Romain Le Vern 4
NUIT DE CHIEN
Un film de Werner Schroeter
Avec Pascal Greggory, Bruno Todeschini, Eric Caravaca, Jean-François Stévenin, Amira Casar, Bulle Ogier
Durée : 2h
NUIT DE CHIEN de werner schroeter
Ceux qui n'ont jamais vu un film de Werner Schroeter - dont le cinéma évolue depuis des années dans l'ombre des Fassbinder, Wenders et Schlöndorff - risquent d'être décontenancés par cet opéra aussi bouffi que fascinant, dont la poésie désenchantée repose autant sur une noirceur kafkaïenne que sur une radicalité poisseuse. Si on devait lui trouver un équivalent, il faudrait chercher du côté de Derek Jarman. A travers des intrigues au sens équivoque, il est question de guerre, de fascisme, de trahison et de mort. Mais à l'arrivée, l'ambition du film est moins politique que ludique en essayant d'inviter le spectateur à se perdre dans une représentation théâtrale carnavalesque placée sous le signe du travestissement kitsch, du mensonge, du mauvais goût et de l'incandescence guignolesque. Tout un programme.
NUIT DE CHIEN de werner schroeter
Il faut prévenir ceux qui aimeraient tenter l'expérience que les scènes s'enchaînent sans respecter de linéarité et en faisant fi de toute logique (principe héritée de Kafka). Au moins, c'est cohérent avec le chaos voulu par un univers crépusculaire sans balise, probablement situé dans un futur proche mais dont on ne distingue ni le lieu ni l'époque. On peut également y voir le signe d'une grande liberté artistique où Schroeter renoue avec sa volonté de toujours : célébrer la laideur du monde pour la rendre esthétique. A l'image de ses précédents longs-métrages, Nuit de chien ressemble à une succession de salves tantôt drôles, tantôt tristes, tantôt grotesques, tantôt tragiques. C'est d'autant plus troublant que cette mise en scène de l'outrance nourrie d'allégories et de symboles démolit à chaque nouvelle séquence tout ce qu'elle a essayé de mettre en oeuvre dans la précédente. Curieux film donc, primé l'année dernière à Venise malgré l'hostilité de la presse, qui plaide pour la pagaille burlesque, les postures bizarres et le hasard joyeux. Et qui ne ressemble à rien, vraiment rien.
RLV
Retrouvez la galerie photos sur les pages suivantes...




























