Romain Le Vern 10

THE DARK KNIGHT de christopher nolan
THE DARK KNIGHT
Un film de Christopher Nolan
Avec Christian Bale, Maggie Gyllenhaal, Heath Ledger, Gary Oldman, Aaron Eckhart, Michael Caine, Eric Roberts, Morgan Freeman, Cillian Murphy
Date de sortie: 13 Août 2008
Au départ, il y a une attente insurmontable...
En voyant les bandes-annonces et les photos disponibles sur le net depuis quelques mois, on s'attendait à un film énorme, taillé dans le roc, un peu malade suite à la disparition malheureuse d'Heath Ledger. On fantasmait aussi, beaucoup. Mais on ne pouvait pas prévoir une réussite aussi indiscutable. Pas le temps de reprendre son souffle qu'une longue introduction constitue une mise en bouche excitante. Le Joker (regretté Heath Ledger, à qui The Dark Knight est naturellement dédié), flanqué d'une bande de complices masqués, braque une banque et dézingue à tout va. La séquence interpelle le regard parce qu'elle renvoie involontairement ou non à un souvenir lointain: Charley Varrick, de Don Siegel. Cette analogie n'est pas fortuite. Si avec Batman Begins, Nolan lorgnait vers un climat horrifique et fantastique du meilleur goût avec des plans d'invasion par des milliers de chauve-souris et en guise de climax un feu d'artifice gothique, The Dark Knight évoque le meilleur du grand cinéma américain paranoïaque des années 70 qui n'avait pas peur de bousculer les doxas de Hollywood et de témoigner d'une vigueur corrosive. Des films où les lois du spectacle n'étaient nullement incompatibles avec l'exercice critique. Si on devait prendre un exemple plus récent, la rigueur formelle et scénaristique de Nolan rappelle celle de Michael Mann sur Heat : même capacité à travailler l'humanité chez des personnages a priori accessoires; même scène d'action à couper le souffle; et, surtout, même combat entre le bien et le mal, le chat et la souris, où la proie n'est pas celle que l'on croie.
THE DARK KNIGHT de christopher nolan
Christopher Nolan n'a même pas besoin de résumer Batman Begins via des flash-backs. La fluidité de la mise en scène et la grâce du montage se chargent de mettre d'emblée le spectateur sous tension. Le cinéaste approfondit les problématiques laissées en suspens à la fin de l'opus précédent (les évadés de l'asile d'Arkham, le Joker, la montée exponentielle de la violence) en respectant une gradation crescendo qui finit par étreindre. Plus le film avance (à son rythme, sans confondre vitesse et précipitation), plus il acquiert une envergure monstrueuse. A dire vrai, on est frappé par le mélange d'humilité et d'ambition. Humilité devant une substance narrative monumentale et ambition de l'illustrer de la façon la plus universelle possible. Dans les grandes lignes, The Dark Knight épouse la noirceur sans concession et les thématiques des comics de Frank Miller et cherche moins à disséquer les fissures psychologiques du super-héros (pourquoi reprendre tout ce qui a été formidablement dit dans Batman Begins?) qu'à dépeindre l'atmosphère de Gotham City, cité gouvernée par la peur et gangrenée par l'insécurité, désaffectée au possible. Pour cela, Nolan greffe différents points de vue à travers lesquels il explore différents milieux que ce soit la pègre, la police ou l'entreprise de Bruce Wayne, tous détaillés avec une rigueur mathématique. En comparaison, Batman/Bruce Wayne (Christian Bale, qui force encore sur la voix) peut légitimement paraître plus en retrait. Sans doute parce qu'il ne s'agit plus de son autopsie mais d'une leçon humaine: apprendre à reconnaître ses sentiments et à assumer ses responsabilités.
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