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ryan gosling (12 Novembre 1980 - )
Un parcours qu'il n'est guère imprudent de qualifier de sans faute, et ce même si les films sont inévitablement de qualité inégale. L'engouement grandissant qui entoure la personnalité de ce comédien âgé de vingt-sept ans seulement ne s'explique par la profusion des films qui composent sa filmographie, et encore moins par leurs résultats au box-office. Il tient dans l'intensité exceptionnelle des interprétations et la cohérence des choix, audacieux pour la plupart. Il tient surtout à cette capacité que possède le comédien à faire passer une émotion vraie en un regard et un seul, à travers un jeu d'une extraordinaire sensibilité. Courtisé de toutes parts depuis le succès critique de Half Nelson, qui sort sur les écrans français le 18 juillet prochain, Ryan Gosling goûte aujourd'hui à la reconnaissance que mérite un artiste entier, passionnant, imprévisible et bouleversant comme on n'en a pas vu émerger depuis longtemps.

Shareeka Epps et Ryan Gosling dans HALF NELSON
Le Mickey Mouse Club, émission familiale qui a fait les beaux jours de la Disney Channel entre 1989 et 1995, est connu pour avoir révélé quelques-unes des pop stars les plus bankable de l'industrie du disque outre-Atlantique : Britney Spears, Christina Aguilera, J.C. Chasez ou encore Justin Timberlake. On sait moins que c'est aussi là qu'a débuté le Canadien Ryan Thomas Gosling en 1993, coiffant au poteau 17 000 candidats pour s'illustrer dans quelques prestations musicales et dansantes aux côtés de Justin Timberlake, justement. A l'origine, il ne tente sa chance que parce que sa sœur aînée Mandi, qu'il est venu accompagner à la gigantesque audition organisée par le MMC à Montréal, est jugée trop âgée pour l'émission. Redécouvrir aujourd'hui ces monuments de la télévision américaine vaut son pesant de cacahuètes, d'autant que les deux lascars, bons copains à l'époque (Ryan est alors logé chez Justin et sa mère), s'en sortent plutôt bien au niveau du chant en dépit de leur jeune âge. L'expérience MMC ne s'avère pas aussi idyllique que cela au bout du compte, mais elle permet néanmoins à l'adolescent d'échapper de temps à autres à un quotidien scolaire particulièrement insupportable. Victime depuis l'enfance de brimades incessantes et très violentes de la part d'autres élèves, il est retiré de l'école par sa mère qui décide de le scolariser à domicile pendant une année entière. Il ne réintègrera le système que pour l'abandonner définitivement à l'âge de dix-sept ans.
LE PLUS BEAU DES COMBATS
Entre temps, il débute une sérieuse carrière d'acteur de télévision, apparaissant dans divers épisodes de séries canadiennes (Frankenstein and Me, Road to Avonlea, 1996) voire des co-productions Canada/USA (Kung Fu : la légende continue, 1996), et ce jusqu'au jour où il obtient l'un des rôles principaux de la populaire série pour ados Breaker High en 1997, qui lui vaut une immédiate adhésion du public. Il poursuit son ascension avec plusieurs apparitions régulières dans d'autres séries télévisées, avant de se voir confier le rôle principal de Young Hercules en 1998, spin-off des séries Hercule et Xena, toujours produit par Sam Raimi et Robert Tapert. Il y remplace Ian Bohen, qui jouait le jeune Hercule dans le pilote. Si la série démarre plutôt bien en termes d'audience, elle finit toutefois rapidement par s'essouffler et s'achève en 1999, au grand désespoir des fans. Plus grave, les patrons de la Fox Kids Network n'hésitent pas à blâmer Ryan Gosling du déclin et de l'arrêt du show, au point que le jeune acteur, alors âgé de dix-neuf ans, envisage un instant de tout laisser tomber. Par chance, il n'en fait rien et enchaîne l'année suivante avec un premier long métrage, Le plus beau des combats de Boaz Yakin, film de football produit entre autres par Jerry Bruckheimer et dont la vedette est Denzel Washington.
Ryan Gosling et Summer Phoenix dans DANNY BALINT
Lorsque l'on se penche sur la filmographie de Ryan Gosling, il est frappant de constater avec quelle rapidité celui-ci est parvenu à s'imposer en tête d'affiche au cinéma, quand d'autres jeunes comédiens sont contraints de lutter pour glaner ne serait-ce qu'un second rôle dans un slasher quelconque, en attendant de trouver mieux. L'expérience télévisée donne un bon avant goût de la facilité déconcertante du jeune comédien à gravir les échelons - il ne lui aura fallu que trois ans pour négocier son passage du statut d'acteur occasionnel à celui de premier rôle dans une grosse production télévisée - mais la chose est encore plus remarquable en ce qui concerne sa carrière au cinéma. Alors qu'il vient tout juste de faire ses premiers pas sur le grand écran, il est choisi par le réalisateur Henry Bean pour tenir le rôle principal de Danny Balint (The Believer), drame explosif retraçant la quête d'identité d'un jeune Juif néo-nazi. Un tel sujet nécessitant une certaine confiance dans la solidité du casting, on s'étonne en même temps que l'on admire l'audace du cinéaste de jeter ainsi son dévolu sur un nouvel arrivant issu tout droit de séries télévisées de divertissement essentiellement destinées à un jeune public. Mais l'homme a manifestement du flair, ainsi que le prouve cent fois le résultat final.
Car dans la peau du désaxé Danny Balint, Ryan Gosling justifie à chaque seconde la foi que le réalisateur a placé en lui et porte littéralement le film sur ses épaules. Le scénario, complexe, se voit encore rehausser par l'épaisseur exceptionnelle qu'il confère à ce garçon tout en contradictions, que sa haine de soi pousse à détruire ceux qui l'entourent. Le jury du Festival de Sundance ne s'y est pas trompé en distinguant ce film coup de poing à contenu philosophique d'un Grand Prix bien mérité, lors de l'édition 2001. Le jeune acteur obtient dans la foulée une nomination aux Independent Spirit Awards dans la catégorie Meilleur Premier Rôle Masculin, une autre aux Chicago Films Critics Association Awards en tant que Meilleur Espoir, et remporte le prix du Meilleur Acteur Etranger décerné par la Russian Guild of Film Critics. Une entrée en scène fracassante s'il en est, qui augure d'autre part de la nature assez sombre des rôles qui nourriront sa filmographie par la suite.
DANNY BALINT
Il paraît en effet difficile de ne pas prêter attention à la prédilection affirmée de film en film par Ryan Gosling pour les personnages de jeunes hommes torturés, porteurs d'une forte dimension tragique. Si celle-ci est un peu atténuée dans un film plus conventionnel comme The Slaughter Rule, qu'il tourne en 2002 sous la direction d'Alex et Andrew J. Smith (et où il a pour partenaire le formidable David Morse), elle s'impose de manière éclatante dans presque tous ses rôles, de Calculs Meurtriers à Stay, en passant par The United States of Leland, le susmentionné Danny Balint et bien sûr Half Nelson. Rôle après rôle, il se fond avec une grâce et un naturel absolument désarmants dans l'univers mental de ces individus en proie à une confusion telle qu'elle les pousse souvent à adopter un comportement extrême, seul rempart à leur détresse. C'est le cas de Richard Haywood, le jeune suspect arrogant auquel se frotte de près Sandra Bullock dans Calculs Meurtriers (2002) de Barbet Schroeder. Le thriller a beau se révéler assez mou et bancal au final, on n'en reste pas moins captivé tout du long par chaque apparition du comédien, particulièrement charismatique, et dont le personnage entretient une relation pour le moins trouble avec l'introverti Justin Pendleton, interprété par le talentueux Michael Pitt (Last Days). Les deux acteurs volent aisément la vedette à leurs aînés Sandra Bullock et Ben Chaplin, et l'on persiste à se désoler d'observer qu'avec de tels atouts dans son jeu, le réalisateur n'ait pas su livrer un résultat à la hauteur.
Michael Pitt et Ryan Gosling dans CALCULS MEURTRIERS
CALCULS MEURTRIERS
La même chose peut être dite de Matthew Ryan Hoge et son The United States of Leland (2003), dont l'excellent casting (Don Cheadle, Kevin Spacey, Lena Olin, Martin Donovan Jena Malone, Michelle Williams, sans compter une caméo de Sherilyn Fenn !) et le pitch très attirant se voient gâchés par une réalisation digne d'un téléfilm et un montage d'une rare platitude, encore plombés par une voix off omniprésente et redondante par-dessus le marché. Alternant uniquement plans américains et gros plans dans un climat de mollesse soporifique, le réalisateur peine à donner vie à des personnages secondaires pourtant essentiels (Kevin Spacey, pour ne citer que lui) à la compréhension du message qu'il cherche à faire passer. Au milieu de cette mélasse guimauve, Ryan Gosling parvient miraculeusement à tirer son épingle du jeu, jouant la carte de la douceur et de l'innocence avec autant d'aisance qu'il se montrait brutal et effrayant dans Danny Balint. Une fois de plus, le personnage qu'il incarne, Leland P. Fitzgerald, s'avère être un marginal que son incapacité à s'adapter à ses semblables pousse à commettre l'irréparable. Le gentil Leland est en l'occurrence coupable du meurtre d'un jeune autiste, qu'il a poignardé rien moins qu'à vingt reprises. Il est fort dommage que la qualité du traitement soit si éloignée de ce que à quoi l'on pouvait légitimement s'attendre. S'il n'y avait qu'une chose à retenir de ce film, ce serait ce simple mot : "sadness", seule réponse dont semble capable le garçon lorsqu'on lui demande pourquoi il a tué. La tristesse, un sentiment qui paraît précisément définir la plupart des personnages incarnés par l'acteur depuis ses débuts.
Ryan Gosling et Jena Malone dans THE UNITED STATES OF LELAND
Calculs Meurtriers et The United States of Leland ont au moins le mérite de faire la lumière sur la déconcertante aptitude de Ryan Gosling à briller à l'intérieur de n'importe quel film, si médiocre fut-il. Certains avanceront peut-être la même remarque au sujet de Stay (2005), le thriller psychanalytique controversé de Marc Forster (A l'ombre de la haine), dont l'opacité onirique emballe les un(e)s tout autant qu'elle rebute farouchement les autres, qui n'y perçoivent qu'un vide abyssal habillé en pose prétentieuse. Stay fait partie de ces films incompris, non pas parce qu'il serait trop complexe pour l'entendement humain, loin de là, mais parce qu'il s'appuie principalement sur les ambiances et les sensations pour retranscrire les réminiscences abstraites d'un esprit torturé ; autrement dit, ça passe ou ça casse - pour prendre un autre exemple, un problème assez similaire se posait avec Duelist de Lee Myung-Se, sorti la même année, bien que le sujet soit complètement différent. Quoiqu'il en soit, Marc Forster offre ici à Ryan Gosling l'un de ses rôles les plus poignants, qui vaut à lui seul que l'on s'attarde sur ce long métrage attachant. Toute la beauté de Stay réside dans la mélancolie infinie qui émane de ce personnage au bout du rouleau, et auquel le comédien prête une fragilité troublante, face aux partenaires de choix que sont Ewan McGregor (dont le mystère des pantacourts reste toutefois non élucidé à ce jour) et Naomi Watts.
STAY

HALF NELSON
Mais c'est évidemment avec Half Nelson (2006) de Ryan Fleck que le comédien trouve son plus beau rôle, et l'un des plus emblématiques de son goût prononcé pour les losers flamboyants. A l'instar de la plupart des personnages qu'il incarne depuis ses débuts, Dan Dunne peine à évoluer dans un monde qui semble devenu trop petit pour lui, dans lequel il se retrouve marginalisé de par son caractère entier - qui s'exprime à travers un idéalisme forcené dans le cas présent. Après avoir longtemps interprété les ados à problèmes, Ryan Gosling poursuit donc avec les jeunes adultes dans la merde noire, inaptes à prendre un réel départ dans la vie. Pire, il semble que le prof toxicomane du film ait totalement capitulé, et que rien ne puisse le tirer de là à moins d'un miracle - un miracle qui se prénomme peut-être Drey, la jeune élève jouée par l'incroyable Shareeka Epps. Tandis que Half Nelson obtient le Grand Prix du Jury au Festival de Sundance 2006 et bien d'autres distinctions, Ryan Gosling se voit de son côté récompensé dans le cadre des Independent Spirit Awards, du Festival International du Film de Seattle, du Festival du film de Stockhom, du National Board of Review, USA, en plus d'hériter de la fameuse nomination aux Oscars 2007. Le superbe long métrage de Ryan Fleck est plus que jamais l'occasion de constater, s'il en était encore besoin, à quel point Gosling, qui n'a jamais suivi aucune formation d'acteur, n'appuie son jeu sur aucune méthode pré-formatée, à l'inverse de nombre d'acteurs américains de son âge dont les mimiques et attitudes répondent à des codes immédiatement identifiables.
Ryan Gosling et Rachel McAdams dans N'OUBLIE JAMAIS
L'une des exceptions à cette attirance patente de l'acteur pour les personnages minés par la fatalité, pourrait bien être N'oublie Jamais (The Notebook en VO) de Nick Cassavetes, film qui lui permet en 2004 de toucher un plus large public grâce à un bel accueil au box-office, et qui se revendique ouvertement comme un film romantique dans la plus pure tradition du genre. Même si l'objectif est atteint et joliment atteint, les deux protagonistes principaux de The Notebook ne répondent pas réellement aux stéréotypes du genre. Le personnage de Noah Calhoun jeune, qu'interprète Ryan Gosling, n'est "romantique" que le temps de la première demi-heure du film - la façon dont il drague Rachel McAdams vers le début fait même figure d'énorme cliché pleinement assumé de ce que l'on est susceptible de retrouver dans ce type d'histoires. Pendant le reste du film, c'est une fois de plus un personnage plus sombre qu'il n'y paraît que l'on découvre peu à peu derrière le masque d'assurance des premiers instants. La même nuance peut être émise au sujet de Willy Beacham, le procureur adjoint de La Faille de Gregory Hoblit, auquel l'acteur apporte là aussi une gravité inattendue, et ce même si le film ne prétend pas à être autre chose qu'un sympathique thriller psychologique. Le titre français comme le titre original (Fracture) valent autant pour le stratagème machiavélique orchestré par Anthony Hopkins que pour le personnage de Gosling en lui-même, qui dissimule ses faiblesses derrière un comportement plein de suffisance. La cohérence du parcours du comédien ne laisse pas d'étonner, et si le futur promet de réserver quelques surprises, comme en témoignent les divers projets annoncés, il demeure certain que peu d'acteurs peuvent se targuer de donner une telle impression de liberté à travers leurs seuls choix.
LA FAILLE
Alors que The Notebook faisait jusqu'ici figure de cas un peu isolé au sein de sa filmographie, il semble que Ryan Gosling souhaite revenir prochainement vers le film romantique avec Lars and the Real Girl de Craig Gillepsie, dans lequel il tombera fou amoureux d'une sex doll. A moins que l'aventure ne vire à un remake de l'inquiétant Love Object, bien sûr. Mais son projet le plus attendu actuellement est indubitablement The Lovely Bones de Peter Jackson, qui le verra tenir l'affiche aux côtés de Rachel Weisz. Le scénario de ce film dont la sortie est prévue pour 2008, est adapté d'un roman d'Alice Sebold et signé du mythique trio Peter Jackson-Fran Walsh-Philippa Boyens. Une association de talents qui a de quoi faire saliver…













