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LE COIN DU CINEPHILE : OUT OF THE BLUE (DENNIS HOPPER)

Tout sur GARCONNE - Photos - Le 2009-02-17 16:00:02


Dennis Hopper a toujours pensé que son personnage dans Out of the blue représentait une projection de ce que serait devenu celui d'Easy Rider s'il avait continué à vivre. Ce film désenchanté, dont le titre ne vient pas d'un album d'Electric Light Orchestra mais d'un morceau de Neil Young intitulé «Hey hey my my» en hommage à Johnny Rotten, évoque en apparence les cinémas existentiels de Bob Rafelson et de Jerry Schatzberg. En profondeur, il ne ressemble qu'à son auteur, fantôme revenu d'entre-les-morts des années après le fiasco commercial - et non pas artistique - de The Last Movie.

"Le film parle de punks mais il est punk par essence, avant même d'avoir défini le concept : le parcours de Dennis Hopper montre que rien n'est chiqué et le propos, nihiliste, allergique à la sensibilité, gerbe la concession."




GARCONNE de dennis hopper

On le sait, le parcours de Dennis Hopper est sinueux, parsemé de chutes et de renaissances, comme un purgatoire entre enfer et paradis. La première fois où l'on pensait l'avoir perdu, c'était dans les années 60, après le tournage de La Fureur des hommes où l'acteur rebelle refusait d'écouter les indications du réalisateur Henry Hathaway, sous prétexte qu'il lui demandait d'imiter Marlon Brando. Face à ces manières, Hollywood le blackliste et plus personne ne veut tourner avec lui. Il utilise la photographie comme alternative et profite de cette autonomie pour capter ce qui lui plaît (les manifestations pour les droits civiques, Martin Luther King en plein discours) et réaliser des portraits (Andy Warhol, Roy Lichtenstein), affirmant ainsi un goût prononcé pour l'art contemporain. Après une période sombre et alcoolo à New York où il est pourtant entouré d'amis, Dennis fait Easy Rider, qu'il écrit, interprète et réalise avec Peter Fonda. Comme toutes les grandes gueules, Hopper passe pour un caractériel incontrôlable. Et beaucoup de ceux qui ont travaillé avec lui avant Easy Rider ne supportent pas sa liberté. Surtout lorsqu'il balance, pour résumer sa carrière dans les années 60 partagée entre sexe, alcool et drogue, qu'il a «tellement léché de vagins que sa barbe ressemblait à un donut glacé».




GARCONNE de dennis hopper

La palme pour Easy Rider marque le début d'un culte (celui de l'homme libre) et la fin du consensus mou (à bas le politiquement correct). Stimulé par l'acteur Luke Askew - seconde rencontre marquante après James Dean dans sa carrière -, Hopper lui donne un rôle crucial dans son premier long métrage: celui du hippie auto-stoppeur qui emmène les deux motards jusqu'à la communauté du Nouveau-Mexique. Pour ainsi dire, le "We blew it" qui clôt Easy Rider possède une valeur prophétique. Le film remporte la palme d'or à Cannes en 1969 et rapporte 40 millions de dollars. Fort de ce succès, il réalise un second long métrage, The Last Movie, déjà chroniqué dans Le coin du cinéphile, sorte de happening hallucinant qui tient à la fois de la réflexion sur le cinéma, du western crépusculaire, de l'analyse théorique, du documentaire sur un village péruvien, du conte initiatique candide, de la métaphore sur les ravages de la colonisation culturelle américaine, de l'histoire d'amour et de la dépression artistique. Hopper y préfigurait le funeste déclin du cinéma américain des années 70 qui croyait aux vertus du classicisme hollywoodien et de la modernité européenne. L'expérience est si intense qu'elle le fait plonger une seconde fois dans des abîmes durant des années, seul dans sa propriété de Taos au Nouveau-Mexique et confirme chez lui une nécessité impérieuse de rompre avec le système pour explorer son art.

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