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CINE : BLUE GATE CROSSING

Passé totalement inaperçu lors du dernier Festival du film romantique de Cabourg comme un peu plus tôt dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs à Cannes en Mai dernier, Blue Gate Crossing de Yee Chih-Yen sort ce mercredi sur les écrans français. Enfin l'occasion de remettre les pendules à l'heure en défendant ce joli film sur l'adolescence et la sexualité, thème récurrent du cinéma taiwanais, comme pour mieux faire reculer les tabous dans une société aux faux accents puritains.


BLUE GATE CROSSING
Taiwan/France
De : Yee Chih-Yen Avec : Chen Bo-Lin, Guey Lun-Mei, Liang Shu-Hui
Durée : 1h25
Date de sortie : 08 Janvier 2003

Meng Kerou et Lin Yueshen sont lycéennes. A 17 ans les rêves portent davantage sur l'amour que sur les études. Lin elle, est amoureuse de Zhang Shihao, un garçon un peu rebelle qui pense surtout à gagner le championnat de natation du lycée pour obtenir une bourse d'études. Lin n'arrête pas de parler de lui et Meng l'écoute, prête à tout pour faire plaisir à sa meilleure amie qui n'ose faire le premier pas. Zhang ne croit pas en l'existence de Lin, issue selon lui de l'imagination de la jeune fille.

Blue gate crossing où la difficulté de franchir la barrière du socialement (et moralement) correct, d'accepter sa particularité, de s'assumer soi-même et vivre ses passions indifférent du regard des autres. Mais pour cela faut-il encore être certain de ses passions. Car, les certitudes, à 17 ans, les jeunes filles du monde entier, et pas uniquement de Taiwan comme Meng, n'en débordent pas. Au contraire, l'adolescence c'est l'éternelle quête de soi, c'est la période du doute et des remises en question. On se découvre en tant qu'individu d'un certain sexe au sein d'une société organisée autour d'un système qui veut que les filles aiment les garçons et vice versa (Meng se le répète sans cesse, dans sa tête et sur le mur du terrain de basket, mais cela ne veut pas rentrer).



Alors, à 17 ans, quand on découvre que l'on préfère les filles aux garçons, forcément, il y a un décalage. La honte prend le dessus. Meng n'ose rien dire à sa meilleure amie de peur de l'effrayer, mais le secret est lourd à porter : rarement on verra Meng sourire (encore moins rire) en présence de Lin. Les prémices du bonheur, Meng semble les goûter réellement au contact de Zhang, à qui d'ailleurs elle finie par confier son secret, non sans pour être sûr qu'il ne la trahira pas lui demander de lui en confier un à son tour. L'amitié s'installe...

Servi par un trio d'acteurs exceptionnels, Blue gate crossing montre une fois de plus la facilité des asiatiques et en particulier des Taiwanais - le film fait beaucoup penser à Murmur of youth du Taiwanais Ling Cheng-Sheng qui déjà (le film date de 1997) racontait la difficile acceptation par une jeune adolescente de son homosexualité - à traduire à l'écran les tourments de la jeunesse de moins en moins en phase avec les règles archaïques et rigides de la société. Guey Lun-Mei, avec son physique fragile que compense un regard tour à tour froid, suppliant et chaleureux, est à ce titre la représentante idéale de cette angoisse interne, refoulée, qui ronge de l'intérieur, mais qu'il ne faut absolument pas dévoiler dans un système où l'ordre règne jusque dans les moindres recoins d'un lycée (chemise blanche et matricule pour tous). Une belle image de cette lutte intestine, est donnée par le réalisateur avec la scène où Zhang retrouve Meng pour une explication. Que cherche-t-elle en lui faisant croire qu'elle l'aime puis qu'elle ne l'aime plus ? Ils se battent dans une grande pièce remplie de chaises vides toutes impeccablement alignées. En se battant, les chaises se retrouvent bousculées. Ils se réconcilient puis remettent les chaises en place comme si rien ne s'était passé. Il ne faut surtout pas bouleverser le système.



Ce système s'apparente à un cocon hermétique et omniprésent auquel il est difficile d'échapper. Ainsi, le film se concentre sur son trio de personnages qui évoluent essentiellement dans des espaces vides et clos (le parc encerclé d'arbres, la piscine de nuit uniquement hantée par un gardien, le terrain de basket, le gymnase vide...). Jamais on ne s'attarde sur les autres élèves. A ce titre, BLUE GATE CROSSING se distingue fortement du film coréen MEMENTO MORI de Min Kyu-Dong et Kim Tae-Yong qui s'attachait à montrer les répercussions de l'existence d'une relation homosexuelle entre deux étudiantes sur le lycée auquel elles appartenaient. En l'occurrence, les conséquences tombaient dans le genre horrifique.



Le système encore, qui endort les personnages sous couvert d'une vie monotone faite de rites en perpétuels renouvellements à l'image du gardien de la piscine qui inlassablement fait le même tour, toujours dans le même sens sans jamais remarquer la présence des deux élèves. De même, Lin, qui tous les soirs vient écouter Zhang nager, Lin encore, lorsqu'elle collectionne tous les objets ayant appartenu à l'amour de sa vie, Lin toujours lorsqu'elle écrit sans cesse sur son cahier le nom de Zhang jusqu'à ce que l'encre s'épuise dans le but qu'il tombe amoureux d'elle. Zhang est également affecté, lorsqu'il répète inlassablement ses interrogations à Meng qui n'y répond jamais, ou encore lorsqu'il vient tous les jours acheter les mêmes raviolis auprès de la mère de Meng dans l'espoir de la voir, mais qui inlassablement repart en lui disant "C'est bon tu peux sortir, je suis parti". Meng, n'est pas différente, elle est aussi prisonnière de ces rites qui composent la monotonie de son existence. N'est-ce pas elle qui se répète sans cesse je suis une fille j'aime les garçons ?



Bref, un très joli film à la mise en scène très sobre - qui privilégie l'atmosphère bleu ciel de son titre : jamais la ville ne se présente sous un jour lugubre, le parc est en fleurs, il fait toujours beau, la ville semble appartenir aux étudiants à vélo insouciants du trafic - entièrement au service des émotions que dégagent trois superbes personnages en étroite harmonie avec une belle partition musicale qui a l'intelligence de ne jamais faire chavirer le film dans le mélo. Attention chef d'oeuvre !

Steve

  

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  Note des Lecteurs
toooo Mièvre et superbe 10    20 jan
subaru64 Coucou, par ici !!!! 10    09 jan
 


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