Jean-Baptiste Guegan 8
COCAINE COWBOYS
Un film de Billy Corben
Avec Jon Roberts, Mickey Munday, Jorge Rivi Ayala, Griselda Blanco
Durée : 1h56
COCAINE COWBOYS de billy corben
En donnant la parole à ceux qui ont fait de Miami, la plaque tournante de la drogue aux Etats-Unis dans les années 1980, Billy Corben nous donne à voir l'envers d'un décor trop souvent limité à Scarface et Miami Vice. Ainsi, entraîné dans le sillage de ceux qui organisèrent le trafic de cocaïne et les règlements de compte qui suivirent et prospérèrent alors, on se laisse happer par ce documentaire aussi étonnant que sidérant.
Miami à l'époque de la cocaïne ou l'envers du décor
Billy Corben avec son acolyte producteur Alfred Spellman se propose avec Cocaïne cowboys de révéler ce que fut la ville de Miami de la fin des années 1970 jusqu'au début des années 1990. Ainsi, nous entrainent-ils à la suite des principaux acteurs de l'époque pour nous raconter comment la drogue arrivait sur les côtes de Floride, comment on la vendait et surtout ce qu'elle provoqua à tous points de vue, sur le paysage et dans le quotidien de ceux qui vécurent au Miami d'alors. De fait, au cours des trois parties qui composent le film, voit-on à la suite et avec force détails, l'élaboration technique et logistique d'un trafic d'ampleur inégalé et les conséquences financières puis intensément meurtrières de ce dernier.
En effet, d'abord artisanaux et réservés aux rares personnes qui s'y adonnaient, le transport et la vente de cocaïne ne concernaient que peu de monde sur les plages faisant face à Cuba. Jusqu'au moment où venus des quatre-coins des Etats-Unis et d'Amérique du sud, les truands et autres apprentis gangsters voulurent concilier la perspective de montagnes d'argent facile avec l'envie de distribuer une drogue abondante qui allait peu à peu devenir aussi populaire qu'accessible. Initialement dévolue au trafic de marijuana provenant d'Amérique du Sud, la Miami floridienne allait donc inévitablement changer sous l'effet d'une drogue nouvelle et de plus en plus hégémonique : la cocaïne.
Acheminée par des colombiens issus des cartels les plus hargneux parmi lesquels se trouvait au premier rang celui de Medellin, cette dernière allait en quelques années supplanter la traditionnelle marijuana et s'imposer dans les soirées, les dîners et autres lieux de plaisir au point de faire de Miami la première porte d'entrée de ce trafic en Amérique du Nord. Et plus encore, son premier lieu de consommation. Amenée, transportée et répartie par ceux que l'on appellerait les Cocaïne cowboys, elle allait alors devenir incontournable, provoquant dans son sillage deux phénomènes joints que Billy Corben souligne avec soin : une colossale accumulation d'argent sale et une vague de violence sans précédent.
COCAINE COWBOYS de billy corben
En effet, Cocaïne cowboys nous raconte avec un luxe infini, la sordide et profitable dérive de Miami à l'époque où la cocaïne s'imposa sans partage. Et c'est en mêlant archives, séquences reconstituées et interviews exclusives des repentis et autres acteurs incontournables d'alors que le cinéaste construit son propos documentaire de manière plus qu'approfondie. Ce qui a deux mérites : tout d'abord de captiver comme jamais son spectateur alors que le film atteint presque deux heures et plus encore de le passionner puis de l'effrayer par la confrontation faite entre la réalité de ces années et ce qu'en a fait et dit le cinéma par la suite. Car Miami au coeur de ces années n'avait que peu à envier aux plus grandes épopées sanguinaires que connut l'humanité ... Pour ne pas dire qu'elle fut pire et donc plus qu'attirante pour un cinéma avide d'action, de personnages charismatiques et de machiavéliques opérations.


























