CINE : JE SUIS DE TITOV VELES
Tout sur JE SUIS DE TITOV VELES - La Critique - Photos - Le 2009-02-18 00:34:10David A. 7
JE SUIS DE TITOV VELES
Un film de Teona Mitevska
Avec Labina Mitevska, Ana Kotovska, Nikolina Kujaca, Xhevdet Jashari, Peter Musevski
Durée : 1h42
JE SUIS DE TITOV VELES de teona mitevska
A la fois onirique et tragiquement réaliste, Je suis de Titov Veles échappe à toute classification générique. Profondément contemplatif sans pour autant occulter le regard porté sur la société macédonienne actuelle, le film suit son chemin propre, un chemin indécis mais original qui lui procure un parfum inédit nous rappelant par petites touches quelques traits du cinéma des Balkans, alliant avec aisance le grotesque à la légèreté, le laid au sublime. En effet à la laideur et au pragmatisme de l'usine de plomb construite à l'époque des Communistes menés par Tito, se confronte la grâce et l'innocence du corps d'Afrodita, ici non pas la séductrice invétérée du panthéon grec mais bien plutôt l'incarnation de la pureté féminine du tableau de Botticelli, La naissance de Vénus. Message de beauté, de tendresse et de délicatesse, Afrodita irradie tels les morceaux de verre d'un lustre qu'elle se plaît à collecter qui renvoient la lumière du jour en la diffusant en multiples rayons.
Sa soeur aînée au contraire, malade dans son corps, transpirant l'addiction et le labeur, elle travaille à l'usine justement, en est le parfait contrepoint. Pourtant Slavica et Afrodita sont très proches, la seconde approvisionnant la première en fioles de méthadone et en caresses rassurantes. Slavica est ainsi la seule a vraiment comprendre les silences de sa soeur cadette pendant que sa jumelle, Sapho, quitte le lit partagé dès les premières lueurs du matin pour échapper aux corvées domestiques. Véritable courtisane, ainsi peut-on la rapprocher de la fameuse Sappho antique, elle ne cherche le réconfort des hommes que dans l'espoir de les suivre à l'étranger, ne supportant pas la monotonie et la vacuité de l'existence à Titov Veles.
JE SUIS DE TITOV VELES de teona mitevska
Dans son mutisme, Afrodita rêve de maternité, une maternité qui ne serait pas ternie par le pêché de la chair mais ne voulant pas se comparer à la Sainte Vierge biblique, elle rêve d'une usine à bébés, ou plutôt d'une cabane perdue au milieu des roseaux où elle viendrait subtiliser l'un des rejetons pour l'emmener très loin à bord d'une pirogue. Son imagination vagabonde là où son corps reste prisonnier d'un village post-industriel qui dit combien les plaies du passé sont encore bien présentes au sein d'une communauté qui ne peut s'offrir aucun regard vers l'avenir. Un film en marge, d'une grande beauté mais dont le rythme même risque de déplaire. Comme le bébé volé, il ne reste qu'à se laisser porter sans opposer de résistance.
David A.
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