A la fin de la projection de Nouvelle Cuisine, de Fruit Chan, un constat imparable : s'il pouvait être considéré comme le meilleur segment des Trois Extrêmes (Takashi Miike, Fruit Chan et Park Chan-Wook), Nouvelle Cuisine trouve toute sa cohérence dans la version longue construite comme un thriller paranoïaque avec des personnages plus fouillés et des détails scénaristiques qui ne pouvaient être conservés dans le segment. Ce n'est que justice parce que Nouvelle Cuisine est originellement un long et qu'il est peut-être même mieux ainsi. Seulement, Chan, cinéaste a priori peu assimilable au genre, ne s'est pas contenté d'enlever quelques passages pour raconter grosso modo la même histoire. Sa technique est plus subtile : il a éludé les passages les plus significatifs et les détails les plus obscurs pour donner un autre sens à son histoire. La comparaison entre les deux versions est à ce titre édifiante.
Fruit Chan organise des images viscérales et distille le trouble et l'angoisse lentement mais sûrement. Le moyen et le long racontent le même destin funeste. Celui de Madame Lee, star de feuilletons overdosés de niaiserie, femme désespérée qui n'hésite pas à goûter aux étranges raviolis de Tante Mei afin de rester belle et désirable. Le scénario repose sur des personnages complexes et crédibles. Le portrait est si précis et minutieux que ce ne serait pas absurde de confesser que Chan emprunte le sillage de Cronenberg et de Haynes, en adoptant le ton de la fable urbaine sur le culte de l'apparence et la dictature de la jeunesse (avec, dans la version longue un sous-texte explicitement féministe).
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