleurs pour supporter leur quotidien. C'est Charlotte Rampling dans Sous le sable qui préfère vivre avec un fantôme ; c'est Angel qui est une mauvaise écrivain mais qui préfère imaginer qu'elle est bonne écrivain, avec le prince charmant et le château... Dans Ricky, les personnages sont dans un milieu ouvrier où il n'y a pas d'espoir. Le bébé représente une richesse au sens propre. Une richesse intérieure parce qu'il va permettre à cette femme de se cultiver, de s'enrichir, d'aller dans une bibliothèque pour la première fois, de faire des calculs savants sur la longueur des ailes du bébé. Il y a aussi une évolution dans le travail de la lumière, du cadre, des couleurs. Il y avait cette volonté que l'arrivée de l'enfant enrichisse la palette graphique du film et rende lumineuse toute la seconde partie.
RICKY de françois ozon
Vos films se suivent mais ne se ressemblent pas.
La différence vient surtout de la forme. Sur les thèmes, ça raconte la même chose. Angel, c'est l'histoire d'une femme qui se réfugie dans son imaginaire. Elle a besoin du fantastique pour quitter sa réalité et ne pas voir le quotidien dans lequel elle vit. C'est vrai que j'aime bien aller dans des univers différents pour ne pas avoir l'impression de me répéter. L'idée du risque me stimule parce que c'est excitant d'essayer de faire marcher un argument qui sur le papier paraît invraisemblable. Ça pose des enjeux de mise en scène donc c'est intéressant. Après, si ça pouvait être plus simple en terme de production, je préférais. Après, cela correspond à mes goûts personnels, à ma volonté de travailler le genre et de changer de registre au sein même du film ; ce qui crée souvent une perturbation et un décalage chez le spectateur. C'est aussi ce que j'aime au cinéma : les effets de distanciation. Le cinéma reste un grand terrain d'expérimentation et je pense qu'il reste beaucoup de choses à faire.
Propos recueillis par Romain Le Vern
Romain Le Vern
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CINE : RICKY, LE NOUVEAU FRANCOIS OZON Depuis Freaks, de Tod Browning, on ne compte plus les films... | ||
































