Kevin Dutot 6
UN CHAT, UN CHAT
Un film de Sophie Fillières
Avec Chiara Mastroianni, Agathe Bonitzer, Malik Zidi
Durée : 1h45
UN CHAT, UN CHAT de sophie fillières
Célimène a trente-cinq ans. Elle est écrivain mais n'écrit plus. Pas d'inspiration. Classique... Célimène préfère se faire appeler Nathalie. Normal... Son fils de sept ans, Adam, l'oblige à garder les pieds sur terre. Tout juste... Son appartement est en travaux, Célimène, en attendant, vit chez sa mère. Difficile... Anaïs a dix-sept ans. Elle est fraîche, neuve, elle a l'arrogance de sa jeunesse. Tout un programme... Elle poursuit Célimène, dérobe son courrier, l'attend partout. Inquiétant... Mais rien ne les réunit, rien ne les oppose non plus, l'entêtement de l'une vient se frotter à la fermeté de l'autre, et pourtant...
Un chat, un chat devrait en déconcerter plus d'un... Cette histoire d'écrivain obsédée par son manque d'inspiration et qui déambule la nuit pour cuisinier un gâteau aux coquilles d'oeufs n'est pas un film ordinaire. Une sorte de rêve eveillé où l'absurde est de mise et les situations les plus improbables s'enchaînent et ne se ressemblent pas. Après un premier tiers franchement deconnecté, le film s'assagit, au gré d'une Chiara Mastroianni qui maîtrise parfaitement la verve insensée des dialogues. On se délecte assez vite de cette écriture lunaire, bien qu'un peu poussive à certains moments, qui nous laisse apprécier à nouveau le talent de Sophie Filières qui, sans complexes, offre à ses personnages des morceaux de dialogues incongrus, des rencontres surréalistes et une composition des plus complexes... S'il est en effet toujours très difficile de se balader avec un bon équilibre sur la corde raide de l'absurde, la réalisatrice s'est entourée d'excellents premiers rôles et seconds couteaux qui parviennent à trouver une symbiose parfaite entre les envolées poétiques et délurées du film et le réalisme du propos.
UN CHAT, UN CHAT de sophie fillières
Les deux têtes d'affiche, Mastroianni et Bonitzer, qui partagent autant la volonté de se voler la vedette que de se l'offrir, parviennent à créer une intimité surprenante... un duo qui ne s'accorde jamais, ou presque, mais qui tend à toujours composer une mélodie charmante. Malgré les bons mots parfois surfaits et le manque de contenu, les comédiennes nous entraînent dans cette amitié peu commune autour de laquelle l'inspiration va revenir pour l'une et la crise identitaire va trouver un terme pour l'autre. Une complémentarité à laquelle on adhère totalement et qui nous fait rire à plusieurs reprises. Car Sophie Filières, avant tout, réussit à profondément nous faire rire du léger malheur de cette écrivain sans ressources littéraires et sa relation avec son ex, sa mère et son fils sont autant de rebonds dans le récit que de situations menant à une nouvelle verve créatrice pour Célimène.
Si quelques ralentissements et une lassitude pointent parfois leur nez dans la dernière partie du film qui s'essoufle pour laisser place à une construction plus ordinaire et un enchaînement des situations plus logique, on comprend néanmoins que dans la tête de Célimène, les choses reviennent peu à peu dans l'ordre... C'est donc tout simplement que le film prend une tournure plus classique mais néanmoins la fraîcheur de Chiara Mastroianni ne bouge pas d'un iota et le charme du film, car c'est un long-métrage particulièrement enchanteur, opère jusqu'à la fin. On en ressort plus libre, comme satisfait d'avoir, nous aussi, quelque chose à raconter...
Kevin Dutot
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