Coup de projecteur sur la filmographie du plus charismatique des acteurs latinos. L’occasion d’un bilan plutôt positif où l’on constate que Benicio Del Toroa de faux airs de nonchalance : il tire souvent son épingle du jeu, malgré quelques grosses zones d’ombres.
Pas classe : Big-top Pee Wee
Mauvais choix pour son premier rôle recensé au cinéma : Benicio fait l’andouille dans la suite de
Pee Wee’s big adventure. Comme Randal Kleiser est loin d’être
Tim Burton,
Big-Top Pee Wee est une grosse purge. Petit coup de bol pour l’acteur, en homme-chien, membre d’un cirque ringard, on ne le reconnaît pas trop.
Pas très classe : Permis de tuer
Le deuxième Bond avec
Timothy Dalton confirme que l’acteur est très engoncé dans le costume de 007. Même avec un scénario censé raconter comment l’agent au service secret de sa majesté a acquis son fameux permis de tuer, pour venger un de ses potes, salement assassiné. Seule réjouissance d’un Bond parmi les plus mous, la présence de Del Toro, qui en fait un peu des caisses en apprenti tueur un peu foufou et aux costumes voyants, mais dont le charisme est évident. Même dans la scène où il meurt, croqué par un requin.
Très Classe : The indian runner
Benicio ne fait qu’une apparition fissa dans le premier film réalisé par
Sean Penn, chronique d’une Amérique fratricide aussi mélancolique que la chanson de Bruce Springsteen qui l’a inspirée.
The indian Runner restant aussi mémorable pour ses qualités d’écriture et de réalisation qu’en tant que révélation au public de
Viggo Mortensen, en frère prodigue faisant un douloureux retour en famille et dernière apparition au cinéma de
Charles Bronson, ici très émouvant en figure paternelle. Une très belle ligne sur le CV de Del Toro, alors encore acteur débutant.
Presque Classe : Macho
Le titre original du film de
Bigas Luna (
Huevas de oro) pouvait se traduire Couilles en or. Soit quelque chose de plus à la hauteur du contenu de cette comédie vache à l’espagnole, portrait de l’ascension et de la chute d’une détestable tête de nœud. La part sarcastique et sacrilège de Luna faisant merveille pour faire un portrait du mâle ibère en vaine baudruche. La dernière partie du film, fait de
Javier Bardem et Del Toro, une belle paire d’acteurs qu’on rêverait de revoir ensemble à l’écran, que ce soit dans des mêmes rôles d’abrutis fiers d’eux ou pas.
Classe : Etat second
On oublie souvent de célébrer
Peter Weir comme l’excellent observateur de l’espèce humaine qu’il est. Dans
Etat Second, il suit pas à pas, un
Jeff Bridges qui remet toute sa vie en question depuis qu’il se croit immortel pour avoir survécu à un gros crash aérien. Benicio le croise furtivement en mari d’une autre des passagères qui ne surmonte pas la culpabilité suite à la mort de son bébé dans le même crash. Etat second est un film mésestimé, ce portrait d’une crise mystique mêlée à une de la quarantaine pouvant se ranger pile-poil entre
George Miller (
Lorenzo) et
Shyamalan (
Incassable).
Classe : Swimming with Sharks
Benicio Del Toro n’est pas encore une star qu’il a déjà compris beaucoup de choses au système hollywoodien. La preuve avec son rôle d’assistant de producteur expliquant, à celui qui va prendre sa suite, les coulisses peu reluisantes du job. Même si rapide, sa prestation tout en air désabusé est pour beaucoup dans la réussite de cette peinture au noir d’un monde où la règle d’or est le compromis. Quel qu’en soit le prix à payer. Ironie suprême : vu la vitesse à laquelle le réalisateur de
Swimming with Sharks, George Huang, a disparu des radars, on n’est pas sur qu’il est retenu les leçons de son propre film.
Ultra Classe : Usual suspects
Après
Swimming with Sharks, Benicio retrouve
Kevin Spacey. Et se montre plus malin que l’acteur de Keyser Söze : Bryan Singer lui avait demandé d’auditionner pour le rôle de Mc Manus (tenu au final par Stephen Baldwin). Il a demandé s’il ne pouvait pas plutôt récupérer celui de Fenster, parce qu’il avait une idée en tête pour ce personnage : être inintelligible. Ca a fait marrer Singer, mais surtout ça a permis à Del Toro d’être enfin mondialement remarqué dans ce machiavélique polar qui a réinventé le concept de film à twist final.
Pas classe : Le Fan
Au jour du jugement dernier, il sera compliqué de savoir si
Tony Scott sera envoyé en enfer ou au paradis des cinéastes. Si on peut le sanctifier pour certains de ses films, il y a de quoi le maudire pour d’autres. Parmi lesquels, ce
Fan, catastrophique illustration du phénomène du stalking (des fans qui s’accrochent d’un peu trop près à leurs idoles). Que
Wesley Snipes joue n’importe comment une star de baseball passe encore, mais que
De Niro soit aussi mauvais en vendeur de couteaux de chasse fasciné par le sportif ou que Scott filme tout ça comme un téléfilm d’
Hollywood nights laisse pantois.
Supra classe : Las Vegas Parano
Grosse surprise : au moment où le fan club féminin de Del Toro, charmé par la présence virile et fragile à la fois de l’acteur, il réapparaît sur les écrans avec un physique hirsute d’outre hypertrophiée, pour son rôle le plus –littéralement- dément à ce jour, celui de l’acolyte d’Hunter S.Thompson, acolyte de virée destroy où toutes les dopes sont bonnes à prendre. De préférence en grande quantité.
Las vegas parano est pour autant un des films les plus pertinents sur la descente des USA vers un bad trip qui persiste. Ex-fan des sixties, voici tes années folles. Accompagné de la performance la plus hallucinée à ce jour de Del Toro, particulièrement impressionnant dans une scène de salle de bains sur fond de Jefferson Airplane.
Plutôt Classe : Snatch
Toujours facétieux, Del Toro continue à marquer un penchant pour les déguisements. En prologue du dernier bon film à ce jour de
Guy Ritchie, il se déguise en rabbin pour aller braquer des diamantaires. C’est drôle mais un peu court pour détrôner
Brad Pitt en boxeur gitan ou Rade Serbedegia en tueur russe dégénéré, autres attraction de cette très plaisante série B décomplexée à l’anglaise.
Enorme classe : The way of the gun
Quand le véritable homme-clé d’
Usual Suspects, son scénariste, passe à la réalisation c’est pour un hommage à
Sam Peckinpah. Le premier film de Christopher Mc Quarrie ne laisse pas de doute sur le pessimisme du bonhomme, mélange de polar 70’s et de néo-western,
The way of the gun est surtout un film poisseux, ou deux losers qui pensaient être tombés sur l’arnaque du siècle deviennent de purs anti-héros, dindons d’une farce noire, qui vire parfois au rouge sang. Démonstration avec une douloureuse fusillade finale dans une hacienda mexicaine que n’aurait pas renié le grand Sam.
Assez Classe : Traffic
Si Del Toro n’a pas volé son Oscar du meilleur second rôle, en flic démantelant un cartel mexicain de la drogue ; avec le recul, le film de
Steven Soderbergh se révélant particulièrement surestimé. Cette odyssée chorale sur la circulation de la dope aux USA, se révèle mieux écrite que réalisée,
Soderbergh trafique surtout les codes-couleurs (en gros l’Amérique est filmée en filtre bleu, Le Mexique en ocre) ou des innovations formelles déjà périmées (caméra vacillante à l’épaule) par les séries télés des 80’s. Vu d’aujourd’hui, ça reste à peine plus plaisant qu’une série HBO standard.
Très Classe : Traqué
Alors qu’on commençait à vouloir envoyer
William Friedkin à la casse des grands cinéastes américains ayant viré gâteux (
La nurse, Blue Chips, L’enfer du devoir, ça commençait à faire beaucoup en nanars réacs), il renaît avec en quelque sorte un proto-remake de
Rambo sur la traque d’un assassin de guerre par celui l’a formé. Au delà d’un formidable film-poursuite, où Del Toro épate en vétéran déboussolé de la guerre du Golfe,
Traqué reste l’un des meilleurs films américains post-11 septembre, en camouflant sous le treillis d’une plus palpitantes séries B vues dernièrement des allusions plus finaudes que prévues sur le cas Ben Laden (formé en partie par la C.I.A avant de devenir l’ennemi public N°1 des USA). En d’autres termes, Friedkin infiltre le bon cinoche du samedi soir pour rapprocher le grand public de la politique. Surprenant.
Plutôt Classe : 21 grammes
Et si
Alejandro Inarritu n’avait été que l’homme d’un seul film ? Depuis
Amours chiennes, il ne cesse de reproduire (en l’atténuant) la même forme scénaristique de film choral. Dans
21 Grammes, trois personnages sont à nouveau liés par un événement tragique. Ca commence déjà à sentir le schématisme –et ce sera pire dans l’affreusement cul-bénit
Babel- mais il reste ici encore de très beaux moments, dus plus aux comédiens qu’à l’agencement de puzzle formaliste. Et si
Sean Penn ou
Naomi Watts sont impériaux, Del Toro est particulièrement émouvant en deux ex-machina malgré lui.
A moitié classe : Sin city
Il est encore difficile de dire si le mélange de Bd et de cinéma de
Robert Rodriguez à réellement été la révolution cinématographique vantée. D’autant plus quand
Sin city est un film à sketches des plus inégaux. Si l’un d’entre eux (celui avec
Mickey Rourke) est une parfaite incarnation de l’esprit
hard boiled des albums de
Frank Miller, les deux autres sont endommagés par un aspect de carton pâte numérique. Notamment celui où joue
Benicio Del Toro, encombré de malus supplémentaires : un scénario des plus feignasses et la fameuse scène réalisée par
Tarantino aux airs d’auto-parodie de son cinéma logorhéen. Benicio finit une de ses scènes la tête dans les chiottes ; de là à avoir envie de tirer la chasse sur ce sketch des plus laborieux, il n’y a vraiment pas loin.
RESULTATS AVEC UN TITRE APPROCHANT