Romain Le Vern 7
STILL WALKING
Un film de Hirokazu Kore-Eda
Avec Hiroshi Abe, Yoshio Harada, Haruko Kato
Date de sortie : prochainement
Festival de San Sebastian
STILL WALKING de hirokazu kore-eda
En quelques films, le réalisateur Hirokazu Kore-Eda a réussi à se faire un nom - il a été aidé par le passage remarqué en compétition au festival de Cannes de son Nobody Knows dont la rigueur, la beauté et la poésie mortifère avaient confirmé la propension du cinéaste à sonder l'indicible. Maborosi, son coup d'essai, évoquait une veuve esseulée qui mélangeait tous les pinceaux de sa vie défaite ; After Life autopsiait les songes de morts à travers des idées de cinéma assez fulgurantes ; Distance racontait la douleur d'un pèlerinage... Still Walking narre un autre sujet, peu guilleret : la commémoration d'un frère, mort il y a quinze ans. Pour l'occasion, son frère et sa soeur rendent visite aux vieux parents : un père qui n'affiche pas ses sentiments - même envers ses enfants -, de peur qu'on ne le respecte plus comme le médecin prestigieux qu'il a été et qu'il n'est plus ; et une mère qui supporte la douce folie de son époux et cache son amertume derrière une politesse appuyée. A travers cette histoire, Kore-Eda reprend son thème de prédilection (les liens invisibles qui unissent les morts et les vivants) et peint au sens littéral le portrait d'une famille comme les autres, qui ne s'était pas revue depuis longtemps. Avec les retrouvailles enjouées sur le seuil de la porte, les banalités d'usage pour remettre au goût du jour ce que les personnages sont devenus, puis les mots bateaux sur lesquels on achoppe, les attitudes et les silences qui en disent long.
STILL WALKING de hirokazu kore-eda
Le réalisateur japonais regarde ses personnages - qu'il ne juge jamais - évoluer au gré de longs plans fixes qui favorisent les portraits d'ensemble. Avant de les isoler pour tordre ce qui pourrait ressembler à un bonheur artificiel. D'un bout à l'autre, on n'est jamais dans le trip doloriste - Kore-Eda exècre ce qui ressemble à de la facilité -, toujours dans une espèce de pudeur qui empêche les personnages de balancer tout ce qu'ils pensent et le film de se vautrer dans l'hystérie complaisante des règlements de compte minables. A dire vrai, on est plus dans la réalité que dans la fiction. Il y a le regard des enfants - et en particulier un enfant -, subtil contrepoint qui provoque le brouhaha ambiant (faut toujours engueuler les enfants lorsqu'on n'a plus rien à se dire) et ne comprend rien aux conversations des adultes. Faut dire qu'il a le temps et qu'il sera très vite confronté à ça : aux mesquineries, aux jalousies, aux petits trucs qui font les grands touts des secrets de famille. Il y a l'ombre d'un mort, responsable de la déchirure lointaine et de la réunion urgente de la famille, qui plane tel un fantôme (Kore-Eda filmant d'ailleurs le point de vue d'un fantôme sur les vivants). Il y a aussi une fluidité dans les dialogues qui fait que les personnages passent du coq à l'âne, peuvent à la fois parler du repas (la préparation de la bouffe au début où maman et fifille font bonnes copines) et d'une absence inconsolable, avec le même détachement. Pour passer des choses futiles aux choses essentielles, sans créer de rupture fâcheuse.

























