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CINE : HARVEY MILK

Tout sur HARVEY MILK - La Critique - Photos - Le 2008-12-18 20:52:59


Loin du mélodrame consensuel et politiquement correct que l’on pouvait redouter, Milk fonctionne magistralement, soutenu par des comédiens remarquables.

Romain Le Vern 9
Après une période ado-expérimentale (Gerry, Elephant, Last Days et Paranoid Park), Gus Van Sant revient à un style plus accessible avec Harvey Milk, un biopic sur le premier politicien ouvertement gay élu aux Etats-Unis, assassiné le 27 novembre 1978. En surface, ce nouveau film présente tous les atours du film Hollywoodien et Oscarisable, avec les performances/transformations qui l'accompagnent. Ce n'est pas un registre nouveau pour ce cinéaste qui a déjà oeuvré sur des projets plus classiques (Will Hunting et A la recherche de Forrester, pour ne citer qu'eux). Pourtant, loin du mélodrame consensuel et politiquement correct que l'on pouvait redouter, Milk fonctionne magistralement, soutenu par des comédiens remarquables.

HARVEY MILK
Un film de Gus Van Sant
Avec Sean Penn, Josh Brolin, Emile Hirsch, James Franco
Durée : 2h08



HARVEY MILK de gus van sant

Il n'est pas étonnant que des préoccupations simultanées inspirent des intuitions communes à des auteurs de fiction qui ne se sont pas consultés. Bryan Singer et Gus Van Sant travaillaient séparément sur un projet similaire de biopic sur Harvey Milk. Même si Singer qui a pris du retard dans ses productions souhaite toujours réaliser sa version, c'est la copie de Gus Van Sant qui nous arrive en premier. Le rôle éponyme est incarné par Sean Penn, extraverti et recroquevillé sur lui-même, que l'on n'a jamais vu comme ça. A travers ce personnage, l'acteur a cherché une formule possible du politicien engagé (une figure à laquelle on le sait très attaché) et élargit sa palette émotionnelle de manière fulgurante. Heureusement, l'intérêt du film ne réside pas que dans la prestation d'un comédien exceptionnel. Pour commencer, Harvey Milk est emblématique d'une époque (la fin des seventies) et d'une ville (en l'occurrence, San Francisco, berceau de la culture gay). Comme toujours chez Gus Van Sant, il y a de la suite dans les idées : San Francisco devient un personnage à part entière, à la manière des polars paranoïaques des années 70 où les protagonistes laissaient un peu d'eux-mêmes dans le tumulte urbain des mégalopoles (Klute, de Alan Pakula, La Chasse - Cruising, de William Friedkin ou Taxi Driver, de Martin Scorsese). Ensuite, le scénario de Dustin Lance Black concentre sur presque deux heures une somme d'anecdotes et d'informations passionnantes sur la difficulté d'être différent (socialement ou sexuellement) dans une époque plus corsetée qu'il n'y paraît. Ce n'était que le début du combat contre l'homophobie.



HARVEY MILK de gus van sant

Dans un souci historique, Gus Van Sant a utilisé des images d'archive, parfois retouchées avec la complicité des acteurs, pour situer le contexte. De vraies déclarations de l'époque, provenant notamment de la chanteuse Anita Bryant, font froid dans le dos (elle reste célèbre pour avoir dit "Tuer un homosexuel pour l'amour du Christ" ou encore "Si Dieu avait voulu avoir des homosexuels, il aurait créé Adam et Walter"). De manière plus générale, le cinéaste rend une culture underground accessible à un public lambda. Le discours de Milk évolue dans le même sens : son combat stigmatise toutes les formes d'exclusions. Afin que Harvey Milk ne soit pas résumé à un symbole désincarné, Gus Van Sant s'intéresse autant à son parcours politique que sentimental, à la façon dont son engagement (plaider pour les minorités qui n'ont pas les moyens de s'exprimer) prend le pas sur une vie personnelle plus floue. Lors d'un débat, dans un élan de lucidité, le politicien raconte qu'il est tombé quatre fois amoureux dans sa vie et qu'à trois reprises, ceux qui s'étaient entichés de lui avaient commis une tentative de suicide. La première apparition à l'écran de ses amants ressemble à des clichés photographiques (un visage, un regard, une expression). GVS en reproduit le coup de foudre. Les yeux révulsés de James Franco dans un couloir de métro, les rires forcés de Diego Luna, le corps tordu et la bouche arrogante de Emile Hirsch. Harvey Milk/Sean Penn regarde ce défilé de garçons bluesy et paumés, avec un ébahissement permanent, comme s'il se surprenait de pouvoir encore séduire des adolescents à 40 ans.

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