CINE : LA BOITE DE PANDORE
Tout sur LA BOITE DE PANDORE - La Critique - Photos - Le 2009-02-27 16:07:23David A. 8
LA BOITE DE PANDORE
Un film de Yesim Ustaoglu
Avec Tsilla Chelton, Ovul Avkiran, Tayfun Bademsoy, Derya Alabora, Osman Sonant, Onur Unsal
Durée : 1h52
LA BOITE DE PANDORE de yesim ustaoglu
D'une justesse et d'une sensibilité rares, La boîte de Pandore est de ces films qui prennent le temps de poser leurs personnages, leur caractère comme leur façon de vivre. Moderne, le métrage dresse un point de vue critique de la société turque actuelle, qui délaisse les personnes âgées et les zones reculées du pays au profit d'un développement économique des grandes villes pour la population active. Ce malaise curieusement, la vieille mère n'est pas la seule à le vivre, Murat, le jeune petit-fils, le traverse également. Pas seulement en pleine crise de confiance, le jeune homme ne partage pas les aspirations de ses parents qui attendent de lui des résultats et un futur dont il ne veut pas. Ce refus des valeurs bourgeoises va peu à peu le rapprocher de cette grand-mère qu'il ne connaissait pas et former un lien particulier, lien inexistant par ailleurs avec sa propre mère qu'il fuit.
Chaque personnage traverse une crise. Nesrin, la mère, traverse une crise de sa sexualité, ne supportant plus que son mari la touche. Guzin, elle, traverse une crise amoureuse, ne sachant pas si l'homme qu'elle fréquente l'aime vraiment ou s'il abuse de ses sentiments. Mehmet vivote dans un appartement miteux mais contrairement à ses soeurs, son style de vie ne lui pose aucun problème et lorsqu'eux trois recueillent leur mère, c'est paradoxalement lui qui se comporte de façon naturelle avec sa mère, ne cachant pas ses défauts ni ses travers comme la paresse et l'addiction à la marijuana. Ce sont les maux de la société actuelle qui se sont échappés de cette boîte de Pandore : individualisme, culpabilité, solitude, mépris, hypocrisie, dépression, etc. La légende grecque prétend que l'espérance serait restée au fond de la boîte, pourtant Murat, même dans son attitude sans compromission, incarne une certaine foi dans l'avenir, celle d'une liberté retrouvée.
LA BOITE DE PANDORE de yesim ustaoglu
Avec sobriété mais non sans richesse, la réalisatrice Yesim Ustaoglu insuffle à son film une véritable qualité visuelle. La cinéaste filme la banlieue d'Istanbul d'un point de vue quotidien et social en évitant les images d'Epinal avant de nous entraîner au coeur de la région que borde la Mer Noire, une région minière et rurale presque abandonnée. Et cette fameuse montagne, plutôt une colline abrupte, dont la vieille mère ne cessera de mentionner l'existence, s'ouvrant sur l'horizon à l'arrière de sa maison délabrée. Cet endroit possède une poésie dont est totalement dénuée la capitale avec son port surchargé et ses ruelles coupe-gorge. L'intérieur même des appartements ne témoigne en fait que de la détresse de ses occupants, aussi bien celui vétuste de Mehmet, que celui bien trop propre et rangé de Nesrin et son mari. C'est ainsi que Murat se cherche un foyer, un endroit pour vivre où il pourrait se sentir lui-même. La boîte de Pandore, une co-production française, belge, allemande et turque, nous dit aussi quelque chose de l'Europe actuelle, non pas de cette Europe économique et politique, mais de l'Europe des peuples.
David A.
David A.
































