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LE COIN DU CINEPHILE : STORYTELLING (TODD SOLONDZ)

Tout sur STORYTELLING - Le 2009-03-03 16:45:54


Todd Solondz aime la controverse, le sarcasme, les monstres humains, la mélancolie des jeunes filles en fleur et des vieux garçons trop longtemps frustrés. Construits en marge du système Hollywoodien, ses films se déroulent la plupart du temps à New Jersey, état natal, pendant provincial de New York où il capte la middle class US étriquée. On se souvient de la souffre-douleur binoclarde dans Bienvenue dans l'âge ingrat, du papa pédophile dans Happiness ou encore de l'adolescente qui rêve d'être enceinte dans Palindromes. Avec Storytelling, son film le moins aimé, il raconte en deux segments l'impérieuse nécessité de se raconter des histoires pour supporter le réel.

"Storytelling propose une réflexion sur la création où des mises en abyme deviennent des remises en question du cinéma de Todd Solondz, de son discours, de son ambiguïté."




storytelling

On l'ignore souvent, mais le premier long-métrage de Todd Solondz s'intitule Fear, anxiety and depression, réalisé en 1987. A l'écran, c'est une chronique maniaco-dépressive comparable à du sous-Woody Allen. Solondz y joue le rôle principal, se prend pour le juif new-yorkais et incarne le rôle principal d'un névrosé loquace (dont il n'est pas si éloigné). Pour lui, l'expérience fut un tel échec commercial et artistique qu'aujourd'hui il préfère dire qu'il a commencé le cinéma avec Bienvenue dans l'âge ingrat, révélation au festival de Sundance en 1995. Il n'y parle plus de lui mais de Dawn, une adolescente armée de lunettes et d'un appareil dentaire (Heather Matarazzo, récemment revue dans le plus simple appareil dans Hostel 2, d'Eli Roth), qui traîne masochistement son malaise dans un établissement scolaire et provoque la haine ordinaire de ses camarades par sa simple présence. Physiquement, elle évoque une petite Todd Solondz ; ce qui donne à penser que si le cinéaste ne se met en plus en scène depuis Fear, anxiety and depression, il se démultiplie en plusieurs avatars, utilise des doubles ou des projections de ce qu'il est pour dire ce qu'il pense. A la fin de Bienvenue dans l'âge ingrat, Dawn murmure dans le bus une chanson désenchantée qui annonce un changement a priori positif dans son existence. Des années plus tard, le cinéaste répond de manière ironique à cette promesse d'un avenir meilleur dans le prologue de Palindromes. Le frère de Dawn, ado geek et autre double de Solondz déjà présent dans Bienvenue dans l'âge ingrat, est devenu un pédophile dans Palindromes et, au détour d'une conversation, rabâche ce qu'il assurait déjà à la fin de Bienvenue dans l'âge ingrat : "les gens ne changent pas" ; ce qui pourrait être la morale de tous les films de Todd Solondz. Peu importe que l'on soit gros ou mince, moche ou beau, on reste le même. Pour pousser la démonstration à l'absurde, Solondz montre des acteurs d'âges et de physiques différents qui incarnent le même personnage dans Palindromes.




storytelling

Happiness, le film qu'il a réalisé après Bienvenue dans l'âge ingrat, prend les atours d'une chronique polyphonique virtuose façon Robert Altman/Raymond Carver (Short Cuts) en très méchant, dans laquelle des monstres ordinaires prennent conscience que leur vie repose sur une illusion morbide, cèdent à leurs pulsions élémentaires et ôtent progressivement leur masque social. Todd Solondz assure un défi: parler de trois soeurs (surmoi Woody again) et, à travers elles, d'autres symboles méprisables d'une Amérique malade. Le résultat ressemble à tout ce que l'on ne nous montrera jamais dans une sitcom avec un travail sur la durée du plan, la gradation des dialogues et la crudité des séquences. C'est son meilleur film, d'un tel aboutissement que l'on se demande si le réalisateur arrivera à un tel niveau dans ses oeuvres futures. Normal donc qu'avec Storytelling, objet bipartite, imparfait par essence, dans lequel il confère une dimension psy et théorique à son petit théâtre des horreurs, Solondz ait déçu. Deux histoires dissemblables (l'une s'intitule "fiction" ; l'autre, "non-fiction"), regroupées dans un même film pour mieux semer le doute. Elles ne possèdent pas de liens évidents entre elles - tout juste ont-elles pour cadre le lycée et l'université et parlent de sexe, de racisme et de création - et d'ailleurs, Solondz lui-même demande à ce que l'on ne cherche pas de liens. Dans le premier segment, une jeune adolescente en total dénuement pour son petit ami handicapé est manipulée par un prof de littérature black qui lui fait comprendre la nécessité de connaître la souffrance avant de pouvoir se permettre d'écrire sur dessus. Dans le second, il peint au vitriol une famille US qui exploite une femme de ménage émigrée. Elle est exploitée en retour par un documentariste minable (autre double du cinéaste, joué par Paul Giamatti).

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