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PARC : INTERVIEW ARNAUD DES PALLIERES

Tout sur PARC - La Critique - Photos - Le 2009-01-13 03:11:36


Cinéaste atypique au sein du cinéma français, Arnaud des Pallières signe aujourd'hui un tout nouveau long métrage, adapté d'un roman de John Cheever, Parc. L'oeuvre se révèle être un véritable ovni, portée par un casting remarquable et une mise en scène aussi riche que puissante. Nous en sommes ressortis à la fois bouleversés, surpris, et interrogatifs. L'occasion d'aller à la rencontre d'un homme discret mais étonnant, passionnant, qui nous offre l'un des plus grands chocs cinématographiques de ce début d'année.




PARC de arnaud des pallieres

Vous détenez une filmographie d'une grande richesse, entre documentaires, courts et longs métrages. Nous citerons par exemple Drancy Avenir, ou votre magnifique Adieu, sorti en 2004 et chaleureusement salué par la critique. Néanmoins, vous restez très discret et le grand public vous connaît finalement très peu. Pouvez-vous nous rappeler (brièvement) votre parcours ?
Après mon bac j'ai fait un peu d'études de littérature. J'ai aussi fait l'acteur au théâtre, entre 17 et 25 ans. J'ai monté une compagnie. Mis en scène deux spectacles. Puis j'ai présenté, presque comme une blague, le concours de la Fémis, l'école nationale de cinéma en France. J'y ai été reçu. J'y ai fait trois années d'études privilégiées et passionnantes. Puis j'ai réalisé une douzaine de courts métrages, presque tous ratés, à l'exception de trois, que je sauve aujourd'hui volontiers : La Mémoire d'un ange (1989, ce film fut l'occasion de ma rencontre avec le chef opérateur Julien Hirsch, avec qui je n'ai cessé de travailler depuis), Les Choses Rouges (1993), Avant Après (1994). Le premier travail sérieux de toute ma vie a été la réalisation de mon premier long métrage : Drancy Avenir (1996), enquête historique, poétique et philosophique sur les traces de l'extermination des Juifs dans Paris et sa banlieue aujourd'hui. Cinq ans de recherches, de lectures et de réflexion. Jamais autant travaillé. Jamais si heureusement non plus. Après, j'ai fait un film de pur amour de la littérature, pour la télévision, Is Dead (Portrait Incomplet de Gertrude Stein) (1999), libre « autoportrait » de Gertrude Stein à la manière d'elle-même, à partir de ses textes autobiographiques. Ou comment tenter de faire partager, par le cinéma, mon amour immodéré de l'oeuvre d'une écrivain américaine d'avant-garde sur une chaîne publique (France 3) de la télévision. Ce film fut l'occasion de ma rencontre avec le producteur Serge Lalou, avec qui je n'ai cessé de travailler depuis. En 2001, j'ai fait un film d'un séjour à Disneyland Paris, intitulé : Disneyland, mon vieux pays natal. Tout le film est contenu dans le titre. C'est l'histoire d'un cinéaste qui croit faire un film sur un lieu qu'il déteste (par principe) et qui réalise que, même s'il le déteste, cet endroit est son lieu le plus secret et le plus intime. Le film est une sorte de cauchemar éveillé. Il fut l'occasion de ma rencontre avec le musicien Martin Wheeler, avec qui je n'ai cessé de travailler depuis. Après j'ai tourné "Adieu". Ancien scénario polyphonique mille fois retouché que je traînais avec moi depuis une dizaine d'années. Vieille équipe de collaborateurs amis. Un bonheur de tournage. Presque une partie de rigolade. Un montage long, acharné, épuisant (12 mois !). Le film a eu quelque succès, surtout critique, et a confirmé ma réputation de cinéaste "difficile". Voilà, je crois, après, c'est Parc...

Comment vous est venue l'idée d'adapter un roman de John Cheever ?
J'avais envie d'un scénario presque tout cuit pour pouvoir tourner vite. Le contraire de ce que je venais de vivre avec Adieu. Pour n'avoir presque plus que de la mise en scène à faire. Alors un jour, un des libraires chez qui je dépense tout mon argent, et chez qui je me plaignais de ne plus trouver un seul livre de Raymond Carver que je n'avais pas déjà lu au moins quatre fois, m'a tendu un assez grand livre orange pâle intitulé : "Les Lumières de Bullet Park" et m'a dit : « vous connaissez ça ? ». Il m'a juré que c'était aussi bien que Carver. Je n'y ai pas cru une seconde mais j'ai acheté quand même, parce que dans le doute, j'achète toujours les livres et j'ai été absolument scié. C'était plus sombre que Carver, plus désespéré. Plus imprévisible aussi. On ne sait jamais, en lisant un livre de John Cheever, comment une phrase va se terminer. Et ce plaisir, pour un lecteur pratiquant comme je le suis, est irremplaçable. Le livre était comme un film. Mieux qu'un film. Evidemment, n'importe quel bon livre est mieux qu'un film, tout le monde sait ça. Les bons livres vous font d'incroyables films à l'intérieur. "Les lumières de Bullet Park" m'a fait ça. Un film mental. Après je n'ai cessé, en faisant Parc, de tenter de retrouver les sentiments que j'avais éprouvés à la lecture.




PARC de arnaud des pallieres

Et pourquoi celui-ci ?
Parce qu'il décrivait magnifiquement l'intérieur de la tête de chacun de ses personnages, qu'on s'y croyait, qu'on y avait la liberté de les aimer autant que de les détester, que chaque détail servait toujours le but d'un plan général et politique, qu'il y avait du Kafka dans cette manière d'aimer le monde qu'on voulait critiquer et enfin, je le redis, que chaque phrase comme chaque détail de l'intrigue y était, à mes yeux, à chaque fois tout à fait imprévisible. Après, je dois également dire que dans la description douloureusement minutieuse, par Cheever, de l'Amérique bourgeoise de la fin des années 60, je voyais obstinément notre France contemporaine et sarkozienne.

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CINE : PARC

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