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LE COIN DU CINEPHILE : DER TODESKING (JORG BUTTGEREIT)

Tout sur DER TODESKING - Le 2008-06-10 07:55:23


Beaucoup ont connu Jörg Buttgereit avec Nekromantik, coup d'essai provocant dans lequel le cinéaste racontait une histoire d'amour nécrophile de manière frontale, en invoquant un romantisme exacerbé qui pouvait fasciner comme laisser sceptique. Depuis, pour des raisons injustes (on lui reproche une certaine prétention et on résume trop souvent sa carrière au très naïf et donc très maladroit Nekromantik), Buttgereit reste ostracisé du circuit. Le paradoxe veut d'ailleurs qu'il soit détesté par les amateurs du genre. On ne lui pardonne pas beaucoup sa volonté d'utiliser une substance horrifique pour la développer des velléités auteurisantes. Faux débat, extrêmement réducteur. Pour peu qu'on accepte de voir ses autres films, on découvre un cinéma viscéral et abrasif, à la lisière de l'expérimental, qui essaye de communiquer des sentiments d'autiste. Intraduisibles autrement que par la fureur, toujours accompagnée d'une incertitude et d'un pessimisme. C'est le moment de lui donner une seconde chance. Avec Schramm, portrait plus que fréquentable d'un tueur en série esseulé confronté à deux misères (la chair et le sang), Der Todesking, son second long métrage, réalisé entre les deux Nekromantik, s'impose comme l'un de ses objets filmiques les plus stimulants. Comme il le dit si bien, cette expérimentation n'a pas de message, juste l'expression d'un désir de cinéaste toqué: broder autour du thème le plus révulsif et si cher à ses yeux (la mort). Voyez, jugez mais si vous n'aimez pas ça, ne dégoûtez pas les autres.


"De manière ironique, Jorg Buttgereit répond à la création du tout puissant avec un univers sinistré où les humains agonisent silencieusement dans une inertie collective. C'est sa manière à lui de raconter la fin du monde."

Sept chroniques d'une mort annoncée pour le plus grand plaisir des masochistes neurasthéniques. A priori, programme peu voire pas alléchant du tout, sauf peut-être pour une poignée de cinéphiles déviants. Et pourtant... En dépit de son caractère rédhibitoire, Der Todesking fait montre d'une audace et d'une invention dont sont dépourvus la majorité des films d'horreur actuels. Sans surprise, la description de l'humanité paraît si sombre qu'elle ne laisse apparaître aucun espoir dans la profondeur de champ. Dans chaque film du père Jorg, on y retrouve des thèmes cruciaux comme la solitude, la suicide, le meurtre, les pulsions inavouables. Produit par Manfred O. Jelinski, Der Todesking (le «roi des morts» en français) prend les atours d'un concentré asphixiant. Avec une froideur impassible et une rigueur obstétricale, le réalisateur allemand épouse les solitudes anxieuses de personnages différents sur sept jours mortifères. Ils sont tous contaminés par le même «Todesking» (malédiction qui pousse au suicide), reliés par une lettre mystérieuse (écrite par Dieu?) responsable de ces désastres individuels. Sans en avoir la dimension théorique et sociologique, sans le vernis dénonciateur de la violence au cinéma (au contraire, il en jouit de cette violence), le résultat peut évoquer les petits jeux des fragments du hasard si chers à un certain Michael Haneke.


Logiquement, on part du lundi pour remonter jusqu'au dimanche. Chaque jour est déterminé par la même issue fatale. Dans le premier sketch (celui du lundi), un quidam rentre chez lui, téléphone à son boss pour démissionner, rédige des lettres mystérieuses, dépoussière son appartement et se suicide en prenant un bain. Son poisson, seule présence de cette débâcle existentielle, meurt simultanément. Dans le second (mardi), un homme loue un film dans une vidéothèque remplie de références horrifiques plus imposantes les unes que les autres. Par hasard (ou presque), il tombe sur une vidéo anonyme où l'on peut voir des soldats torturant un prisonnier dans un camp de concentration et peignant une croix gammée sur sa poitrine. Quand sa copine revient des courses, il la bute. Dans le troisième (mercredi), un homme et une fille se rencontrent dans un parc sous la pluie. L'homme raconte à la fille sa vie sexuelle catastrophique qui l'a amené à tuer sa femme. La fille sort un revolver pour le tuer mais l'homme le lui prend et se tue aussi sec d'une balle dans la bouche. Dans le quatrième (jeudi), des noms de suicidés défilent sur un pont d'autoroute. Dans le cinquième (vendredi), une femme, seule dans son appartement, observe un jeune couple dans un appartement voisin. Suite à un rêve étrange, le couple meurt. Dans le sixième (samedi), une jeune femme prend une caméra et un fusil pour fomenter un documentaire sur l'assassinat de spectateurs lors d'un concert rock. Dans le septième (dimanche), un homme seul dans un lit se cogne plusieurs fois la tête contre un mur, avec l'intention de se tuer. Un corps en décomposition sert de lien morbide entre les sketchs. Histoire d'ausculter le cadavre de l'humanité? Oui.

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