Romain Le Vern 6
35 RHUMS
Un film de Claire Denis
Avec Alex Descas, Mati Diop, Nicole Dogue, Grégoire Colin, Julieth Mars Toussaint, JC Folly, Adèle Ado, Djédjé Apali, Eriq Ebouaney, Mary Pie, Stéphane Pocrain, Ingrid Caven
Durée : 1h40
35 RHUMS de claire denis
Dans la lignée de J'ai pas sommeil - sans le tueur en série mais avec le même désir chez des hommes et des femmes isolés de se réchauffer pour affronter l'immense capharnaüm d'une ville -, 35 Rhums permet à Claire Denis de traiter du "lien défait" qui parcourt tous ses films avec un penchant pour la poésie urbaine (des trajets en RER bercés par la sublime musique des Tindersticks). Inspirée par l'intensité de la relation unissant son grand-père et sa mère, elle a écrit entre deux voyages cette oeuvre polyphonique et très intime sur la peur de faire face aux "choses de la vie". La présence d'Alex Descas, son acteur fétiche avec qui elle a tourné à huit reprises, dans le rôle principal suffit à dire à quel point ce dont elle nous parle la touche personnellement.
35 RHUMS de claire denis
On a beau connaître comment Claire Denis fonctionne avec sa distance mi-fascinée mi-familière; elle ramène toujours de beaux fragments mélancoliques qui nous touchent. Sans que l'on sache pourquoi. Ce qui reste beau dans son cinéma, c'est l'amour qu'elle porte à ses personnages en respectant leurs silences et leurs secrets, sans juger. La manière qu'elle a, bien à elle, de les accompagner, de les suivre, de les soutenir lorsqu'ils sont effrayés par des choses de rien (le simple fait de se dire que rien ne dure éternellement). Le film raconte cet espace-temps inerte où se jouent tous les possibles entre l'épuisement de la vie et sa renaissance. Le coeur névralgique du récit a lieu dans un bar/restaurant où il faut refaire le monde, la nuit, après une averse et un concert manqué, où les désirs se réveillent, où les danses ressemblent à des étreintes sensuelles. Avant le cruel réveil du lendemain de cuite, avec les yeux noyés comme des mutants sous hypnose.
35 RHUMS de claire denis
Les personnages rêvent d'exil, veulent découvrir d'autres poisons dans d'autres villes et en finir de ces voyages immobiles. Face à la pression anonyme des éléments, leurs gestes fonctionnels (manger, boire) ressemblent à des pauses hédonistes. Ici, plus qu'ailleurs, les regards et le toucher prennent une place prépondérante au détriment de dialogues volontairement elliptiques et délestés de tout psychologisme. Claire Denis déroule son intrigue en rendant palpable le désespoir poisseux, le désenchantement nu, comme une gueule de bois sans cesse renouvelée (d'où le beau choix du titre).
Romain Le Vern
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