LE DERNIER SAMOURAI
Titre original : The Last Samurai
Un film d'Edward Zwick
Avec : Tom Cruise, Billy Connolly, Tony GoldWyn
Durée : 2h24
Date de sortie : 14 janvier 2004

1876, à la fin de la guerre de sécession, Nathan Algren n'est pas remis des combats âpres et sanglants qu'il a livrés. Il tente tant bien que mal d'oublier les massacres perpétués en se réfugiant dans l'alcool. L'empereur du Japon, soucieux d'ouvrir son pays aux méthodes de "guerre" et aux principes commerciaux occidentaux, le fait engager auprès de son armée pour qu'il forme ses hommes afin de lutter contre un groupe de guerriers Samouraï résistants. C'est au cours d'une première confrontation que Nathan est fait prisonnier par le chef de la rébellion...
Le scénario ne brille pas vraiment par son originalité, l'histoire rappelant furieusement la saga TV Shogun avec Richard Chamberlain, et son traitement tentant incurablement de s'approcher de Witness de Peter Weir et Little Big Man avec Dustin Hoffman. Au final Le Dernier Samouraï relève plus de la montgolfière dégonflée que du véritable tour de force. Le "choc des cultures", support de l'intrigue principale, vecteur d'émotions, est complètement aseptisé. D'une part par la réalisation qui n'a de lyrique que l'omniprésence de la partition musicale très rapidement agaçante avec son traitement identique que le héros se batte au sabre ou mange un bol de riz. Et d'autre part par l'incongruité des dialogues passablement réducteurs, voire totalement idiots. Il y a bien certains partis pris évidents (ça tape dur sur le monde occidental et son système économique), mais isolés au milieu de poncifs soulignés avec la subtilité d'un éléphant sous acide dans un magasin de porcelaine.
Edward Zwick est aux commandes et le réalisateur n'a pas su retrouver les manifestes de son talent apparemment largement consommé par l'excellent Glory. Il n'est plus au service de son histoire mais de sa star, qui dans l'ornière des libertés acquises sur le tournage lui a fait confiance pour les scènes de combat (Tom Cruise y est très à l'aise, voire crédible, en tout cas bien plus que lors des chevauchées endiablées où ses aptitudes de cavalier débutant sautent aux yeux à chaque plan. Depuis la grande cavalcade d'Horizons Lointains, les progrès sont loin d'être flagrants).
C'était peine perdue, surtout quand le metteur en scène essaye de ne pas ressembler à Peter Jackson. En lieu et place de donner une semblant de ressort dramatique à ces affrontements, il se perd en considérations techniques et visuelles faisandées. Si après plus d'une heure de palabres insipides, d'introspection existentielle du héros se demandant s'il doit porter le kimono ou non, survient une scène de combat avec des ninjas, totalement gratuite et désaxée par rapport à l'intrigue. Qui sont-ils, d'où viennent t-ils ? Comment sont-ils arrivés là ? Des questions qui resteront sans réponse tant ils n'ont comme fonction évidente que de réveiller la majorité des spectateurs endormis. Survient un autre duel (l'évasion) dont le premier déroulement enlevé, au ralenti, se suffisait à lui-même. Mais Zwick (très content de lui ?) nous le repasse une seconde fois via les prismes sensoriels du héros immédiatement après ! Il ne nous reste plus qu'à se reporter sur les seconds rôles pour se redonner un peu de coeur et d'émotion, mais ce ne sont pas les considérations stéréotypées du scénario, la réalisation brinquebalante de Zwick ou la propension évidente de Tom Cruise à vouloir à tout prix rafler un Oscar qui vont faire du Dernier Samourai le grand film épique que l'on attendait tous, et c'est bien dommage.
Cédric Melon




























