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LE COIN DU CINEPHILE: J'IRAI COMME UN CHEVAL FOU (FERNANDO ARRABAL)

Second long métrage du provocateur Fernando Arrabal, J'irai comme un cheval fou raconte de manière étrange et distordue une histoire d'amitié fusionnelle entre un playboy tourmenté et un nain disgracieux. Dépassant les bornes du sexuellement, moralement et politiquement correct, une oeuvre tourmentée et singulière qui s'inscrit dans le mouvement Panique qu'Arrabal a fondé avec Alejandro Jodorowsky: surréalisme, flamboyance de situations outrées, irrespect des conventions et radicalité des parti-pris. Expérience intense.



"Si la relation entre les deux hommes passionne Arrabal, c'est surtout un moyen pour lui d'exprimer ses inquiétudes sur un monde pollué par les hommes, la prétendue civilisation, l'intolérance des différences et les conventions sociales qui annihilent toute liberté."

Difficile de résumer avec des mots l'intrigue de ce film qui thématiquement et visuellement aspire à la novation et donc à la révolution possible des formes de langage cinématographique. Difficile aussi de ne pas être fasciné par ce fiévreux élixir du peu urbain Arrabal qui ne recule devant aucune provocation pour faire tâche. Sommairement, J'irai comme un cheval fou raconte la rencontre improbable entre Aden, beau gosse en proie à une culpabilité latente et un trauma impossible à exorciser, et Marvel, un nain primitif qui possède des pouvoirs mystiques (il peut faire disparaître et apparaître des animaux). L'homme moderne décide alors d'emmener dans son monde le freak qui devient un monstre de foire. Jusqu'à ce que l'amour soit plus fort que la vie et la mort et que la fusion se fasse de la manière la plus littérale. La structure du film en elle-même est inconfortable. Elle s'apparente à celle d'un road-movie picaresque où les personnages multiplient des rencontres hasardeuses pour mieux consolider une amitié qui se mue très vite en amour passion.



On comprend cependant rapidement où Arrabal veut en venir. Il oppose le primitivisme et la société, la beauté et la laideur, le désert et la ville, la nature et la pollution, le néant et la plénitude, l'amour et la mort ; et, se débarrasse des dilemmes binaires dans une scène finale de cannibalisme qui apparaît comme l'idée la plus folle et lumineuse. Elle est tirée d'une croyance indigène selon laquelle on devient l'autre en le mangeant. Une théorie qui s'est vérifiée sur des cas de serial-killers cannibales qui mangeaient leur victime pour qu'elles leur appartiennent indéfiniment ou, plus récemment, dans Trouble Every day, transe impressionniste et impressionnante de Claire Denis où Dalle bouffait d'amour sa proie Duvauchelle.

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