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CINE : [REC.]

CINE : [REC.]

Tout sur REC - La Critique - Photos - Le 2008-01-26 03:17:38


Un régal qui ressemble à un grand-huit où le plaisir d'être horrifié en toute sécurité n'a peut-être jamais été aussi manifeste.

Romain Le Vern 8
Les réalisateurs Jaume Balaguero et Paco Plaza exorcisent leurs peurs avec [Rec.], un film fantastique effrayant qui joue sur la peur subjective et montre ce que Le projet Blair Witch ne montrait pas. Entre humour et grincements de dents.

[REC.]
Un film de Jaume Balaguero, Paco Plaza
Avec Manuel Bronchud, Martha Carbonell, Claudia Font, Vicente Gil, María Teresa Ortega
Durée : 1h25
Date de sortie : bientôt on espère...

[rec.]

Alors qu'ils suivent des pompiers lors d'une intervention, une reporter et son caméraman restent coincés dans un immeuble placé sous quarantaine. A l'intérieur, ils font face à d'étranges phénomènes. Forts d'avoir participé à l'expérience des Peliculas para no dormir, Jaume Balaguero et Paco Plaza ont réalisé ensemble leur Blair Witch Project, même si on aurait tendance à dire que le premier a davantage imposé sa patte que le second. C'est loin d'être un défaut. Dans la forme, Balaguero confirme qu'il est calmé en terme de découpage et reste sobre comme dans Fragile et plus dernièrement son remarquable segment Chez nous. On retrouve ce voile de mystère qui fait qu'on ne sait jamais réellement qui sont les personnages dans ses films (l'enfant que l'on voit au début de Darkness, la voix de la gamine au bout de la ligne de téléphone dans La secte sans nom, le secret qui bouffe le quotidien d'une infirmière au regard triste dans Fragile) et qui amène toujours un coup de théâtre remettant en cause tout ce que l'on a vu auparavant. C'est l'art de Balaguero. Sauf que son art au fil des années est devenu de moins en moins manipulateur (dans le bon sens) et de plus en plus ludique (plaisir de créer des pistes) en cherchant à marquer de manière viscérale. Sans gaver d'effets visuels tapageurs. Bien que collectif, [Rec.] marque donc une nouvelle évolution dans la détermination de Balaguero à mettre en scène l'angoisse. Lorsque les personnages ont peur, on a peur avec eux.

[rec.]

Si en apparence filmer l'insondable avec une caméra vidéo n'est pas une idée nouvelle (Blair Witch ou son ancêtre Cannibal Holocaust), les deux réalisateurs ont utilisé une gamme d'effets horrifiques plus ou moins inédits pour atteindre le spectateur. Certains sont très impressionnants et essayent de mettre dans le même état de transe qu'un gamer perdu dans les méandres de Silent Hill (le cinéaste s'est d'ailleurs inspiré du jeu vidéo pour créer l'atmosphère glaçante du très sous-estimé Darkness). Niveau jetons, c'est comparable à The Descent, de Neil Marshall (souvenez-vous de cette scène où les filles se filment en DV infra-rouge au fond d'une grotte et qu'une créature albinos et dentue de la plus répugnante apparence apparaît) et Dark Water, d'Hideo Nakata (remember la scène de l'ascenseur avec menace invisible et cri tonitruant que les Pang bros ont malhonnêtement repris dans Re-Cycle). Une conclusion sombre - inhérente à tous les films de Balaguero - décuple l'intensité du cauchemar. L'auteur réussit à renouveler la même décharge électrique que dans celle de La secte sans nom. Ça, c'est pour le côté sombre.


La face lumineuse est assurée par l'humour. Pas un humour de pacotille pour faire risette à la ménagère de moins de cinquante ans ou un humour cynique à la Craven qui démonte les ficelles. Juste un humour tordu, efficace, bienvenu. Dans le scénario, on l'imagine davantage apporté par le fougueux Paco Plaza que par le pessimiste Jaume Balaguero (même s'il ne faut pas oublier que ce dernier a quand même co-scénarisé La nonne, de Luis de la Madrid qui reste un grand moment de comique involontaire). Quelques idiosyncrasies (l'accent espagnol d'une immigrée japonaise a fait rire aux larmes les spectateurs de Sitges) provoquent de légères incompréhensions mais assurent que les deux auteurs excellent à dépeindre une atmosphère espagnole réaliste contaminée par le fantastique. Un peu comme le public qui passe de sceptique à croyant, de souriant à traumatisé. Ce n'est pas tous les jours qu'un film fiche une peur bleue en jouant sur deux registres a priori dissemblables (l'humour et le frisson). Et c'est là qu'on se dit finalement que le meilleur équivalent de cette anomalie reste un épisode de L'hôpital et ses fantômes, l'excellente série de Lars Von Trier, avec même dispositif formel singulier, personnages drôlement caractérisés, effets chocs et angoisse sourde mâtinée d'humour grinçant. On remercie donc nos deux amis espagnols d'avoir su jouer sur toutes les phobies possibles et imaginables à travers une caméra subjective sans se charger de toutes les références qu'un film pareil appelle. C'est pour cette raison qu'il fonctionne si bien sur un public, pour peu que ce dernier soit fatigué d'avaler les mêmes formules. Son efficacité est si convaincante qu'un remake américain est déjà en route.

Romain Le Vern

  



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