POUR ELLE : INTERVIEW DE FRED CAVAYE
Tout sur POUR ELLE - La Critique - Photos - Le 2008-12-03 00:33:56* note : cet entretien a été mené de façon à ne pas révéler les divers rebondissements de l'intrigue.
POUR ELLE de fred cavayé
Ce qui frappe tout d'abord dans Pour Elle, c'est la qualité de son écriture. Vous avez travaillé à deux sur le script.
Guillaume Lemans et moi, on écrit depuis assez longtemps ensemble. C'est lui qui a eu l'idée de départ. Il me l'a proposé avec pudeur en me disant « écoute, je ne sais pas si c'est pour toi » alors qu'il me connaît bien et savait très bien que c'était pour moi. Effectivement, l'idée est formidable. Elle traite de sujets qui m'intéressent, comme le courage, et surtout cette idée de prendre un Monsieur Tout le monde et de le mettre dans une situation qui le dépasse. Je pense que, de la part de Guillaume, cette idée est une déclaration d'amour pour sa femme. Il s'est peut-être demandé un jour, en regardant certaines affaires judiciaires à la télé, ce qui se passerait pour lui si sa femme se retrouvait au trou pour vingt ans et que lui se retrouvait seul avec les gosses. Qu'est-ce qu'il ferait pour elle ? Et à partir de là, il a imaginé le synopsis. Nous avons donc repris ce synopsis ensemble, refait un début, refait une fin. Et moi, de mon côté, j'ai commencé à amener des choses que je qualifierais de visuelles, comme l'idée de revenir sur l'affaire criminelle en question sous forme de flashbacks en puzzle, à reconstituer. Et j'avais également l'idée visuelle de la fin, mais ça, on ne va peut-être pas en parler. Bref, nous avons soumis ce traitement, ou plutôt ce gros synopsis, à notre producteur qui nous a signé une option. Et là où Guillaume Lemans est quelqu'un d'intelligent, c'est qu'il sait différencier le fond et la forme. Le fond était là, sur le traitement que nous avons fait ensemble. Pour la forme, j'avais besoin d'écrire la première version du script tout seul, parce que pour moi c'est la phase où je commence à passer de l'écrit à l'image. On s'est donc retrouvé sur la version 2 pour bosser ensemble à nouveau.
POUR ELLE de fred cavayé
On sent aussi qu'il y a des choses qui ont du être écrites pour ensuite être élaguées car le film fait vraiment confiance à l'intelligence émotionnelle du spectateur, à sa déduction, sans être soulignées au stabilo. Je pense au rapport de l'enfant à la mère, à l'histoire du frère, au père du héros etc.
Effectivement, c'était un vrai problème. C'est une vraie prise de risque. Quand j'ai écrit la première version du scénario, je faisais déjà une sorte de montage. Je savais que je ne voulais pas de gras ; je ne voulais pas trop insister sur la psychologie des personnages secondaires ; et surtout je voulais que ce soit rythmé, avec des séquences courtes qui s'enchaînent très vite : une séquence d'émotion, une séquence d'action, pour schématiser. Quand on a fait lire cette version (car on fait des fiches de lecture en production, surtout pour un premier film) ces fiches sont revenues en disant que le scénario marchait très bien, mais que ça manquait de chair, ça manquait de gras ; bref elles pointaient tout ce qu'on avait retiré. Les personnages secondaires n'existaient pas assez sur le papier. Mais là-dessus, j'ai dit non ! Je ne toucherais pas une ligne. Pour moi, le pari du film était là : on va prendre des comédiens qui sont capables d'incarner parce qu'ils ont du talent, et il y aura assez de place en l'état pour les faire exister émotionnellement, même si on ne les voit pas plus. Le rôle du frère, par exemple, on s'en fout de savoir s'il bosse ou s'il est tricard. Plus le spectateur l'imagine et mieux c'est. Ce que je vais dire n'est pas péjoratif, mais peut-être qu'on a trop tendance en France à insister sur ces aspects, à être trop littéraire, à ne pas faire confiance à l'image et à ne pas faire confiance à ce que vont amener les comédiens. Même moi je suis concerné, puisque le film au départ était effectivement plus dialogué qu'il ne l'est maintenant. Mais en bossant avec les comédiens, je me suis rendu compte... hé ben qu'ils jouaient la comédie ! En un regard, ils étaient capables de m'exprimer deux phrases. Pas besoin d'en rajouter. On s'est battus avec Guillaume pour imposer ce processus. Et on avait un producteur intelligent qui s'est rangé à nos côtés. Ca ne servait à rien de rajouter une demi-heure de plus pour expliquer dans le détail des choses qui peuvent être laissées à l'imagination du spectateur.
Au contraire, ça participe du plaisir...
Oui. Et en même temps ça peut être dangereux. Il y a des moments où je me suis demandé si, au niveau des ellipses, ce n'était pas trop gonflé, même si elles sont assumées. Le fait, par exemple, de complètement zapper le procès. Je pense que ce sont des choses que le spectateur connaît. Il a déjà vu ça. Je voulais également qu'on ne voie jamais la femme dans sa cellule, qu'on ne voie la prison que sous le point de vue de son mari. Ce qu'est la prison, l'actrice le porte sur elle, et chacun vient avec ce qu'il imagine de la prison.
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CINE : POUR ELLEJusqu'où iriez-vous par amour ? A partir d'une simple question en apparence bana... | ||







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